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                  <text>Une collection de récits de vie racontés par les innus.&lt;br /&gt;&#13;
&lt;p&gt;C’est en août 1987 dans un contexte du tournage près des chutes Manitou que Productions Manitu (Mani-Utenam) inc. voit le jour, une entreprise sans but lucratif (OSBL) qui se forme autour de quatre personnes : Zacharie Bellefleur, Céline Bellefleur, Evelyne St-Onge et Eddy Malenfant. L'objectif de base de l’entreprise est de faire connaître les cultures autochtones, particulièrement la culture innue par le biais de l'audio-visuel et du multimédia.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Production Manitu se considère comme un passeur de connaissances traditionnelles innues. (&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/production-manitu-inc"&gt;Plus d'informations&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/items/browse?collection=18"&gt;Voir la liste des récits de vie en ordre de nom de famille des interviewés&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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              <text>Anne-Pinamen: Il s'appelle Daniel. Le plus jeune enfant de ma tante Marie est décédé de la même façon, dans l’eau. Ceux qui se noient. C’était les cadets de ma mère et ma tante. Ces dernières sont de la même famille.&#13;
&#13;
Evelyne: À quel endroit? Proche d’ici ?&#13;
&#13;
Shimun: Lui est mort sur la rivière proche d’ici, au milieu du rapide. Il est tombé de l’embarcation et il a été emporté sous les glaces.&#13;
&#13;
Anne-Pinamen (00:29): Il a été retrouvé au mois de janvier. C’était gelé et le niveau de l’eau était bas, c’est de cet endroit qu’il a été repêché.&#13;
&#13;
Anne-Pinamen (0:39 Il y a un lac proche de l'école. C'est à cet endroit que ma tante Marie a perdu son enfant. La glace a cédé pendant que le jeune patinait et ses amis n'ont pas eu le temps de l’attraper, il était déjà décédé. Il avait réussi à casser la glace à une très longue distance.&#13;
&#13;
Evelyne (00 :59): Tu es née ici?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: C'est ici que je suis née, dans la forêt plus loin que le fleuve situé ici à côté. L’endroit s’appelle Atshikuanat.&#13;
&#13;
Evelyne (01 :12): Comment se nomment tes parents?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Mon père se nomme Joachim Ashini et ma mère, Anne-Pinamen Ashini. Mon nom de fille est Marie-Anne Ashini.&#13;
&#13;
Evelyne (1:32) : Vous avez toujours demeuré ici?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Toujours! Nous sommes ici depuis très très longtemps. L'arrière-grand-père de mon père, son grand-père, son père et mon père ont tous vécu ici. Et maintenant nous.&#13;
&#13;
Evelyne (01:53): Lorsque tu étais jeune, y avait-il beaucoup d'Anglais qui habitaient ici? &#13;
&#13;
Anne-Pinamen (01:58): Oui, il y avait des gens en face sur la rive opposée. La réserve était de l’autre bord. Il n’y avait pas d’Anglais dans le temps que ma mère et tous les gens de Sheshatshiu y habitaient. Ils devaient tous être de l’autre côté. Il y avait même le cimetière.&#13;
&#13;
Evelyne (02 :17): Oui, nous l’avons vu. À quel moment êtes-vous déménagés ici ?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Il n'y a pas très longtemps. J'avais environ 12 ans. C'est vague dans ma mémoire. Je ne m'en souviens pas très bien.&#13;
&#13;
Evelyne (02 :33): Toute la communauté a été relocalisée?&#13;
&#13;
Shimun: De l’autre bord de la rive.&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Tous les Innus ont déménagé. Ce n’était pas vraiment une église [qui se trouvait à cet endroit]. Un Anglais de l’Europe y vivait. Il y élevait ses enfants et il avait un magasin, car les Innus étaient démunis. C’est d’où ils prenaient leurs provisions. &#13;
&#13;
Shimun: Il achetait de la fourrure.&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Oui, l’Anglais de l’Europe achetait la fourrure. L’église était sa maison. Le gouvernement n’a aucunement contribué à cette église. L’Innu avait tout coupé le bois à la hache sans être rémunéré et le médecin les a tous sciés en longueur. Notre médecin se nommait Docteur Baden.&#13;
&#13;
Evelyne (03 :16): Il semble y avoir eu un hôpital en face auparavant?  &#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Nous avions un très bon hôpital… Comme par hasard, un livre du territoire tombe sur le sol. (Rires)&#13;
&#13;
Evelyne (03 :35): Les Innus doivent avoir consulté dans cet hôpital?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Ses portes ont fermé il n’y a pas très longtemps. Plus ou moins 10 ans environ.&#13;
&#13;
Evelyne: Et lui [Docteur Baden], il est originaire de Uashat?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Il parait qu’il est arrivé ici à l’âge de 19 ans.&#13;
&#13;
Evelyne: Tu étais à quel endroit avant?&#13;
&#13;
Shimun: Je devais être à Uashat. Nous étions de l’autre bord de la rivière Caniapiscau. On y voyait souvent des gens de Chisasibi, presque à chaque année.&#13;
&#13;
Evelyne (04 :30): Tu es née à quel endroit?&#13;
&#13;
Shimun: Je suis venu au monde à Messentshik, un peu plus haut que Menihek.&#13;
Ma grand-mère est née au même endroit.&#13;
&#13;
Evelyne: Mishta-Pinamen ?&#13;
&#13;
Shimun et Anne-Pinamen: C’est à cet endroit qu’elle et son époux allaient en campement pour chasser la martre. Elle chassait la martre, elle n’avait pas beaucoup d’enfants. &#13;
&#13;
Evelyne (05 :01): Et toi [Shimun], ta famille est venue ici?&#13;
&#13;
Shimun: Oui.&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Toute sa famille est venue. &#13;
&#13;
Evelyne: Quel est le nom de ton père?&#13;
&#13;
Shimun: Il se nomme Pinip Michel.&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Ils sont tous venus ensemble, il n’était pas encore marié, ils était encore jeune.&#13;
&#13;
Shimun: Je n’étais pas marié lorsque nous sommes arrivés, j’avais 19 ans.&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Knob Lake n’existait pas encore. C’est ici que demeuraient les gens. Ils n’avaient surement pas encore découvert l’endroit.&#13;
&#13;
Evelyne: Le train ne devait pas exister?&#13;
&#13;
Shimun et Anne-Pinamen: Non, il ne devait pas exister. &#13;
&#13;
Shimun (05:43) : À Knob Lake, lorsque les gens se déplaçaient (à pied en tirant un tobogan), ils se retrouvaient avec des raquettes rougeâtres. Ils croyaient que c’était de la peinture, alors que c’était de la terre rouge provenant des mines de fer. Tous les Innus qui se déplaçaient avaient des raquettes décolorées.&#13;
&#13;
Evelyne (06 :19): C’est à cet endroit que vous avez décidé de demeurer?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Lorsqu’ils (les membres de la famille de Shimun) sont arrivés ici, ils ne pouvaient retourner car ils ont manqué de nourriture. &#13;
&#13;
Shimun: Nous devions retourner mais vu que nous manquions de nourriture, nous sommes revenus et depuis ce temps, nous sommes ici.&#13;
&#13;
Evelyne : Tes parents ont aussi demeuré ici depuis ce moment-là ?&#13;
&#13;
Shimun: Oui, par la suite mon grand-père Jean-Pierre est arrivé. &#13;
&#13;
Evelyne: Jean-Pierre de Knob Lake?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Non, lui c’est son parrain.&#13;
&#13;
Shimun: Non, lui [sur la photo] a été gardé par mon grand-père Jean-Pierre.&#13;
&#13;
Evelyne : Lui, c’est le cousin aîné de mon père ?&#13;
&#13;
Shimun: Oui, c’est son cousin aîné.&#13;
&#13;
Evelyne (08 :29): C’est alors que vous vous êtes mariés?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: En effet, nous sommes maintenant mariés depuis 51 ans. &#13;
&#13;
Evelyne : Et vous avez combien d’enfants ?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: 12 enfants.&#13;
&#13;
Evelyne: Petits enfants?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Presque 50 petits-enfants.&#13;
&#13;
Evelyne: Et des arrière-petits-enfants?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Nous n’avons que 3 arrière-petits-enfants.&#13;
&#13;
Evelyne (8:08) Vous avez toujours continué à aller dans la forêt? &#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Dans le passé, nous allions toujours en campement au Mishta-Shipu. C’était leur territoire jusqu’à l’endroit qu’on appelle le Mishta-Paushtik.&#13;
Après notre mariage, il [Shimun] allait en campement au Unashka car la Mishta-Shipu était très dangereuse. Il y a de très longues perches sur l’eau. Cela me fait peur.&#13;
Si tu prends Nitaimina, le Naskapi shipu,tu pourrais arriver à Kutuessinan le grand lac.  Tu pourrais te rendre à Menihek en te déplaçant en canot. C’est vers Menihek que l’on va en campement. &#13;
&#13;
Evelyne (08 :59): À Menihek?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Oui, il faut passer par Kutuessinan et il faudrait que tu effectues un portage aux rapides.&#13;
&#13;
Evelyne : La durée pour s’y rendre en canot est-elle longue ?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Environ un mois. C’est à Menihek que tu vois Kutuessinan. Ce n’est pas vraiment très loin. Ça ne prend qu’une heure en avion et un peu plus en hélicoptère.&#13;
&#13;
Evelyne (09 :34): Est-ce qu’il y a longtemps que vous n’y êtes pas allés?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Nous sommes allés voir notre territoire au printemps. Je suis même allée voir Atshikun où je suis née. &#13;
&#13;
Shimun: Nous y sommes rendus en avion.&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Nous avons été en hélicoptère. &#13;
&#13;
Evelyne (09 :51) : Sur le territoire, ressentez-vous beaucoup la présence de petits avions ?&#13;
&#13;
Shimun: Il y en a, mais très peu.&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: On ne les entend pas souvent et ils survolent très haut.&#13;
&#13;
Anne-Pinamen (10:07): Par ici et de l’autre côté, ils survolent très bas. Même à [Shapeshkashu] l’endroit où les Innus vont en campement, les gens disent qu’ils survolent très bas. Tandis que dans notre territoire, ils survolent très haut. &#13;
&#13;
Evelyne (10 :29): Y a t-il des animaux sur votre territoire?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Dans les 3 jours durant lesquels nous sommes restés, nous avons aperçu et tué du caribou chaque jour. Il y a aussi l’outarde à profusion. Tu aimerais beaucoup l’endroit. &#13;
Cela a toujours été ainsi. Dans le passé, le caribou était très gras dans notre territoire. Maintenant, il n’y a que sa viande dans le corps.&#13;
&#13;
Evelyne: Et quelle est la raison?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen (10 :57): Je n’en suis pas certaine. Il parait qu’il vient de très loin. Le fait de marcher de très loin. Le petit caribou est blanchâtre, il n’est pas gros. Il parait que c’est le meilleur, car il vient et arrive de la forêt. Personne n’y a touché, car il arrive de très loin, de la toundra. Le caribou de la toundra est semblable à celui-ci.&#13;
&#13;
Evelyne (11 :31): Pour ce qui est de la fourrure…&#13;
&#13;
Shimun: Oui.&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Vraiment oui, c’est grâce à cela que nous pouvions nous nourrir. Dans le passé, nous ne recevions pas d’aide humanitaire. Cela n’existait pas. Nous subvenions à nos besoins avec la vente de fourrures et par crédit. L’Innu avait droit au crédit car il achetait beaucoup pour s’approvisionner lorsqu’il montait dans le bois. &#13;
&#13;
Evelyne: De quelles fourrures s’agit-il?&#13;
&#13;
Shimun: Le vison, le renard et le castor.&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Du lynx aussi.&#13;
&#13;
Shimun: Dans le passé, il n’y avait pas de martre par ici. Il y en avait seulement vers Menihek, dans la forêt au Caniapiscau. C’est à cet endroit que nous arrivions de Uashat.&#13;
&#13;
Anne-Pinamen (12:20): Il n’y avait pas de castor non plus auparavant. C’est lorsque les gens en ont déposé ici qu’il a commencé à se multiplier. &#13;
&#13;
Evelyne (12 :32): Et le carcajou? Il y en a encore ?&#13;
&#13;
Shimun: Il y en a dans la toundra, pas ici dans la forêt.&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Lui qui a tendance à voler, le voleur. (Rire)&#13;
&#13;
Shimun: Un petit démon. (Rire)&#13;
&#13;
Evelyne: Vous en avez déjà vus?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Oui, nous en avons vus souvent.&#13;
&#13;
Evelyne: Pensez-vous qu’il va y en avoir?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Il ne peut rester proche de la ville, il reste loin dans la forêt.&#13;
&#13;
Shimun: Il est dans la toundra.&#13;
&#13;
Evelyne (13 :27): Il parait qu’ils (les chasseurs) en ont pris au piège à Uashat dans le passé. Un monsieur a dû payer une amende pour l’avoir tué. Il ne connaissait pas l’animal.&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Il n’aurait pas pu le reconnaître s’il ne l’avait jamais piégé auparavant. &#13;
&#13;
Shimun: Il parait qu’on ne peut l’attraper avec un piège, car ils (les chasseurs) disent qu’il est très fort. &#13;
Il parait qu’il peut monter dans un arbre un gros caribou, celui avec plusieurs pointes. Je ne sais pas comment il parvient à le monter. Il parait qu’il accroche les panaches du caribou sur le haut de l’arbre. C’est surprenant.&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Je me demande comment il y parvient, pourtant il est très petit. On pourrait dire que le loup et l’ours sont les plus gros animaux dans la forêt.&#13;
&#13;
Evelyne (14 :34): Avez-vous fait la rencontre de plusieurs gens sur le territoire ? Par exemple, des gens de Uashat, de la Romaine ou de Saint-Augustin ?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Oui tous, toujours, chaque année. C’est ici à North West River qu’ils venaient vendre leurs fourrures pour ensuite, retourner chez eux à la Romaine, Mingan, Saint-Augustin, Uashat et d’autres Innus d’ailleurs. C’était ici avant que Knob Lake existe. Les gens ne sont pas revenus une fois que Knob Lake a été construit. C’est à cet endroit qu’ils devaient faire leurs provisions.&#13;
&#13;
Evelyne (15 :13): Le magasin qui achetait les fourrures ?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Oui, l’ancien magasin de Mishta-napeu. Il recevait sa marchandise par avion.&#13;
&#13;
Evelyne : Le magasin situé de l’autre bord de la rivière ?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Oui, le petit magasin qui est à cet endroit présentement.&#13;
&#13;
Shimun: Le magasin pointu sur le bord de la rivière, c’était l’ancien magasin général. &#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Plusieurs Innus ont dû le voir, (décédés aujourd’hui). Ceux qui devaient retourner à Uashat chaque année. &#13;
&#13;
Evelyne (15 :50): Environ à quel moment venaient-ils ?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Peu de temps après les fêtes. Lorsque les gens étaient au lac. Il n’y avait pas de gens ici. &#13;
&#13;
Shimun: Les gens étaient où il y a une étendue d’eau. C’est à cet endroit que les hommes allaient faire leurs achats. &#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Les gens de Uashat, eux, provenaient de la rivière Pikiss. C’est à cet endroit qu’ils traversaient pour aller rencontrer les gens de Sheshatshiu et pour aller faire leurs achats. Ils retournaient seulement au mois de février. &#13;
&#13;
(16:38) : Est-ce que les allochtones étaient présents ici dans ton enfance?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Oui, il y en avait déjà plusieurs.&#13;
&#13;
Evelyne: Il y avait surement un prêtre?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Un prêtre a toujours été présent. Il venait de St-John’s au mois de juillet. Il restait 2 semaines, juste assez de temps pour la confession ensuite, il retournait. Cela a toujours été ainsi.&#13;
&#13;
Evelyne: Te souviens-tu de son nom?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Adelard Grenier en anglais, mais les Innus le surnommait Kauapishkuesh kauapikuesht. Il était très vieux. Il est décédé de vieillesse il n’y a pas très longtemps. &#13;
&#13;
Evelyne: Père Charles Arnaud?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Non, ce n’est pas lui.&#13;
&#13;
Evelyne: Le connaissiez-vous lui?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Oui, nous l’avons vu. Ma mère l’avait gardé. La mère de notre grand-père Shelum, le père du vrai Shelum, avait gardé le Père Charles Arnaud. Ma grand-mère l’avait gardé. Il y a aussi la mère de ma tante Mani, Joséphine. Elle était vieille et elle avait été prise en photo avec le prêtre. &#13;
&#13;
Evelyne (18 :08): Il  (père Arnaud) venait sûrement durant l’été?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Ici, oui.&#13;
&#13;
Evelyne : Alliez-vous vers la côte, à Uashat ?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Mes parents y allaient auparavant, mais pas nous. Nous allions seulement en campement au Mishta-Shipu sur le long du Grand Lac.&#13;
&#13;
Evelyne (18 :40): En parlant du Grand Lac, l’avais-tu vu avant que le barrage soit érigé?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Oui, avant qu’il soit là, et Wabush aussi. Les femmes tendaient leurs collets sur les montagnes couvertes d’épinettes noires. Je l’ai aussitôt reconnu. Je disais à Shimun, qu’avant notre mariage, c’est à cet endroit que ma mère tendait ses collets. Lorsqu’il manquait de nourriture et que la chasse au caribou n’était pas favorable, les femmes allaient tendre leurs collets.&#13;
&#13;
Anne-Pinamen (19:20): Le caribou était souvent chassé vers l’endroit dénudé, sans arbres.&#13;
Aujourd’hui, la couleur rougeâtre de l’eau me donne envie de pleurer lorsque je la vois. &#13;
La truite grise était saine. Il y avait beaucoup de poissons et de caribous. Aujourd’hui, l’Innu ne peut même plus aller voir [de plus près le lac], seulement regarder en restant sur le chemin.&#13;
&#13;
Evelyne (19 :47): Vous avez dû passer la plupart de votre temps dans la forêt?&#13;
&#13;
Anne-Pinamen: Toujours. Comme je disais, nous allions seulement pour la confession et nous retournions dans la forêt, partout dans la forêt. Nous ne restions que 2 semaines. Nous attendions l’arrivée du prêtre en bateau pour se confesser. &#13;
&#13;
Anne-Pinamen (20:13): Dans le passé, il y a très longtemps avant notre naissance, il n’y avait pas de prêtre ici. Les gens descendaient à Uashat pour aller se confesser et revenaient seulement un an après. Ils ont dû avoir de la misère. &#13;
 &#13;
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                <text>Anne-Pinamen, née en forêt; Sheshatshiu; poste de traite north west river; Uashat; raquettes rougeâtres; campement mishta-shipu; fourrure; carcajou; confession</text>
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                <text>Michel, Shimun et Anne-Pinamen (interviewé)</text>
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                <text>Malenfant, Eddy (cinéaste)</text>
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                <text>&lt;iframe width="100%" height="360" src="https://player.vimeo.com/video/634572195?h=068ee9344d" frameborder="0" allow="autoplay; fullscreen; picture-in-picture" allowfullscreen="allowfullscreen"&gt;&lt;/iframe&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;a href="https://vimeo.com/634572195"&gt;Shimun Michel 1&lt;/a&gt; from &lt;a href="https://vimeo.com/user153045686"&gt;CRC Uetshit Takuaimatishun&lt;/a&gt; on &lt;a href="https://vimeo.com"&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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                  <text>Une collection de récits de vie racontés par les innus.&lt;br /&gt;&#13;
&lt;p&gt;C’est en août 1987 dans un contexte du tournage près des chutes Manitou que Productions Manitu (Mani-Utenam) inc. voit le jour, une entreprise sans but lucratif (OSBL) qui se forme autour de quatre personnes : Zacharie Bellefleur, Céline Bellefleur, Evelyne St-Onge et Eddy Malenfant. L'objectif de base de l’entreprise est de faire connaître les cultures autochtones, particulièrement la culture innue par le biais de l'audio-visuel et du multimédia.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Production Manitu se considère comme un passeur de connaissances traditionnelles innues. (&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/production-manitu-inc"&gt;Plus d'informations&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/items/browse?collection=18"&gt;Voir la liste des récits de vie en ordre de nom de famille des interviewés&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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      <name>Oral History</name>
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              <text>Bonjour. &#13;
&#13;
Je suis très content d’être ici à la rivière sans arbre. Ici, quand on m’a dit qu’on irait à la rivière sans arbre à l’endroit où étaient les anciens et les ancêtres qui passaient ici comme mes parents. Quand j’ai survolé de loin en voyant la rivière Georges au loin, quand l’avion a fait un tour pour amerrir. J’ai senti à l’intérieure de moi le bonheur j’ai voulu pleurer de voir ce que j’ai entendu parler depuis très longtemps.&#13;
&#13;
J’ai senti beaucoup d’émotion de la place où on est allé hier. Moi aussi je vais reculer dans le passé un peu. Dans le temps où l’on m’a emmailloté dans notre traineaux pour passer la nuit en plein air. J’avais quatre ou cinq ans dans ce temps là. KANIUTSHIKAMASH un lieu géographique d’où on partait en trainant nos toboggans. On allait passer une nuit à l’extérieur KA UASSEAPISHKUEPAN (lieu géographique). Et mon frère Taby était petit, mon défunt père, ma mère et le défunt Tshibébé et Poucet étaient petits eux aussi. Du coté de la défunte Marianne. La maison de mon grand-père était située en face de Marianne Nepan. On allait là pour passer une nuit à l’extérieur avec mon père et ma mère et avec Philippe Jourdain sa femme, Raymond et Nicole qui est infirmière aujourd’hui.&#13;
&#13;
 C’est de cela que je me souviens encore aujourd’hui. On me tire sur un toboggan j’étais emmailloté, mon grand-père Willie me tire sur son toboggan. On avait un gros chien. Le chien aussi me tire moi je le surveille de coté. Il y avait aussi ma soeur Marcelle, on allait ensemble avec elle toujours avec mon grand-père et ma grand-mère Lola. J ‘ai bien aimé ce temps là. &#13;
Je me souviens quand on me promenait en me tirant avec un toboggan sur le lac.&#13;
Il y avait une petite côte, c’est là qu’on va installer la tente c’est là que je me suis blesser à l’oeil et ma grand-mère m’a soigné. On a fini le campement très tôt et on aimait cette ambiance.  Je me lève très tôt à chaque matin. Et je me mets à crier où est ma grand-mère où est ma grand-mère Lola. Et on me dit : va voir ta grand-mère qui pêche là-bas. Elle est assise sur ses pieds entrain de pêcher. Je me souviens très bien.&#13;
Moi aussi j’avais un traineaux qu’on m’avait fabriqué. Il était petit comme la chaise ici: vas, amène ton toboggan rejoindre ta grand-mère et je partais. Mon grand-père m’avait chaussé de mes bas et de mes mocassins, je marchais sur le lac. J’étais très fier en allant voir ma grand-mère. Il y avait une grande truite grise qu’elle avait prise.&#13;
‹‹ Elle me dit de retourner à la tente et dire à mon grand-père que c’était moi qui avait pêché cette truite »  J’étais très fier.&#13;
&#13;
En retournant, il y avait une petite côte et j’ai eu de la misère à la monter. Et finalement j’ai réussi à amener la truite à la tente. J’avais une très grande fierté en annonçant que c’était moi qui l’avais pêché.  Il savait déjà.&#13;
Eh ! Tu a pris un gros poisson mon petit fils. Tu es un grand chasseur. Je suis content de ces souvenirs. &#13;
&#13;
Dans mon enfance, je ne me souviens pas qu’on m’ait fait des remontrances. Mon grand-père et ma grand-mère faisaient très attention à moi.&#13;
&#13;
Je me souviens du pensionnat comme un  lieu où l’on gardait les enfants. Moi, je ne me souviens pas de ce temps là. C’est longtemps après que je me suis souvenu car je ne parlais pas français. Je me rappelle seulement ce que mon frère m’a raconté de cet incident.&#13;
A l’automne 1963, au mois de septembre quand notre grand-père est arrivé à l’intérieur des terres, c’est à ce moment là qu’il m’a accompagné pour rentrer au pensionnat. Je ne me souviens pas quand on m’a rentré au pensionnat. Même si j’essaye de me souvenir, je ne me souviens pas.&#13;
&#13;
Je suis resté neuf ans au pensionnat chez les petits. Je ne comprenais pas encore le français qu’on m’enseignait. Je ne comprenais absolument rien. J’avais peur. &#13;
Il y avait des soeurs et on a commencé à la zéro année, moi j’étais classé à ce numéro zéro, puis je monte en première année, deux, trois, quatre, cinquième année… c’est  cette année là que la religieuse a voulu me faire souffrir. Je ne comprenais pas le français qu’on m’enseignait à l’école. Les mathématiques, j’aimais beaucoup entendre les chiffres en français. J’avais une passion pour les chiffres. Pour le français je ne comprenais rien parce que j’essayais tout le temps de parler la langue innue, on me défendait de parler la langue innue à l’école avec mes amis. Pourquoi nous défendre de parler notre langue innue ?&#13;
&#13;
Avec mes cheveux, quand j’écrivais de la main gauche, mes cheveux tombaient sur ma figure du coté gauche et on me dit : Tu vas aller voir le frère et j’avais très peur. J’ai dit : non, mon père et ma mère ne veulent pas que je coupe mes cheveux…&#13;
On m’a amené chez le frère  et on m’a coupé les cheveux. Il y avait beaucoup de petits indiens qui me regardaient tout autour.&#13;
Et j’avais très peur qu’on me rase mes cheveux jusqu’au cuir chevelu, qu’on me rase les cheveux jusqu’à la racine, qu’on me brûle le cuir chevelu… ça sent comme un porc-&#13;
épic. Je ris maintenant de la senteur, je ne veux pas manqué de respect. Je me souviens d’un garçon à qui on coupait les cheveux et moi j’avais peur. On avait tous la même coupe on avait tous des têtes rasées. &#13;
&#13;
Je n’aimais pas manger leur nourriture, on nous forçait à manger tout ce qui avait dans notre assiette. Ils nous démontraient un genre de tendresse. Ils étaient debout à côté, la main près du cou, comme si ils étaient tendres. Mange tout ton manger on nous disait et on ne l’entendait pas, il nous parlait en cachette tout en nous serrant fort le cou. Personne ne les entendait, Il nous parlait tout bas. On nous avait dit: vous serez bien traiter, tu écouteras bien. C’est à ce moment là que j’ai vu. Est-ce que c’est ça bien traiter quand on nous maltraite en grandissant. Je ne comprends pas: il m’on dit que je serai bien traité quand je serai là.&#13;
&#13;
Quand arrive le dimanche on allait à la messe, soit à Malio et des fois à la petite chapelle au pensionnat. Une fois, je ne me rappelle pas pourquoi j’étais puni. « Tu ne mangeras pas au souper », c’étais un samedi et la collation était servi aux environs de quatre heures ; on nous servaient des pommes, oranges, bananes. Rendu au souper de six heure ‹‹tu vas aller te coucher dans le dortoir et on me dit d’aller me coucher et je ne sais toujours pas pourquoi on ma dit ça.&#13;
&#13;
Le lendemain pour aller à la messe du dimanche, on nous habillait avec un complet du dimanche. Mes souliers étaient trop petits. On me força à les porter mes petits souliers. C’est moi qui le sais que mes souliers ne me font pas, mais il veut absolument que je porte les souliers, même si mes souliers font mal à mes orteils, même aujourd’hui j’ai des cicatrices sur mes orteils. Aussi quand on prenait un bain le frère nous regardait. Même la soeur me battait. Je me souviens de mon ami Cyrille Fontaine celui qui nous a quitté. Quand je suis aller le voir à l’hôpital, il m’a dit: Te rappelles-tu Réal, je lui ai demander de quoi: la soeur nous regardait jouer dehors, on faisaient semblant de se chamailler et sans faire exprès tu m’as frapper et j’ai pleuré et la soeur est venu nous voir. Dans l’entrée du dispensaire c’est là que j’allais à l’école. C’est là qu’elle t’a fait entrer en te poignant par les épaules, et on t’as pris brusquement par le bras en te frappant sur le mur à plusieurs reprises. Moi, je ne me rappelle pas. Même aujourd’hui j’essaye de me rappeler quand j’ai passé aux audiences des pensionnats.&#13;
Je ne me souviens pas de cet incident même si je me force à me rappeler. Je remercie  Cyrille Fontaine de m’avoir raconter cette histoire avant son décès. Lui se souviens du traitement que j’au eu. Voici le souvenir que j’ai eu des pensionnats. C’est juste un peu concernant des pensionnats.&#13;
&#13;
Moi aussi j’ai beaucoup consommé alcool et drogues. A mes parents j’ai manqué de respect. Mon vécu à l’intérieur des terres avec mes grands-parents. À l’âge de treize ans je ne voulais plus retourner avec mes grands-parents dans le bois. J’allais toujours avec mon grand-père Willie, ça ne me tentait plus à cause du vécu de mon enfance. A quatorze ans, je me promène à Mingan, Pessamit, Québec. J’ai tout laissé mes amis.&#13;
&#13;
Kanataukupassish, s’appelle l’endroit où mon père est décédé. Ce n’est pas loin d’ici, c’est un peu plus loin que squaw-lake et le territoire d’Elizabeth on le nomme Nataukupass l’endroit où Alexandre Ashini chassait l’outarde.&#13;
Et nous Nataukupau, c’était le territoire de Raphael m’a dit mon défunt père, dans le coin du lac vacher. Il y a sept pointes sur le petit ruisseau, disait mon père. Tu compteras toujours les pointes du ruisseau et mon père me demandait souvent combien il y en a de pointes ? &#13;
Parce que moi j’avais déjà fumer du pot. Il me traina en arrière sur un toboggan. J’aimais beaucoup regarder le paysage. J ‘étais parti sous l’effets du pot. A notre arrivée au campement, il me demanda: mon garçon, combien de pointes de ruisseaux on a passé?  &#13;
Je n’ai pas pensé du tout, j’étais ailleurs. Il me répondit, je t’avais dit qu’il y avait sept pointes. Il continua en me disant que en retournant, « tu passeras par le même chemin qu’on a pris pour venir ici ». C’est ce qu’il m’a enseigné. &#13;
&#13;
&#13;
Aussi quand on mettait des pièges. Je suis allé avec lui quand j’habitais Schefferville. Il m’enseigna à poser des pièges à martre. Je me souviens très bien de mon père. « Juste en face de nous », nous irons à cet endroit. Il écorcha les petits arbres pour faire un beau sapinage, il a étendu  le sapinage, « c’est là qu’on va faire le feu ». Il alluma le feu pour faire le thé. « Tu vois là-bas où il y'a une baie ». Là-bas me dit-il. J’ai répondu oui. C’est à ce lieu, que j’ai vu la dernière fois ma mère. J’avais neuf ans environ, on l’a descendue par avion. Elle venait de Ushkuass. Elle était à cet endroit, elle  a atterri à Schefferville et c’est à cet endroit que sa mère était morte.&#13;
C’était Tamenishapet a ? &#13;
Non, c’était une femme de Kujjuak. C’est à cet endroit que sa mère était morte. J’ai pensé à cette anecdote quand mon père s’est noyé à cet endroit. Quand je pense à tout ce qu’il m’a raconté, il m’a dit: je ne suis pas très bon dans bois. Je ne connais pas beaucoup l’intérieur des terres. Mais ce qu’on m’a enseigné, tu peux te sauver la vie avec les enseignements que je t’ai donné. De là, en observant la manière dont tu agis, tu peux subvenir à tes besoins essentiels. Me dit mon défunt père.&#13;
Aussi j’apprends comment les autres chasseurs agissent. De la manière que les femmes travaillent. Je vous observe. C’est de cette manière que les enseignements se transmettent par observation. Il faut que tu regardes ce que fait l’innu. C’est de cette manière que moi je fais.&#13;
&#13;
Depuis que je suis ici, à Mushau-shipit et en voyant ce qu’on voit ici, on a discutés Lucien, mon frère Taby et moi. Ce sont des choses très très anciennes, les traces que les innus, les ancêtres ont laissé sur la terre. Les sites en bas, de l’autre côté, là-bas ont tous les traces.  De ce que j’ai entendu de l’endroit où l’on est, c’est à cet endroit, ici, qu’ils venaient chasser le caribou. Cela arrivait une fois par année. Tous les innus se rassemblaient ici avec les outils des innus qu’on a découvert ici sur place. Ce que Anne-Marie a raconté…&#13;
Nous avons touché les outils que nos ancêtres ont fabriqués. Ce qui fait ma fierté. C’est ça qu’on m’a expliqué quand on est parti ce matin. &#13;
&#13;
&#13;
&#13;
&#13;
&#13;
&#13;
 &#13;
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                <text>Entretien à Mushuau nipi (Parallèle 55, Rivière Georges, Québec, Canada)</text>
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                <text>&lt;iframe width="100%" height="360" src="https://player.vimeo.com/video/687680459?h=cf90532e3e" frameborder="0" allow="autoplay; fullscreen; picture-in-picture" allowfullscreen="allowfullscreen"&gt;&lt;/iframe&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;a href="https://vimeo.com/687680459"&gt;Réal Mckenzie&lt;/a&gt; from &lt;a href="https://vimeo.com/user153045686"&gt;CRC Uetshit Takuaimatishun&lt;/a&gt; on &lt;a href="https://vimeo.com"&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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                  <text>&lt;p&gt;Une collection d'entretiens et d'activités particulières (vidéo) qui décrivent et expliquent l'aspect social des communautés innues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Production Manitu est actif depuis une quarantaine d'années dans le milieu innu et a pu capter différentes entrevues et activités particulières...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Production Manitu se considère comme un passeur de connaissances traditionnelles innues. (&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/production-manitu-inc"&gt;Plus d'informations&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/items/browse?collection=24"&gt;Voir la liste des entrevues en ordre de nom de famille des interviewés&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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      <name>Moving Image</name>
      <description>A series of visual representations imparting an impression of motion when shown in succession. Examples include animations, movies, television programs, videos, zoetropes, or visual output from a simulation.</description>
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              <text>Évelyne : Bonjour Philippe. D'où viens-tu, où es-tu né ?&#13;
Philippe : Je suis de Malio.&#13;
Évelyne : Et tu es allé à l'école ici ?&#13;
Philippe : Oui, j'ai toujours demeuré ici.&#13;
Évelyne : Tu es un musicien, est-ce que ça fait longtemps que tu joues de la musique ?&#13;
Philippe : J’ai commencé jeune. On m'a invité à jouer de la musique dans des partys. Il n’y avait pas grand nombre d'artistes et on m'invitait toujours moi. À force de jouer, je devenais de plus en plus bon, et c'est venu que je chante aussi.&#13;
Évelyne : Où as-tu pris ta première guitare ?&#13;
Philippe : Dans le premier temps, je jouais la musique des Beatles. J'écoutais toujours leur musique, je l'aimais bien. J'ai rencontré un autochtone de Mistassini, il s'appelait Marley Loon, il est décédé. Je l'ai rencontré à Montréal, il jouait de la musique et chantait dans sa langue crie et moi déjà, je jouais de la musique, mais je n'avais jamais pensé composer et chanter. Je comprenais un peu ces chansons et au retour chez moi, je commençais à composer mes chansons et à les chanter. C'est là que j'ai produit un long jeu à Radio-Canada. Anciennement, il n'y avait pas de radio communautaire et les autres autochtones avait de la difficulté à se procurer mes chansons. À la suite de l'apparition des radios, la renommée vient plus vite.&#13;
Évelyne : Dans tes chansons, de quoi parles-tu le plus ?&#13;
Philippe : Je parle du solitaire, la terre Nitassinan, de l’espérance, l’espoir.&#13;
Évelyne : Tes chansons, depuis combien d'années que tu chantes ?&#13;
Philippe : Au moins 20 ans, mais pas régulièrement. De temps en temps, je joue pour moi et actuellement, je suis en train de faire un CD, je l'achève et les Innus ont hâte de l'écouter.&#13;
Évelyne : J’entends souvent des Innus dire que tes chansons correspondent à ce qu'ils ressentent.&#13;
Philippe : C’est grâce aux Innus qu’il y ait des chanteurs en innu qui peuvent transmettre ce qu'ils ressentent comme Innu, pouvoir chanter nos coutumes, notre mode de vie, transmettre nos pensées, notre vision en tant qu'Innu. Si les Innus n'existaient pas, il n'y aurait personne pour chanter tout ça.&#13;
Évelyne : On m'a même dit que dans tes chansons, il y avait toujours une suite ?&#13;
Philippe : L’artiste ne ressent pas toujours que ses chansons peuvent influencer les autres.&#13;
Évelyne : Comme tu le dis, quand on parle du Nitassinan, tout de suite, on entend tes chansons.&#13;
Philippe : Oui, il y a deux personnes, l'homme et le chanteur. Il faut que les deux personnages se complètent et se comprennent sinon, il ne sortira pas de son produit.&#13;
Évelyne : C’est ça que je te dis, lorsqu'il se produit quelque chose dans la communauté, comme quand on parle de la terre, quand il y a la fête des Mère, on fait toujours entendre à la radio, tes chansons.&#13;
Philippe : Quand tu chantes, tu commences toujours par ton entourage proche, vient l'entourage de la communauté, du territoire. C'est toujours comme ça, l'espace augmente avec la chanson. Ta vision augmente.&#13;
Évelyne : En te servant seulement de la langue innue, tu n'atteins pas le blanc, qu'est-ce que tu penses de ça ? Ou bien tu veux seulement atteindre les Innus ?&#13;
Philippe : Je suis dans les deux groupes, quelquefois, je chante en français et des fois en Innu. Quand je chante en Innu, j'essaie d'atteindre les Innus. La bonne humeur, l'amour, c'est la même chose pour tout le monde quelle que soit la couleur, la race.&#13;
Évelyne : As-tu déjà commencé à composer et chanter en français ?&#13;
Philippe : J'en fais de temps en temps, je compose mes chansons en français et elle se trouvent dans les tiroirs. Mais je commence à les sortir, il va y en avoir un tas. Aujourd'hui, je ne veux rien précipiter comme je le faisais avant. Quand tu fais trop vite, tu accroches tes pieds dans quelque chose et tu tombes.&#13;
Évelyne : Quand tu veux chanter en français, qu'est-ce que tu veux envoyer comme message ?&#13;
Philippe : C'est pour amener plus de personnes à m'écouter chanter.&#13;
Évelyne : Quel message veux-tu envoyer ?&#13;
Philippe : Rien de plus que ce que je ressens quand je suis joyeux, peiné.&#13;
Évelyne : Depuis l'existence de Innu Nikamu, tu es le pionnier du festival et de la chanson innue, tu as produit un long jeu, tu es populaire auprès de bien des personnes et surtout des jeunes qui suivent tes traces, qu'est-ce que tu penses de ça ?&#13;
Philippe : Je ne suis pas le premier artiste, car auparavant il y a nos grands-pères qui chantaient avec le tam-tam. Moi, je n'ai fait que maintenir et renforcer la chanson innue.&#13;
Évelyne : Tu parles des aînés, est-ce que tu t'en sers du tambour dans tes chansons ?&#13;
Philippe : Il m'arrive de temps à autres, mais je ne chante pas que je l'utilise, je ne suis pas rendu à cette étape ni l'âge pour chanter tout en tapant sur le tambour. Peut-être qu'un jour, j'aurai l'honneur de le faire, mais je suis encore dans les instruments.&#13;
Évelyne : Et tu t’en sers, quels sont les instruments dont tu te sers ?&#13;
Philippe : Les instruments électriques et la batterie, le clavier, le piano.&#13;
Évelyne : Y a-t-il des Innus qui jouent avec toi ?&#13;
Philippe : Il y a beaucoup d’Innus et de non-innus et moi, je suis dans le milieu, j'utilise des Innus et des non-innus.&#13;
Évelyne : Et toi, qu'est-ce que tu aimerais ? Comment le vois-tu ?&#13;
Philippe : Moi, peu importe sa race, en autant qu'il sache jouer un instrument et qu'il s'accorde avec moi. Il n'y a pas de différence pour moi.&#13;
Évelyne : Ton CD approche, comment tu vas t'organiser pour sa sortie ? Vas-tu faire le tour des communautés ? Comment vas-tu procéder ?&#13;
Philippe : L'année prochaine, je vais aller dans les communautés pour vendre le produit et faire des spectacles, chanter dans chaque communauté.&#13;
Évelyne : Aujourd'hui y a-t-il beaucoup de personnes qui jouent de la musique ?&#13;
Philippe : Il y en a beaucoup, surtout des jeunes. Il faut qu'ils y croient à un talent, car au début, c'est un jeu, un plaisir de jouer avec un instrument. Plus tard, ça devient plus sérieux parce qu'il faut que tu gagnes ta vie avec cela.&#13;
Évelyne : Moi, je pensais que jouer de la musique c’était vouloir transmettre un message ? Est-ce que c'est ça ?&#13;
Philippe : Oui, c'est un peu ça. Tu veux transmettre un message et celui d'un autre. Ce que l'autre peut ressentir. Moi, c'est ma façon de procéder.&#13;
Évelyne : Est-ce que le festival Innu Nikamu vous aide ?&#13;
Philippe : Pour ma part, ça m'aide beaucoup. Je n'ai pas besoin de grand monde, mais avec les visiteurs qui viennent, je suis heureux de leur présence. J'aime jouer de la musique.&#13;
Évelyne : Tu m'avais compté la raison pour laquelle tu veux faire un CD. Quelle est cette raison ?&#13;
Philippe : Pour me satisfaire. La satisfaction du travail accompli et bien fait.&#13;
Évelyne : Moi, je vais dans les disquaires et je vais voir les CD des Beatles et celui de Philippe Mckenzie ?&#13;
Philippe : Dans la même section que les Rolling Stones et les Beatles.&#13;
Le premier long jeu, c'était juste pour le faire mais avec celui-ci, je suis fier et je commence aussi à prendre de l’âge !&#13;
Évelyne : Quel message tu laisserais aux jeunes artistes et ceux qui veulent l’être ?&#13;
Philippe : Ils vont rencontrer des difficultés et c'est une bonne chose, car il ne faut pas se décourager, il faut passer à travers celles-ci. Toujours travailler afin de s'améliorer.&#13;
&#13;
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&lt;p&gt;&lt;a href="https://vimeo.com/682585782"&gt;Pinip McKenzie&lt;/a&gt; from &lt;a href="https://vimeo.com/user153045686"&gt;CRC Uetshit Takuaimatishun&lt;/a&gt; on &lt;a href="https://vimeo.com"&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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                  <text>&lt;p&gt;Une collection d'entretiens et d'activités particulières (vidéo) qui décrivent et expliquent l'aspect social des communautés innues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Production Manitu est actif depuis une quarantaine d'années dans le milieu innu et a pu capter différentes entrevues et activités particulières...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Production Manitu se considère comme un passeur de connaissances traditionnelles innues. (&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/production-manitu-inc"&gt;Plus d'informations&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/items/browse?collection=24"&gt;Voir la liste des entrevues en ordre de nom de famille des interviewés&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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      <name>Moving Image</name>
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              <text>Evelyne. Autrefois, tu as dit que vous habitiez de l’autre côté?&#13;
Charles Mark. Autrefois quand nous sommes arrivés avec nos bagages, moi, c’est à peine si je m’en souviens, cela doit faire une dizaine d’année en 13 ou 14.&#13;
Marcel Lalo. C’était en 1926 je crois, c’étaient les maisons des Anglais et il en avait autour des tentes seulement.&#13;
Evelyne. C’est vrai?&#13;
Marcel Lalo. Oui&#13;
Charles Mark. Exactement à l’endroit où il y a quelque chose qui est circulaire. &#13;
Evelyne. Puis le gouvernement a décidé de vous envoyer ici?&#13;
Charles Mark. Non, nous avons habité ici après notre retour, on ne pouvait pas habiter là, là de l’autre côté, les Anglais y étaient déjà en plus ils ne nous aimaient les Mishtikuashuat, nous non plus on n’aimait pas y habiter, parce que ça ne se serait pas bien passé.&#13;
 (1;10 inaudible. Il parle d’un genre de vol mais le son est trop bas pour que je puisse bien entendre. Il raconte qu’on leur mentait pour dérober ce qu’ils avaient donné en échange de services mais je n’en suis pas sûre.)&#13;
Evelyne. C’est si vous payez?&#13;
Charles Mark. oui&#13;
Evelyne. Et quand vous êtes allés à La Romaine?&#13;
Charles Mark. C’est ça, c’était en 1952 que nous sommes allés là-bas, vers le large…il y en a qui étaient partis d’avance, un an auparavant.&#13;
Ils sont partis par voie d’eau, puis nous sommes partis, nous tous sommes partis un an plus tard. Alors nous avons érigé un campement là-bas. On avait un petit bateau, on l’a amené à La Romaine. Nous, on est resté pendant deux ans. Quand on était à La Romaine on a débarqué au large, on ne nous a pas débarqué près du rivage, il n’y avait pas de quai. On nous traitait presque comme des chiens quand on est parti en bateau. On nous mettait au travers des chiens. C’est comme ça que je m’en rappelle, alors on est resté.&#13;
Evelyne. Combien d’années êtes-vous restés à La Romaine?&#13;
Charles Mark. Moi, je suis resté deux ans presque et Shimun (groupe), ils sont restés un an et demi. C’est au printemps qu’ils sont revenus ici.&#13;
Evelyne. On dit d’eux qu’ils ont marché.&#13;
Charles Mark. Oui, ils ont marché, Antan et Shapatishiss et Puniss et ses enfants. Nous sommes restés une autre année quand le printemps est arrivé nous sommes partis en avion, nous sommes arrivés ici en mars, mon père, Antan, et Mishen qui était marié, il y avait San Lalo, il y avait aussi Uniam Lalo le père de Shushep. C’était ces aînés qu’il y avait dans ce temps-là. Puis nous sommes arrivés, moi je suis arrivé en bateau, on était deux avec Shinapesht mon beau-frère, il était marié déjà depuis deux ans je pense, sa femme s’appelait Pinamen. Quand nous sommes arrivés ici on a dû rester trois ans, on a dû rester cinq ans puis on nous a donné des maisons.&#13;
Evelyne. Est-ce qu’on vous a bien installé avec les Innus de Uanaman-shipu?&#13;
Charles Mark. Oui, c’est nous qui n’avons pas aimé être là, ce sont les aînés qui n’aimaient pas être là parce qu’on nous avait menti. Quand on est parti d’ici on nous avait dit que les maisons étaient prêtes là-bas. Puis quand l’automne est arrivé au mois de décembre, elles seront terminées nous a-t-on dit. On est resté un an là-bas à La Romaine parce qu’on nous avait dit aussi qu’on nous amènerait sur nos terres de chasse, mais nos pièges sont là-bas. Ce n’est pas ce qui s’est passé en plus on a dit « on vous donnera du bois de chauffage », celui qu’on amène par traîneau ou motorisé. C’est ainsi que ça s’est passé. C’est pour ça qu’on est revenu ici. On nous a retenu, les agents du gouvernement nous ont retenu et le Père Joveneau aussi.&#13;
On nous a retenu à rester mais les aînés ne voulaient pas, ils étaient déjà partis depuis trois semaines. Mon grand-père m’a fait venir Uniam Pukue, il était là et mon père aussi, San Lalo et (?). Ils sont arrivés ici en automne. Puis nous aussi on est parti et on est resté là. L’agent du gouvernement est venu nous rejoindre, il nous a dit ; on va vous donner des maisons, on lui a dit; ça ne fait rien si on ne donne pas de maisons. On est resté ici peut-être pendant 5 ans. Tanien Vachon est venu nous rejoindre il était chef, il est venu ici et Max Gros-Louis aussi.&#13;
On parle de maison puis il a dit; est-ce que vous seriez contents d’avoir des maisons.Oui, on serait content qu’on nous donne des maisons, ont-ils dit, si on nous donne des maisons on ne retournera pas là-bas, on ne retournera pas à nouveau là-bas, lui a-t-on dit, ça suffit les mensonges, ce n’est pas le Gouvernement… (5 :44 inaudible) Nous aurions gaspillé pour toujours si on avait quitté notre terre. Puis nous sommes revenus ici avec ceux qui étaient forts, les aînés c’est eux qui étaient forts. Ils ont réussi à revenir ici&#13;
Pour y rester. De plus on ne nous donnait pas de nourriture, du bien-être au moins pendant 3 ans. On faisait une route pour des véhicules, pour faire passer (?) pendant 3 ans de temps, il y en avait déjà un que c’était fait, ça a continué un autre quatre ans, alors les Innus ont pu travailler et ont pu survivre et aussi grâce à la chasse aux castors. Mais ils continuaient à monter dans le bois quand même. L’hiver suivant après 5 années c’est alors qu’on a construit les maisons Quand Tanien est venu…c’est moi qui aurais dû partir alors c’est Pien Tenakan qui est parti là-bas où on discutait les maisons, on le considérait comme un chef de bande Pien Tenakan&#13;
C’est moi qu’on aurait élu, j’aurai été le premier mais moi, je suis monté dans le bois tandis que Pien Tenakan lui, est resté ici. Quand je suis revenu du bois c’est alors que j’ai entendu dire que les maisons seraient construites cette année-là ou encore l’été suivant. On s’est mis ensemble pour les maisons (7;09 inaudible à cause d’une pelle mécanique qui enterre la voix de Charles 7;36)&#13;
Evelyne. Vous deviez être contents de revenir?&#13;
Charles Mark. Oui, nous étions contents de rester à nouveau n’est-ce pas. Là-bas on pensait naturellement…On tentait de trop en faire pour s’installer, nous n’étions pas confortables de monter dans le bois là-bas parce qu’on était trop nombreux et le gouvernement nous mentait concernant l’aide pour monter dans le bois.&#13;
Evelyne. Vos enfants n’ont-ils pas….&#13;
Charles Mark. On voulait construire les maisons de l’autre côté mais on n’a pas accepté, on a dit qu’on voulait être de ce côté-ci&#13;
Evelyne. Au pensionnat, Il n’y avait pas de vos enfants qui sont allés étudier au Pensionnat n’est-ce pas?&#13;
Charles Mark. Non.&#13;
Marcel Lalo. On n’a pas envoyé d’enfants là-bas à Uashat.&#13;
Charles Mark. Il n’y a que deux qu’on a envoyé après…&#13;
Evelyne. Ils ne parlaient que l’anglais, vous-autres…n’est-ce pas?&#13;
Charles Mark. Oui, les jeunes parlaient beaucoup anglais. Nous, on parle anglais et les enfants aussi parlent anglais. Puis ça s’est brisé après deux ans, il a fallu qu’ils parlent français, on ne savait pas quoi faire. Naturellement nous avons été embêtés quand les agents du gouvernement sont venus, ils parlaient français, on ne savait pas quoi faire. Il y en avait qui parlaient anglais mais ils ne pouvaient pas venir. Avant les maisons étaient situées seulement du côté de la rivière, il n’y en avait que là. De plus on avait beaucoup de misère pour…(9;23 inaudible, il parle des maisons, des premiers maison 9;27)&#13;
09 :30 Evelyne., Bonjour, je suis heureuse de te rencontrer, j’aimerais que tu me racontes, est-ce ici que les Innus de Pakua-shipu restaient, où devaient être situés les tentes?&#13;
Charles Mark. Pour commencer moi aussi je te salue, je me sens prêt à raconter le passé. On pourrait dire qu’on était heureux quand il y avait encore des aînés, ceux qui ont vu, ont vécu ça comme mon père et Uiniam Pukue et Matshiu Pitin et Matshiu Lalo et Mishtanapeu. Ils étaient nombreux, ils devaient être cinq et les enfants vivaient ensemble, Autrefois on habitait là-bas tout droit là où il y a la pointe.&#13;
Là où il y a une île par ici, là où les traîneaux peuvent passés, là où je t’ai pointé c’est là que restaient les Innus. Il n’y avait pas encore de Mishtikushus, il n’y avait pas beaucoup…. Il devait y en avoir que quatre s’il n’y en avait 7, là il devait y en avoir quatre et là cinq, il devait y en avoir cinq ou sept, s’il n’y en avait pas neuf en tout. C’étaient les maisons des Mishtikushus. Je me souviens du temps qu’on restait là, il y avait un marchand qu’on appelait Mr. Green(?), il était comme un agent du gouvernement, peut-être que vous l’avez vu quand il allait à Uashat. C’est lui qui nous avait envoyé de l’autre côté pour qu’on y habite. Donc comme on ne nous aimait pas alors on est allé rester là-bas, c’était comme si on nous déplaçait, sinon c’est nous qui aurions été maître ici, c’aurait été une terre innue quand je me rappelle du passé, il y a longtemps c’était 1970 qu’on nous racontait ça. En premier on est resté là-bas, on habitait de l’autre côté, il devait y avoir une dizaine de tentes et d’autres restait en face, il devait y avoir quatre tentes et là-bas peut-être cinq.&#13;
Evelyne. Là de l’autre côté?&#13;
Charles Mark. On devait être au nombre de cent deux, je parle des Innus. Puis les agents du gouvernement sont venus nous rejoindre et il y avait un Mr. Letouneau(?), il est venu ici puis on en a déplacer quelque uns en premier.&#13;
Ils sont partis l’année d’après, c’est donc l’été suivant qui sont venus… c’est 1961 quand ils sont venus, Puis nous sommes restés à Uanaman-shipu, moi je suis resté deux ans là-bas, presque trois ans, puis nous sommes revenus là-bas de l’autre côté (nom de lieu?), c’est là que nous sommes restés.&#13;
Evelyne. Pourquoi vous a-t-on déplacé?&#13;
Charles Mark. C’est parce que les femmes (tshitassuatupant(?) avec les femmes mishtikushus, volaient des choses parfois quand les Innus leur demandaient de faire des commissions on pourrait dire ça comme ça et quand les innus leur demandaient de les monter dans le bois (entrée de la forêt) en chaloupe.  Quand les Blancs revenaient après avoir conduit les Innus, tout ce que les Innus laissaient derrière eux, ils le prenaient, comme les machines à coudre et même le bois utile qu’ils laissaient pour fabriquer leur canot etc.) C’était ainsi et de plus on a voulu nous déplacer parce que les Mishtikuashus ne nous aimaient pas.&#13;
Evelyne. Donc tu es resté là pendant une année, est-ce qu’il y avait des Innus à La Romaines ?&#13;
Charles Mark. Il y avait déjà des Innus, ceux qui étaient déjà là depuis trois semaines (?), Ceux-ci devaient déjà être partis, Penua Ashini était parti et Matshiu Pitin et Matshiu Mishtanapeu, étaient déjà partis. Puis après ça été notre tour après un an, c’était au mois d’août le premier, c’est alors que nous avons dû partir, c’est de l’autre côté qu’on s’est rassemblé, il y avait un quai, c’est là qu’on nous a amené, là où il y a une bute. On avait amené un petit bateau au large. Après qu’il y a eu une rencontre alors les agents du gouvernement nous on dit que si on voulait monter dans le bois ça ne serait pas difficile et que le Gouvernement allait payer l’avion et qu’on ne paierait pas, nous ont-ils dit. Mais ils nous ont menti, on ne nous a même pas traité tel quel et même les maisons qu’on nous donnerait là-bas, qu’elles étaient déjà prêtes nous avait-on dit, vous n’aurez qu’à y entrer nous avait-on dit et on vous donnera aussi du bois de chauffage, on allait en donner aux aînés, aux plus vieux, on va les transporter, le bois de chauffage nous avait-on dit. Quand on est arrivé là-bas on est resté, il n’y avait rien, on ne pouvait entrer dans les maisons, peut-être en décembre ou au mois de novembre qu’on a pu y entrer, c’était en date du quinze, il faisait déjà froid, puis les aînés ont parlé de revenir ici. Il y a un Innu qui avait été arrêté. C’est Etien qui avait été arrêté à Uanaman-shipu, c’est pour ça qu’on a essayé de revenir ici, on pourrait dire que ça n’allait pas bien, eux ils n’aimaient pas ça, ils ont marché pour revenir ici. Il y avait Antan et Shapatishiss et Puniss, ils étaient un groupe de quatre qui revenaient ici. Ça a dû leur prendre quatre mois, ils sont restés là-bas un peu plus d’un an, c’est au printemps qu’ils sont partis pour revenir ici, ils sont arrivés ici les rivières s’étaient déjà libérées de leurs glaces. Ils savaient comment ils étaient traités, qu’ils ne seraient pas aidés donc…ils regrettaient leur terre et leurs pièges, les aînés voulaient vraiment revenir à Pakut-shipu pour rester et ce sont eux qui étaient les premiers, qui connaissaient bien (le chemin) et ils savaient comment faire. Là-bas quand j’y pense naturellement c’était comme si on nous enfermait, on ne pouvait rien faire parce qu’on nous défendait tout, il n’y avait rien pour nous qu’on pourrait dire, il n’y avait rien, on avait construit des maisons mais il n’y en avait pas beaucoup. Les Innus ne donnaient aucune importance à ces maisons, ils donnaient plus d’importance à leur terre, c’est là qu’ils voulaient rester. Après le départ du groupe à Shimun, leur marchand les a aidés à monter dans le bois, le Gouvernement leur donnait de la nourriture (aide sociale), ils commençaient à avoir faim dit-on, Antan a voulu les suivre. Il a nommé son père. Ils ont payé l’avion pour revenir ici, ils ont utilisé leur pension de vieillesse pour payer. On ne leur a pas donné d’aide social ici, ils sont quand même restés. Puis ils sont finalement tous revenus, Pien Pitin est revenu et tout le groupe de Matshiu Lalo et San Lalo et Uniam Lalo, ils sont tous revenus ici. Puis nous sommes restés encore un autre quatre ans ou cinq ans à peu près nous y sommes restés, deux, un groupe sont revenus ici, Matshiu Pitin est revenu, il regrettait sa maison, (?) « je reviendrai » dit-il.&#13;
Evelyne. Était-il vieux? &#13;
Charles Mark. Non, il n’était pas vieux mais il n’aimait pas là-bas, on pourrait dire qu’il était déjà vieux. Il est revenu ici peut-être cinq ou six ans après nous.&#13;
À nouveau nous sommes restés ici de l’autre côté, quand nous sommes revenues, c’était en bateau, on nous a installé dans une cale comme si on était des chiens naturellement, on nous traitait ainsi et il y avait les canots et nos bagages, on était là avec tout ça. Puis nous sommes arrivés à Uananman-shipu au large c’est là qu’on nous a débarqué. Ce sont de petits bateaux qui venaient nous chercher c’est là que nous avons débarqué, il commençait à faire froid, puis nous sommes arrivés au rivage de Uanaman-shipu. Je me suis trompé un peu. Le temps que nous ayons été là, ça n’allait pas bien, on ne nous donnait pas d’aide social, on ne donnait pas à manger, on voulait qu’on revienne ici.&#13;
Evelyne. Combien de temps ne vous a-t-on pas donné d’aide social?&#13;
Charles Mark. À peu près pendant trois années on ne nous a pas donné d’aide social, ça a dû faire trois ans qu’on ne nous a pas donné d’aide social durant qu’on était là, il y avait une route qui était construite, une route d’hiver, un travail d’hiver c’est ainsi que les Innus ont réussi à s’en sortir, qu’ils ont pu subvenir à leurs besoins. Ça s’est arrêté après trois ans puis il y a eu les maisons en 1972, c’est alors qu’on a pu y entrer et rester là. Après qu’on eut été invité on nous avait oublié; ça n’allait pas bien pour nous, On nous les a redonnés, les maisons, ils ont été fini d’être construites. Nous étions contents d’avoir les maisons.&#13;
Evelyne. Tu me dis pendant trois ans vous n’avez pas…&#13;
Charles Mark. Oui, pendant trois ans à peu près nous n’avons pas reçu d’aide social, on ne nous a rien donné alors nous avons travaillé à des emplois d’hiver, ça a duré trois ans puis nous avons arrêté et c’est alors que nous avons eu le chômage, puis après nous avons eu les maisons. Alors les agents du gouvernement sont venus pour nous annoncer que des maisons seraient construites, c’est Tanien Vachon qui est venu de Uashat, il est arrivé en disant, seriez-vous contents d’avoir des maisons, il y a Max Kuniu qui était là,----Oui, dirent-ils , nous serions contents si le Gouvernement nous en donnait, mais pas ailleurs, oui nous serions content, c’est ici que nous aimerions qu’on donne les maisons, dirent-ils. --- D’accord on va essayer dit Tanien, on va parler politique et toi, tu devras partir, me dit-il, c’est toi qui seras chef, me dit-il. Je ne pouvais pas partir négocier car je montais dans le bois cet automne-là, alors Pien Tenekan est devenu chef, il a pris ma place. Après un an qu’on eut eu un chef c’est en automne qu’on a parlé des maisons qu’on allait nous donner, l’été a suivi. Alors elles ont été construites.&#13;
Evelyne. Alors les enfants donc… est-ce qu’on a construit une école?&#13;
Charles Mark. Non, il n’y avait pas d’école ici, on les traversait de l’autre côté pour l’école. Il y avait une vieille école, on l’avait déplacé, quelques temps après notre arrivée ici, ça ne fait pas longtemps, c’est là qu’on avait inscrit les enfants, ils parlaient anglais ceux qui y allaient et en plus c’était très difficile pour eux…&#13;
Evelyne. Est-ce qu’ils marchaient en hiver?&#13;
Charles Mark. Non, on nous avait donné un petit véhicule après que les enfants eurent commencé l’école, c’est avec ce petit véhicule qu’ils étaient amenés en été après la fonte des glaces. Au mois de juin, ils y allaient en canot et quand ils commençaient en juin ils prenaient le canot. Les enfants avaient de la misère avec l’école, on en a discuté pour qu’on nous en donne une, ça a fini par aboutir à force d’en parler. Alors l’agent du gouvernement m’a dit; Il faudra que vous soyez très loin, pour avoir droit à une école, nous a-t-il dit. Alors je lui ai dit, je te remercie pour ce que tu me dis, mais j’ai le temps de mourir, avant que tu nous donnes une école, lui dis-je, ça veut dire la même chose, c’est tellement difficile pour les enfants quand c’est le printemps. Il faut qu’ils traversent, ils sont tout mouillé, puis il y a le vent, et quand il fait froid, lui dis-je, c’est très dangereux qu’ils tombent à l’eau quand ils traversent avec le petit véhicule. Il y a des trous d’eau quand on les y amène avec le véhicule.&#13;
Evelyne. Ça fait combien de temps que les enfants ne traversent plus?&#13;
Charles Mark. Ça fait peut-être dix-neuf ans qu’ils ne traversent plus.&#13;
Evelyne. Il y a une école maintenant n’est-ce pas?&#13;
Charles Mark. Oui, quand on a construit la première école à l’ouest de la réserve celle qui se trouve de l’autre côté, celle qui est au milieu c’était notre école, au début elle n’était pas grande, trois ans plus tard puis cinq ans et après sept ans, on en a discuté encore…il y avait suffisamment d’enfants, nous a-t-on dit. Maintenant les enfants, il y en a plein. Notre population augmente très vite, donc les enfants sont devenus nombreux.&#13;
Evelyne. D’où viennent ces Anglais?&#13;
Charles Mark. Naturellement il devait y avoir des Anglais autrefois, quelques-uns d’entre eux viennent de l’est et ils sont venus à Pakut-shipu, il y en a qui viennent de la grande île, les Mishtikushus, c’est eux qui ont construit leurs maisons.&#13;
Evelyne. Est-ce que ce sont tous des Anglais?&#13;
Charles Mark. Il devait y avoir d’autres Anglais, ils se seraient sauvés, ils se seraient échappés.&#13;
Evelyne. J’ai entendu parler aussi des Aissimeus, il y aurait eu une bataille ici une fois?&#13;
Charles Mark. Non, c’est du côté de l’est, les Innus auraient descendus la rivière pour se rendre à l’ouest pour aller chasser le castor naturellement, il n’y en avait pas tellement dans l’intérieur des terres, ils sont allés à l’est pour en chercher, c’est là que ça s’appelle Aissimeu-shipu c’est là qu’il y avait des Aissimeus, c’est là qu’ils les ont bloqués, qu’ils les attendaient sur une hauteur quand ceux-là sont passés en canot pour les tirer avec leurs flèches. Les Innus connaissaient les lieux, alors ils sont passés en canot de l’autre côté, il y avait là-bas une baie. C’est là qu’ils avaient dû débarquer, à la pointe et c’est de là qu’ils ont tiré avec leurs fusils sur les Aissimeus. C’est comme s’ils se faisaient la guerre alors ils ont été décimés, les Innus les ont décimés, un des Aissimeu partout sur lui ici (geste) s’était fait une armure en hache sur lui, on dit que le fusil ne le blessait pas, alors il a dit en chantant; je ne sais pas ce qu'il devait chanter ---si nous avions eu les mêmes armes, chantait-il ainsi, vous n’auriez pas pu nous faire avoir si facilement, dit-on de Aissimeu. Après qu’on eut tué les Aissimeus, les Innus sont montés dans le bois aussitôt, les Innus sont allés plus loin dans l’intérieur des terres.&#13;
&#13;
Evelyne. Pour quelle raison se sont-ils battus?&#13;
Charles Mark. À cause du loup marin, ils avaient peur que les Innus chassent le loup marin, ils devaient penser que les Innus tueraient le loup marin.&#13;
Evelyne. Aujourd’hui est-ce qu’il y a des changements dans le mode de vie?&#13;
Charles Mark. Oui, ça a beaucoup changé dirait-on, il y a quelque chose qui a été perdue pour nous, comme à l’école, il manque l’enseignement de l’innu-aimun pour les enfants, on leur enseigne seulement un peu la langue innue du moins ce dont je suis témoin et de plus il y a la drogue, s’il n’y avait pas eu la drogue peut-être que c’aurait été moins pire et de plus on ne les amène pas dans le bois. Aujourd’hui on ne montre pas ça aux enfants du moins pas suffisamment… quand tout a commencé dans le passé, ils allaient bien, on montait dans le bois et tous les enfants, même les tous petits, on montait tous dans le bois alors que maintenant… c’est un peu différent les Innus ne peuvent pas monter dans le bois autant, il y a ceux qui montent dans le bois pour peu de temps comme deux semaines, ça c’est toujours là, ils ne vont pas loin, ils y vont en avion et ils amènent tous les enfants aussi qui vont à l’école et parfois au printemps c’est au large pas loin… &#13;
Evelyne. Ici, vous autres?&#13;
Charles Mark. Ils ne peuvent pas rester longtemps et il y a cette chose qui leur fait de la misère, ils ont de la misère…comme la bière et la drogue parce que les Kakusseshiht en vendent les Mishtikushus et même des jeunes. Aujourd’hui ça fait quatre ans qu’ils en prennent. &#13;
Evelyne. Est-ce que ça va s’améliorer ?&#13;
Charles Mark. Je pense que tout ira bien dans un an si on leur donne le temps…c’est possible peut-être s’ils vont chercher de l’aide et s’ils ne prennent pas beaucoup de drogue. Si les Innus s’aident, s’ils ont envie de se rapprocher des ainés, peut-être qu’ils ne seront pas assez forts pour s’en sortir. Il se peut qu’ils ne soient pas assez forts pour s’en sortir du moins pour quelques-uns parce qu’il faut croire en soi…parfois… « c’est notre vie à nous » disent parfois ceux qui boivent, comme les femmes de Pakut-shipu et les jeunes ne…quand on les empêche de continuer, ils ne vont pas là où se trouve l’aide, ils ne sont pas nombreux à chercher de l’aide. Moi, j’aimerais qu’il y en ait plus qui veulent s’aider et c’est comme ça peut-être que tout pourrait arriver pour s’entraider, peut-être que ça prendra du temps, un six ans ou un sept ans, ça pourrait peut-être être possible.&#13;
Evelyne. Comment vois-tu le futur?&#13;
Charles Mark. Moi la façon que je vois le futur, il me semble que je serais heureux si on amenait les enfants dans le bois et qu’on les aide. Qu’on puisse aider ceux qui rencontrent des problèmes et qu’ils ne se découragement pas de monter dans le bois pour le moment, essayer de croire qu’on peut s’en sortir et qu’ils ne pensent pas que c’est impossible, qu’ils aiment être dans le bois et que les jeunes aiment plus être dans l’intérieur des terres., du moins ceux qui ont dix-huit ans et ceux qui ont vingt ans aussi, qu’il ait du travail, qu’il y ait de plus en plus de gens qui travaillent, là-bas il manque des travailleurs peut-être qu’il en manque six pour ceux qui n’ont rien à faire et si on continue toujours de monter dans le bois.&#13;
Peut-être que ça pourrait arriver plus souvent qu’on puisse voir (nutshimit) et j’y crois moi, on n’y va pas assez souvent, les jeunes ne peuvent pas rester assez longtemps. Ce n’est pas suffisant d’être là deux semaines, peut-être il faudrait y être au moins un mois ou deux mois, ce serait bien, les jeunes apprendraient plus.&#13;
Evelyne. Quel message donnerais-tu aux jeunes?&#13;
Charles Mark. Moi je pourrais dire que ça irait mieux, peut-être que vous iriez mieux si vous ne preniez pas trop de drogue. Moi par exemple ça fait peut-être six ans que je n’ai pas touché à la bière, c’était vraiment ça que je consommais. Il arrivait parfois que j’en consomme jusqu’au lendemain, ou pendant une semaine, quatre jours en ligne que je devais boire.&#13;
J’ai su d’où j’arrivais dans mon passé, quand j’y pense que ça me causait des problèmes. Je croyais que ça ne me causait pas de problème dans le temps que je buvais je ne…pour ma femme et mes enfants. Les jeunes me disent --- tu faisais ça toi aussi quand tu buvais, me disent-ils. Oui, c’est vrai ce qu’ils disent, c’est la même chose quand une femme parle de son mari, je ne lui dis rien, je l’écoute car je sais ce qu’elle me raconte est vrai donc je lui dit ---c’est vrai ce que tu me racontes, moi aussi je ne savais pas quoi faire quand je buvais encore mais je vais essayer de plus boire et j’irai visiter les aînés, je me décourage parfois d’essayer de ne pas boire, de résister à la boisson, j’ai pitié de moi-même, ça fait deux ans que je n’ai rien pris et je voulais aller voir le prêtre pour une rencontre. Après avoir réussi un an, deux ans de sobriété j’étais complètement différent. Ça va faire quatre ans cet automne au mois de décembre le 6 décembre que je ne bois plus, je me sens mieux il me semble et je réussis mieux ce que je fais comme m’adresser aux Innus, je ne suis plus gêné.&#13;
Evelyne. Est-ce que les jeunes pourraient faire la même chose?&#13;
Charles Mark. Si on leur montrait lentement, qu’on ne leur disait pas « Arrêtez de boire », il ne faudrait pas leur dire comme ça.&#13;
Evelyne. Maintenant il y a beaucoup de ressources pour aider les jeunes, n’est-ce pas?&#13;
Charles Mark. Oui, il en aurait beaucoup, si on les amenait dans l’intérieur des terres c’est ce qu’ils les aideraient beaucoup. Par exemple quand on amène les jeunes dans le bois…il faudrait aussi que les adultes y aillent, s’ils restaient là deux mois c’est alors que ça irait mieux pour eux, ils aimeraient l’intérieur des terres. Alors qu’ici il n’y rien, ils ne font que se promener, ils ne font rien et ils ne dorment pas la nuit. C’est évident que ceux qui sont petits aillent des problèmes eux aussi comme pour les petits bateaux, ils se rendent là aussi, les jeunes de Sheshatshit viennent les rejoindre, certains sont originaires de là, ce sont des jeunes de Sheshatshit, même ceux qui restent en concubinage ils viennent ici et y restent. Il doit y en avoir aussi qui venaient de La Romaine, quelques-uns d’entre eux qui viennent ici. Moi je pense que tout a commencé chez les Mishtikushus, Moi je pense que c’est les Mishtikushus qui ont vraiment tout commencé (drogue).&#13;
Evelyne. Y a-t-il autre chose que tu aimerais dire?&#13;
Charles Mark. Oui, là-bas de l’autre côté (rivière) nous, on le nomme innuassi, nous y croyons qu’il soit appelé de cette façon même avec les agents du gouvernement. Comme si on nous l’avait emprunté dans le passé. Une fois on avait essayé de nous déloger, il y a neuf ans, on voulait nous déménager, on voulait nous construire des maisons, je me demande où est-ce qu’on voulait nous installer, peut-être là-bas ou plus à l’ouest c’est là qu’on voulait nous construire des maisons on a refusé---ça fait déjà trois fois, leur ai-je dit, ça suffit, c’est la dernière fois que vous nous faites ça, ai-je dit aux agents du gouvernement. On a écrit une lettre, Antane Mak m’a aidé. On est allé à Ekuanitshit puis on n’en a plus jamais entendu parler (déménager).&#13;
Evelyne. Donc aujourd’hui c’est une vraie innuassi?&#13;
Charles Mark. Oui, maintenant c’est une vraie innuassi pour nous, c’est ainsi qu’on l’appelle. Si le Gouvernement ne la nomme pas ainsi pour nous c’est ainsi qu’on la nomme. On à l’école, tout va bien maintenant, ça n’allait pas bien parce qu’on n’avait pas bien inspecté, peut-on dire et elle avait été mal construite, on nous a donné une école qui n’était pas adéquate.&#13;
C’est ce qu’on nous avait donné, on l’avait d’abord réparé, on l’a rapiécée pour qu’elle ait l’air belle, le patron avait dû travailler un mois ou deux dans le temps. Elle semblait terminée, on avait emmené par voie d’eau tout ce dont on avait de besoin. On avait dû lui donner du temps (innus) pour travailler… si vous embouchez un Mishtikuashu on va donner du travail à beaucoup d’Innus avaient-ils dit. Alors on leur a donné des heures aux Innus, on leur a donné six milles heures.&#13;
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&lt;p&gt;&lt;a href="https://vimeo.com/634551021"&gt;Charles Mark entrevue&lt;/a&gt; from &lt;a href="https://vimeo.com/user153045686"&gt;CRC Uetshit Takuaimatishun&lt;/a&gt; on &lt;a href="https://vimeo.com"&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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                  <text>&lt;p&gt;Une collection d'entretiens et d'activités particulières (vidéo) qui décrivent et expliquent l'aspect social des communautés innues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Production Manitu est actif depuis une quarantaine d'années dans le milieu innu et a pu capter différentes entrevues et activités particulières...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Production Manitu se considère comme un passeur de connaissances traditionnelles innues. (&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/production-manitu-inc"&gt;Plus d'informations&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/items/browse?collection=24"&gt;Voir la liste des entrevues en ordre de nom de famille des interviewés&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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              <text>Evelyne: Kuei Rose, Tu es née à quel endroit?&#13;
&#13;
Rose: Je crois que je suis née ne forêt, je ne suis pas certaine mais je crois c’est aux environs du Grand-Lac.&#13;
&#13;
Evelyne: Pendant que tes parents étaient en campement en forêt?&#13;
&#13;
Rose: Ils étaient surement toujours en forêt.&#13;
&#13;
0:21 Evelyne: C’est à Sheshatshiu (North West River) que tu as grandi?&#13;
&#13;
Rose: Oui!&#13;
&#13;
Evelyne: T’es-tu déjà marié?&#13;
&#13;
Rose: Non, mais j’ai 4 enfants et 2 petits-enfants.&#13;
&#13;
Evelyne: Tes enfants sont déjà grands ?&#13;
&#13;
Rose: Oui, mes enfants sont grands.&#13;
&#13;
Evelyne: Que fais-tu présentement à Sheshatshiu, en quoi consiste ton travail ?&#13;
&#13;
0:48  Rose: J’habite à la maison des femmes violentées, c’est à cet endroit que je travaille. Avant de travailler là, j’ai travaillé pour les Services sociaux pendant 13 ans. Les deux premières années, j’occupais un poste dans le département de l’allocation de l’aide sociale pour les gens n’ayant aucun revenu. Ensuite on m’a donné un poste dans le secteur des soins à domicile. Je devais rendre visite aux aînés, les aider ou bien… les enfants. Je n’ai pas travaillé longtemps dans ce secteur avant d’être transféré à la protection de la jeunesse.&#13;
J’ai travaillé longtemps dans ce domaine mais j’avais beaucoup de difficultés. Parfois lorsque je voyais que quelque chose n’allait pas bien aux Services sociaux, je me rendais au Conseil de bande pour leur demander de m’aider par rapport à mon travail.&#13;
&#13;
2:13 Il est parfois difficile de travailler dans sa communauté, surtout lorsqu’un jeune te témoigne qu’il a été mal traité et abusé par une personne, et parfois même par un aîné. C’est à ce moment que je trouve cela difficile, je me pose la question comment je vais agir.&#13;
&#13;
2:36 Evelyne: Tu vas voir le Conseil de bande lorsque tu rencontres des difficultés?&#13;
&#13;
Rose: Oui, je vais souvent les voir. Dans notre bureau, nous avons un livre de procédures à suivre. Lui qui me gère est basé à Terre-Neuve et il ne sait pas ce que les Innus vivent, il ne les voit pas et ne les connais pas. Moi je connais très bien mon peuple. Sa façon de vouloir faire avec les jeunes et les mères n’est pas bonne, cela ne fonctionne pas chez les Innus.&#13;
&#13;
3:17 Evelyne: Est-ce que le protocole du système est suivi, ou celui des Innus?&#13;
&#13;
Rose: Lorsque tu travailles pour les Services sociaux tu dois le suivre le système, toutefois j’y mets beaucoup d’effort et parfois je dévie le système sans approbation. Lorsque j’ai quitté mon emploi, je l’ai verbalisé.&#13;
&#13;
Lorsqu’on m’a donné cet emploi, mes tâches étaient d’aller chez les gens, d’aller laver les planchers, d’accompagner les mères à l’épicerie et de choisir ce qu’elles devaient acheter. Je n’étais pas d’accord et je refusais. Parfois, je rendais visite à un aîné et je lui tenais compagnie et je jasais avec lui afin qu’il se désennuie. Je n’allais pas entrer dans la maison d’un aîné ou d’une aînée et prendre un balai ou une vadrouille et commencer à faire leur plancher, qu’est-ce que l’aîné penserait ? Il croirait qu’il n’est pas important car un Innu est autonome très longtemps et il n’aime pas à ce que quelqu’un d’autre fasse le travail pour lui car il croit qu’on ne l’aime pas.&#13;
&#13;
4:23 Je suis allé au bureau-chef à St-Johns et je leur ai dit que je refusais et je leur disais la raison pourquoi. Lorsqu’on me disait d’aller magasiner l’épicerie avec une mère, je leur ai dit que je ne choisirai pas son épicerie et que j’allais l’accompagner et l’aider au cas que les enfants essaieraient de profiter de son argent. Parfois les jeunes veulent s’acheter des objets de marque tels que des souliers qui coutent très cher, ce qui risque de manquer d’argent pour l’épicerie. C’est à ce moment que j’interviens. Je ne peux pas lui dire quoi acheter lorsqu’elle fait son épicerie car elle seule sait ce que ses enfants mangent, elle les nourrit déjà depuis plusieurs années. C’est ce que je disais aux dirigeants des Services sociaux, que j’accompagnerai la mère et que j’interviendrai seulement lorsque la mère aurait des difficultés.&#13;
&#13;
5:21 Rose: J’ai appris plusieurs choses depuis que je travaille pour les Services sociaux, j’ai suivi des formations. Il nous a été ordonné de dénoncer une personne qui maltraitait un enfant, sinon nous allions en justice. J’ai suivi les règles et je l’ai fait plusieurs fois. C’était problématique car les membres de la famille de la communauté entraient dans les maisons afin de soutenir les parents.&#13;
Il n’y a jamais eu d’altercations ni de propos injurieux à mon égard. Aujourd’hui je connais très bien le système. Ils ont forcé pour une entente sur un cercle de guérison, et cela fonctionne aujourd’hui. Le juge, l’agresseur et le jeune se rencontrent autour de la table et concluent un règlement ensemble. Dans le passé, aussitôt qu’un homme battait sa femme, ou lorsqu’une personne faisait quelque chose de mal, il allait directement en prison. Cela n’est vraiment pas bon. L’homme ou la femme se fait incarcérer et durant tout ce temps, cette personne commence à réfléchir sans arrêt. Plus il réfléchit, plus que sa colère augmente et à sa sortie de prison, il ne se préoccupe pas de ce qu’il fait car il a déjà été puni pour son crime. &#13;
&#13;
6:49 Evelyne: Tu mentionnes une rencontre autour de la table (cercle de guérison), est-ce que c’est à la demande de l’Innu ?, c’est de cette manière qu’il veut procéder?&#13;
&#13;
Rose: Nos Innus ont entendus parler de cette démarche qui provenait d’ailleurs chez d’autres communautés. Ils sont donc allés voir dans ces communautés pour avoir plus d’informations. Ils ont conclu que cela fonctionnait et ils ont opté de fonctionner de cette façon.&#13;
&#13;
7:13 Je continue à me présenter au tribunal lorsqu’on me demande. Je ne défends pas seulement l’enfant ou la mère, je défends également l’homme. L’homme est très important aussi. Si tu n’accordes jamais d’aide à l’homme et que tu continues a le détester, il ne cherchera jamais à s’aider en croyant qu’il n’est pas aimé et qu’il ne servira jamais à rien. Il faut toujours aider l’homme, et il faut accorder beaucoup plus d’aide à lui car il en a besoin. C’est pour cette raison que je mentionne que je connais beaucoup le système et qu’aujourd’hui je comprends davantage. &#13;
&#13;
7:44 Aujourd’hui à North West River, il y a encore des femmes qui veulent poursuivre en justice ceux qui les ont blessées car ces femmes ont mal. Elles ont été traumatisées soudainement, et elles sont frustrées. Elles prennent les moyens de faire incarcérer les violents. Ce n’est pas le bon moyen. Le bon moyen, c’est « le cercle de guérison ». C’est quand l’homme ou la femme a le privilège de demander un soutien pour régler petit à petit le cas. Cela fait environs 5 mois que j’ai assisté au cercle. &#13;
&#13;
Evelyne: Est-ce la première fois que ça prend lieu?&#13;
&#13;
Rose: Non, cela existe depuis quelque temps.&#13;
&#13;
Evelyne: La personne violente ne commet pas de crime suite à son (procès)?&#13;
&#13;
Rose: Non ce n’est pas ce que je dis. C’est un nouveau processus, nous sommes en mode d’apprentissage. J’aimerais que le gouvernement accorde des fonds afin que les employés puissent profiter de cette subvention pour se perfectionner dans le but d’aider ceux ou celles qui sont agressés et aider les agresseurs aussi. L’homme a peut-être subi les mêmes agressions dans le passé. C’est de là que provient le problème.&#13;
&#13;
9:03 À Sheshatshiu, quel sont les infractions, la violence conjugale? Quel sont les plus grands délits?&#13;
&#13;
Rose: Je crois qu’il y a deux côtés. La femme est violentée mais elle se relève tranquillement. Elles ont encore très peur d’en parler car elles ont peur des familles proches de leur agresseur. S’il pouvait y avoir des colloques afin que les gens puissent comprendre les raisons de ces agressions, je crois que cela pourrait s’améliorer tranquillement. Je ne dis pas que tout est bien depuis les cercles de guérison, toutefois on avance tranquillement.&#13;
&#13;
9:58 Evelyne: Est-ce que le peuple aiment cette façon de procéder?&#13;
&#13;
Rose: Il y en a quelques-uns qui aiment cela, et il y a encore certaines personnes qui vont directement au tribunal car certains ne comprennent pas encore. J’ai souvent été agressé, de mon jeune âge jusqu’à l’âge d’environs 19 ans. C’était un chauffeur de taxi, un Anglais que j’ai poursuivie en cours. Nous avons été jusqu’à la cour suprême, où il y a douze membres du jury.&#13;
J’ai de la difficulté à croire qu’un anglais puisse se prendre en main. Je serais plus osé d’être assise en face d’un Innu et de lui parler. Pas ce chauffeur de taxi. Je l’ai poursuivie en justice pour quelque chose qui s’est passé il y a très longtemps lorsque j’avais environs 18 ans, il m’avait agressé. S’il n’avait pas été un Anglais, je n’aurais pas eu à le poursuivre en justice car si je lui aurait proposé de s’asseoir et discuter des gestes qu’il a commis envers moi, il n’aurait jamais accepté. Il plaidait que j’avais menti, toutefois le juge a cru à ma version. Le juge lui a accusé de trois charges d’agressions. Dans la communauté, nous avons encore beaucoup des cas d’abus sexuels, des agressions sexuelles ainsi que la violence physique et psychologique envers les femmes. &#13;
&#13;
12:06 Les femmes marchent tranquillement et retournent dans la même routine. Je crois que la raison pourquoi elles retournent est due à la honte qu’elles ressentent, et le fait qu’elles ont peur des membres de la famille de leur conjoint. Elles ne comprennent pas encore qu’elles peuvent régler leur cas dans le cercle de guérison ou bien de s’asseoir en face de son conjoint pour qu’elle puisse être bien dans son corps. &#13;
&#13;
Evelyne: Est-ce que les Innus se sentent bien?&#13;
&#13;
Rose: C’est très difficile de se sentir bien dans les communautés car la minute que quelqu’un a quelque chose de bien ou un peu d’argent ,tout le monde lui saute dessus. Un Anglais ou un allochtone qui a son propre magasin n’est pas traité de la même façon. Cet anglais possède son magasin ici à Sheshatshiu, il habite ici depuis très longtemps, Blake. Je n’ai jamais entendu un Innu faire un commentaire à son égard, il se fait beaucoup d’argent. Tandis que si l’Innu avait son propre magasin, il rencontrerait beaucoup de difficultés. C’est pour cette raison qu’il y a beaucoup de haine, et que nous n’allons pas très bien.&#13;
&#13;
13:31 Rose: Hier lors des discours des Chefs, cela m’a plus fait mal au cœur car ils ne parlent que pour le paraître, seulement pour faire plaisir aux gens. Leurs paroles ne proviennent pas de leur cœur, ils choisissent le bon moment de parler durant les activités communautaires et ils savent que les gens sont heureux. Je ne crois pas à leurs discours. &#13;
&#13;
14:09 Quelles sont les maladies les plus courantes à Sheshatshiu? Les maladies cardiovasculaires, diabète ?&#13;
&#13;
Rose: Je connais beaucoup qui sont diabétiques mais aujourd’hui il semble avoir plusieurs autres sortes de maladies. Beaucoup de maladies cardiovasculaires, de cancer, de maladies transmises sexuellement chez les jeunes. La cause d’après moi est le manque d’activités physique. &#13;
Je me souviens en partie de mon passé en forêt avec mes parents. Ils ne restaient jamais en place, ils n’avaient jamais assez de temps. C’est seulement au coucher du soleil que la porte se fermait pour aller se reposer pour la nuit. Aujourd’hui nous vivons très aisément, nous avons de l’eau courante, nous possédons plusieurs choses mais en même temps cela nous détruit. Nous avons des dettes et cela nous fait mal psychologiquement tandis qu’eux n’avaient pas de dettes pour se procurer des choses. Je regarde aujourd’hui mes petits-enfants, un de 4 ans et un de 3 ans, ma fille achète ce que je n’ai jamais eu dans ma jeunesse. Elle achetait un costume de bain qui lui a couté 38$. J’aurais voulu lui dire de ne pas lui acheté, que c’était trop dispendieux, c’était trop tard, elle l’avait déjà payé. Ma fille était triste et semblait être fâché disant que le costume de bain lui avait couté cher. Je ne pouvais lui demander pourquoi elle l’avait acheté car je veux qu’elle comprenne par elle-même, pour qu’elle puisse réfléchir. Je ne la réprimande pas, je ne fais que l’écouter.&#13;
&#13;
16:10 Rose: Un personne à parfois de la misère à dire non. Lorsque qu’une personne te demande telle chose et que tu lui donne, en entrant à la maison tu ne te sens pas bien, tu es triste. Tu décides alors d’en parler avec ton époux et c’est à ce moment que les problèmes surviennent. &#13;
Je ne sais pas comment ça se passait autrefois en forêt, lorsqu’on accueil des gens dans notre demeure. Il y a des mécontentements, les enfants ne s’entendent pas, il n’y a pas assez de nourriture, le parent n’a pas acheté suffisamment de nourriture, c’est encore à ce moment que débute les chicanes et la haine entre chacun se fait sentir.&#13;
&#13;
16:57 Evelyne: Aujourd’hui lorsqu’on tombe malade, nous allons consulter un médecin et nous prescrit des médicaments. Est-ce que les Innus se servent encore des remèdes traditionnels ?&#13;
&#13;
Rose: J’en connait plusieurs qui s’en servent encore. Je crois qu’Élisabeth pourrais vous en parler d’avantage car je sais qu’elle se sert toujours des remèdes traditionnels. Elle part souvent en avion pour aller s’en procurer en forêt. Elle en ramasse, en donnes aux autres à ceux qui ne peuvent aller s’en chercher. Cela rend une personne heureuse lorsqu’elle reçoit des choses. Je ne peux vous parler de la vie en forêt car je n’y m’y connais pas trop. Je ne voudrais pas vous mentir. &#13;
&#13;
17:47 Evelyne: Ceux que tu connais qui se servent des remèdes traditionnels dans la communauté!?&#13;
&#13;
Rose: Beaucoup d’aînés s’en servent encore. Les jeunes y croiraient tranquillement si on leur en parlait. Lorsque tu prends le temps de parler à un jeune, il te respectera. Un jeune ne demande que de se faire respecter et se faire écouter. &#13;
&#13;
18:26 Evelyne: La culture est-elle en perte aujourd’hui ?&#13;
&#13;
Rose: Oui, nous en perdons beaucoup, et j’ai remarqué que c’est votre cas aussi.&#13;
Je regarde mes petits-enfants et aucuns d’eux ne parlent la langue Innue. S’ils apprenaient la langue avec d’autres jeunes, ils ne tarderaient pas à apprendre. Mes enfants commencent présentement à apprendre à leurs enfants.&#13;
Je crois que la perte de notre langue ainsi que de notre culture est quelque chose qui nous nuit fortement. Avec toute ma culture que j’ai perdue, il m’arrive parfois de me sentir nulle. Je vire en rond ne sachant pas vers où aller. Souvent lorsque nous sommes dans une tente, je demande aux ainées, à ma soeur ou à une amie, ce que je dois faire en entrant dans la tente. &#13;
À quelle heure je vais manger ? Qu’est-ce que je dois faire par après ? Dois-je me laver le visage ? Est-ce que je dois serrer les couvertures ? C’est comme si je n’étais pas intelligente et je manque de confiance en moi-même. J’essaie quand même d’être forte dans mes pensées car je sais que je possède d’autre connaissances et que j’ai beaucoup d’acquis. Je ne me fais pas confiance dans la culture innue car je ne m’y connais pas. Elisabeth a beaucoup d’acquis, mais elle en a moins dans les sujets que je connais. Je me place dans deux côtés différents. J’aimerais que tous les jeunes finissent leurs études, qu’ils soient fier de leur vie. Moi, je crois qu’il serait profitable pour leur développement mental, ça serait une aide favorable pour leur bien.&#13;
&#13;
20:23 Evelyne: Quelle message aurais-tu à donner aux jeunes ?&#13;
&#13;
Rose: Mon message serait de leur dire qu’aujourd’hui il est difficile de marcher tel que c’était auparavant mais qu’il faudrait toutefois qu’ils s’accrochent à la culture de leurs grands-parents car ils ont vécus beaucoup de misère en les élevant et que c’est grâce aux grands-parents que ces jeunes existent aujourd’hui. De ne pas avoir honte de notre culture. Dans le passé tu ne voyais pas un Innu en état d’ébriété, de flâner en public, de tomber n’importe où. Aujourd’hui nous sommes rendus à ce point car nous avons perdu notre identité, ces jeunes doivent écouter les conseils des autres car nous sommes riches à notre façon et nous avons des grandes valeurs, il faut simplement les suivre !&#13;
&#13;
&#13;
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&lt;p&gt;&lt;a href="https://vimeo.com/684706805"&gt;Rose Grégoire&lt;/a&gt; from &lt;a href="https://vimeo.com/user153045686"&gt;CRC Uetshit Takuaimatishun&lt;/a&gt; on &lt;a href="https://vimeo.com"&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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                  <text>Une collection de récits de vie racontés par les innus.&lt;br /&gt;&#13;
&lt;p&gt;C’est en août 1987 dans un contexte du tournage près des chutes Manitou que Productions Manitu (Mani-Utenam) inc. voit le jour, une entreprise sans but lucratif (OSBL) qui se forme autour de quatre personnes : Zacharie Bellefleur, Céline Bellefleur, Evelyne St-Onge et Eddy Malenfant. L'objectif de base de l’entreprise est de faire connaître les cultures autochtones, particulièrement la culture innue par le biais de l'audio-visuel et du multimédia.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Production Manitu se considère comme un passeur de connaissances traditionnelles innues. (&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/production-manitu-inc"&gt;Plus d'informations&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/items/browse?collection=18"&gt;Voir la liste des récits de vie en ordre de nom de famille des interviewés&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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              <text>Armand :  Mon nom est Armand Germain. Je viens de Piekuakamit (Lac Saint-Jean).  Et là, je vais vous raconter ce que vous voulez savoir. Par exemple, nous à Piekuakamit, notre grand-père nous a donné le territoire de chasse. Il a été dit à mon père : « Les petits-enfants vont garder le territoire pour la chasse et assurer leur subsistance. Qu’ils sachent tout faire : parler le innu et maîtriser la survie dans la forêt. Ils devront prendre soin de protéger le territoire et les animaux. Ils devront tout superviser. » Je n’étais pas encore au monde quand nous avons reçu le territoire. Je n’ai pas connu mon arrière-grand-père ni mon arrière-grand-mère ni ma grand-mère, la mère de ma mère. J’ai seulement connu un de mes grands-pères.  J’étais petit, j’avais peut-être cinq ans. Je suis allé avec lui en chaloupe pour la chasse. Il était plus jeune. Il m’a expliqué de toujours faire attention : de prendre soin de l’animal, de ne pas abattre une bête pour rien, d’avoir du respect pour tout ce qui est vivant, comme l’arbre. L’humain que tu rencontres, on est dans l’obligation de lui donner quelque chose, de la nourriture. Quand bien même que tu lui donnerais aussi un peu d’eau.  Tu fais vraiment du bien à cette personne.  Moi, c’est ce que j’ai reçu comme enseignement des aînés.&#13;
&#13;
 Concernant le territoire, mon père m’a dit : « Ne vous disputez jamais. Vous devrez le gérer ensemble ». Nous sommes une grande famille. Nous sommes nombreux pour aller à la chasse. Le territoire n’est pas fractionné, l’accès est égal pour tous. &#13;
&#13;
 Par exemple, voici comment on fonctionne.  Moi-même quand je pars chasser, je dis à mon petit frère et à mon grand frère : « Cet hiver, je chasse dans ce secteur ». Il ne faut pas chasser là une autre année. Il faut laisser les animaux se reproduire pour un temps pour qu’on ne décime pas l’animal : un bon repos pour au moins deux ans, trois ans et même cinq ans. Voilà, c’est comme ça que mon père m’a enseigné.&#13;
&#13;
 J’ai tellement exploré le territoire et tant vu la façon de chasser de mon grand-père.   Concernant le portage, c’est pareil, on nous a tout enseigné.  Nous campions dans nos tentes à l’automne et aussi l’hiver. Et avec tout ça, on savait où était le bon gibier comme le canard et où mettre le filet quand la neige commençait à tomber. C’est pareil pour le poisson à l’automne. Par exemple, mon père, c’est mon grand-père qui lui a enseigné. Quand j’installe mon filet, je sais où mettre mon filet pour prendre un bon poisson. Par exemple le poisson blanc (Grand Corégone, Coregonus clupeaformis, atikamek en innu) quand je pêche, je mets mon filet pour pouvoir le tirer des profondeurs parce que ce poisson est différent de la truite rouge.  La truite rouge ne sera pas prise dans ce filet. C’est comme ça que nous avons appris. Tous mes frères maîtrisent cet enseignement.&#13;
&#13;
Par exemple, l’animal le caribou, nous en avons. Mais il n’y en a plus beaucoup, très peu de caribou, peut-être une vingtaine de caribous.  Parfois, j’ai un petit ou un grand frère qui me demande : « Est-ce que je peux en abattre? » Je lui recommande d’abattre tant de caribous.  Et là pour ce territoire, mon grand-père avait raison de dire aux autres de le respecter. Il leur a été dit de prendre soin de ce territoire comme il leur a été confié. C’est ainsi que tu dois faire attention à tout ; de l’animal jusqu’à l’arbre. Tout ce que tu vois sur le territoire il faut en prendre bien soin.  Aussi, à propos de notre langue innue, la manière que nous parlons la langue vient de la forêt et non de la ville, vraiment de la forêt. C’est compréhensible, le blanc lui quand il se promène dans la forêt, il a tendance à donner son propre nom s’il voit une rivière. Il va nommer la rivière à son nom.  Mais ça, ce n’est pas acceptable. On le comprend, mais nous, on ne fonctionne pas comme ça. Nous, on ne donnera pas nos propres noms. On le sait nous que c’est seulement pour en prendre soin. Son nom existe déjà dans notre langue qui s’est maintenu dans le temps. C’est naturel de comprendre que ce nom soit déjà là.&#13;
&#13;
Ce que je vais te dire maintenant...Pour nous, à Piekuakamit et à Mistassini, il n’y a qu’une seule façon de chasser avec respect dans la forêt. Il n’y a pas de différence entre chasseurs.  Il n’y a qu’une seule manière de pratiquer la chasse ancestrale.  C’est une culture traditionnelle unique, une seule connaissance. Tout ce savoir, par exemple l’utilisation de branches comme point de repère directionnel et de temps est unique et ne s’est pas perdu.  Elle vient d’où toute cette connaissance qui vient des innu ? C’est parce qu’il y a toujours eu des Innus sur ces terres.&#13;
&#13;
Comme j’ai dit hier (sous-entendu : à la conférence de Matimekush), j’ai rencontré un vieil Innu quand nous avions chassé à Kaniapishkat. Il s’appelait Shapatesh Ashini. Il est maintenant décédé. Sa femme, la grand-mère est aussi décédée. J’étais tout jeune (sous-entendu : à Kaniapishkat), j’avais senti un étranger s’approcher de moi. Mon père amenait quelqu’un avec lui.  Il lui avait offert (sous-entendu : à Shapatesh et à sa femme) de dormir une nuit chez nous (sous-entendu dans une tente à Kaniapishkat sur le territoire de chasse).  Puis, mon père s’est mis à raconter : « J’étais allé à Matimekush.  J’avais rencontré ce vieux innu (sous-entendu : Shapatesh) et je lui avais parlé ».  Le visiteur (sous-entendu : Shapatesh à Kaniapishkat) a alors dit à sa femme :  « C’est un Piekuakamiunnu ». &#13;
&#13;
Et là (sous-entendu : à la conférence de Matimekush), ce vieux innu (sous-entendu : Shapatesh) me raconta: « Nous avions chassé à Kaniapishkau et nous avions rencontré des innu de Piekuakamit. ». C’est comme ça que le vieux me raconta (sous-entendu : à la conférence de Matimekush) : « Nous avions vu des Pikuakamiunnut et il y avait un petit enfant ». Je ne lui ai pas dit tout de suite que c’était moi, que c’était nous.  Il me racontait tout ce qu’il avait vu.  Là, je lui ai dit : « Grand-père, ton histoire avec les Piekuakamiunnut, c’était nous qui avions chassé dans ce territoire ». Il était content de comprendre que c’était nous qu’il avait rencontré dans ce temps-là. &#13;
&#13;
Quelquefois, il arrivait souvent qu’on se rencontre entre innu. Pendant qu’on marche dans la forêt à Piekuakamit, on rencontrait souvent des gens de Mistassini. Quelquefois, on marchait avec eux pendant toute la nuit ou deux jours de temps. C’était toujours comme ça, en chemin on rencontrait souvent des personnes dans la forêt. Quand ils repartaient chacun chez eux, par exemple, à Piekuakamit, avec des gens de Mistassini et des Attikamek, il se formait des mariages homme et femme. C’était comme ça que les alliances se créaient entre nous.  Par exemple, nous, on avait de la parenté avec les Mistassini.  C’était toute la grande famille de mon grand-père.&#13;
C’est pour ça, je pense... Par exemple, quand on voit le innu dans la forêt, c’est à lui la terre, comme le blanc dans son jardin. Par exemple, dans son jardin, le blanc élève des animaux sur sa grande terre et les surveille. Il coupe l’herbe de son champ.  Il va tout inspecter et bien maintenir son enclos.  Nous les Innus, il n’y a pas de barrière. On a le sentier de portage et il est très visible. L’Innu l’utilise tout le temps. Il sait exactement où il doit aller sur ses sentiers parce qu’il a toute cette connaissance. Aussi disons-le, le blanc va nous enseigner la direction du nord et où se trouve la grande mer. Il nous dira quelle sera la météo. Mais nous, on n’a pas de livre.  On suit les enseignements de nos grands-pères. Eux, ils connaissaient le temps parce que les aînés savaient observer les signes avant-coureurs naturels du jour.&#13;
&#13;
Moi par exemple, je ne suis pas très vieux.  Depuis un an, je sais comprendre les cris des oiseaux. Je trouve ça étrange et je l’ai dit à un vieux que j’ai rencontré : « Moi là, je comprends le son d’un oiseau quand on l’entend ». C’était à un de mes oncles, assez vieux qui m’a dit : « Tu peux les comprendre ? » J’ai dit : « Oui ».  Là, mon oncle m’a dit : « De très loin, tu arrives déjà ».  Je ne comprenais pas trop, je me disais que je comprendrais plus tard, mais, l’animal je le comprends.  Par exemple, un Innu chasseur sait comment se préparer à la chasse. Les animaux nous donnent des indications. Quand un parent du Innu meurt, l’oiseau vient lui dire. Un oiseau vient annoncer ce qui va arriver. Il vient prévenir ce qui va se passer dans l’avenir.  On comprend que cet oiseau existe et qu’il va dire ces choses.&#13;
  &#13;
Voilà, ce que je pense du territoire.  Les vieux disent constamment que les Innus seront toujours présents sur le territoire.  Et comme notre génération, la génération suivante devra aussi aider à transmettre la connaissance innue.  Ces temps-ci c’est très difficile, étant donné la présence de toutes ces drogues, de la boisson et du cannabis. L’Innu se perd dans tout ça, il oublie et ne se comprend plus. L’Innu a une façon d’être, mais il peut aussi faire comme le blanc : fumer le cannabis et boire, mais il ne pourra jamais changer sa pensée, le fait qu’il sera toujours un Innu.  C’est comme ça, il va devoir chercher à se comprendre s’il s’est égaré sur son chemin. &#13;
&#13;
Par exemple quand on dit quelque chose à un enfant, il se fâche, il va beaucoup se fâcher.  On éduque cet enfant pour qu’il ne manque pas de respect à une personne âgée.  C’est pourquoi je le dis, tout enseignement vient de la forêt. Et ce mode de vie innu doit demeurer.  Si l’enfant sort de la forêt pour aller en ville, il doit conserver et ne pas perdre ce qu’il a appris de sa vie traditionnelle.  Beaucoup d’enfants s’égarent dans toutes sortes de choses.  Ils regardent des films. Il s’y passe beaucoup de choses. Comme si notre mode de vie n’était plus important.  Comme si nos enfants ne se préoccupaient plus de notre façon de vivre.  Toutefois, maintenant, ils n’ont plus la même mentalité. Ils cherchent à comprendre leurs grand-mères, la façon dont elles vivaient.&#13;
&#13;
Quand j’étais chef, tout ce qu’on défendait était compliqué. On me voyait tout le temps partout.  J’accompagnais tout le temps d’autres Innus. Je voulais croire qu’on pouvait défendre la culture innue, tout ce qui vient de la forêt. Et là, c’est pour ça que je le dis, ça va mieux maintenant.  Tout le monde comprend qu’on vit de la même manière, dans l’unité. On connaît l’Innu. Ce n’est pas comme si c’était un étranger qui vient. On se reconnaît entre Innu. Nous savons comment nous sommes dans notre vie. On n’est pas différent. C’est comme ça, c’est comme ça.  &#13;
Pour ma part, comme je dis, les enfants devraient se rencontrer entre eux pour discuter : « Bon, nos grands-pères...les croyons-nous ? Est-ce vrai que nous sommes innu ? Pourquoi si nous sommes Innu, on ne pourrait pas se soucier de vivre le vrai mode vie de nos ancêtres, de notre grand-père, de nos pères et suivre leur chemin ? » Par exemple, un enfant pendant qu’on l’élève, il doit d’abord apprendre sa tradition innue.  Comme ça, il aura un modèle, disons-le comme ça.  Et même, s’il va dans une ville lointaine pendant deux, trois ou cinq ans, il reviendra dans la forêt.  Il reviendrait, comme si quelqu’un l’appelait, un cri qui lui dit de revenir.  Et il retournerait dans la forêt.  Et l’enfant qui a appris à vivre en ville apprendra la mentalité du blanc. Ce sera son modèle. Des fois, il ira dans la forêt, mais il n’y restera pas longtemps.  Étant donné qu’il aura suivi ce modèle, il sera perdu, il sera perdu.  &#13;
&#13;
Moi, j’ai vécu d’abord avec mon père dans la forêt.  Je lui ai dit: « Père, je pars travailler en ville.»  Il m’a dit : « D’accord! vas-y ».  Et là, je suis parti travailler en ville. Il m’a dit quand je suis revenu :« Tu as vu ce que c’est d’aller là-bas.  Maintenant que tu es allé en ville et que tu as trouvé du travail, tu seras capable de subvenir à tes besoins par ton travail. Et quand il n’y aura plus de travail en ville, tu iras dans la forêt.  Ta subsistance est là. Il y a deux façons de subvenir à ses besoins ».  C’est comme ça que ça se passe maintenant. C’est comme ça maintenant !  Il y a beaucoup de choses que je pourrais vous raconter.  Comment les personnes âgées m’ont beaucoup apportée.  Même si je n’ai pas tellement connu mes grands-parents, j’ai beaucoup gagné à écouter les aînés.  Parce que je les écoute quand ils parlent.  Je garde ainsi un grand respect pour un aîné.  C’est comme ça!&#13;
&#13;
Evelyne : Est-ce que toi, tu frappes le teueikan (le tambour) ? &#13;
&#13;
Armand : Moi, non, je n’ai jamais frappé le tambour, mais mon grand-père frappait le tambour.  Mais, je serais content d’apprendre tranquillement l’art du tambour.  Comment je pourrais dire ça ?  J’aimerais bien le comprendre Parfois, je comprends mieux les rêves, ceux qui viennent de la forêt.  Je vais les comprendre.  Quand mon grand-père frappait le tambour, il jouait que pour les animaux, seulement que pour les animaux. Il ne l’utilisait pas pour autre chose.  Mon grand-père avait une grande connaissance. J’aurais beaucoup aimé le connaître davantage. Probablement que je ne devais pas le connaître.  Cependant, j’ai acquis tout de même sa connaissance.  Sa pensée est imprimée en moi puisque je la pratique. C’est comme ça.  C’est très difficile de bien raconté ce qui se passe mais...on le sait bien, l’Innu est très fort, très fort. &#13;
&#13;
À tous les Innus ici, je les remercie. Nous sommes venus en ce lieu et on nous a bien traité. Nous n’avons manqué de rien.  On nous a fourni tout ce dont nous avions besoin.  Je dis qu’il faut refaire souvent une rencontre entre les aînés.  Il y a là beaucoup de savoir innu.  S’il n’y avait pas de rencontre entre les aînés, toute la vraie connaissance se perdrait si ça ne se passait pas ainsi.  C’est pourquoi je dis...On le ressent ici, combien...en tout cas, moi je le ressens.  Je ressens ici quelque chose de grand.  Il y a des enfants qui voient l’importance de ça, d’autres pas.  Mais moi, je le ressens beaucoup.  C’est pourquoi je dis que si on ne refait pas cette rencontre innue, la connaissance des aînés disparaîtra.  Ce sera comme l’eau qui s’assèche. C’est ce qui arrivera.  Et si on continu, est-ce qu’il y aura d’autres Innus qui viendront ? D’autres Innus qui pourraient s’ajouter, par exemple des personnes encore plus âgées ?  &#13;
&#13;
Comme j’ai dit…Par exemple, moi quand je viens à Piekuakamit et que le Conseil de bande me dit : « Armand, c’est loin ».  Je ris et je lui dis : « Non, un Innu ne dit jamais " c’est loin ".  " Ce n’est pas loin », lui ai-je dit.  J’ai dit à l’employé : « Es-tu Innu ?  Il me répond : " oui " ».  J’ai dit : « Non, je ne crois pas ce que tu me dis.  Si tu étais Innu, tu ne dirais pas " c’est loin, c’est loin ".  " Ce n’est jamais loin " », lui ai-je dit.  Pourquoi demandez-vous tant de terres quand ce sont nos terres ?  Et si c’est loin, vous devriez avoir juste une petite terre.  Et si ce n’est pas loin, donc nous avons un grand territoire.  C’est ça !&#13;
&#13;
C’est pour ça que je dis merci à tous les vieux Innus de les connaître un peu mieux.  Je suis reconnaissant de connaître tout ça. Par exemple, il y a longtemps...Je vais te raconter une chose. Un jour, on a campé loin dans la forêt.  On était plusieurs, soient mes oncles et ma grande famille.  On était probablement onze Innus avec leurs femmes et leurs enfants.  Comme je dis, il y avait un vieil Innu dans les premiers temps où nous campions dans la forêt, bien avant notre grand départ. Il y avait une rencontre entre les aînés, ils discutaient.  Ils disaient : « Où est cet animal ? Où est le caribou ?  Les graines rouges où seraient-elles ? » Pareillement pour le castor, tout ça, ils se le racontaient.  Puis, en suivant le coucher du soleil, ils discutaient de la direction à prendre pour cheminer sur la rivière qu’ils nommaient en innu.  Et par où ils vont aller pour se rendre de l’autre côté, vers le soleil.  &#13;
&#13;
Après une semaine, oui après une semaine, ils savaient comment ils allaient partir pour leur voyage.  On était plusieurs personnes.  Il y avait environ 20 canots. C’était notre façon de ramer, on ramait tous ensemble.  Et alors, il arrivait là un guide qui disait :« C’est là-bas que vous devrez manger cet après-midi ».  Il savait bien quand nous allions repartir, comme d’habitude.  Au loin, à notre arrivée, il y avait un autre guide Innu qui disait : « Plus loin là-bas, par-delà les monts de Kaniapishkau, c’est nous qui étions là les derniers ».  Avant que nous nous séparions et partions chacun de notre côté, il y avait encore une autre rencontre d’une journée.  Ils discutaient, étant donné que Noël était proche, où serait la prochaine rencontre. Ils se mettaient d’accord à cet endroit-là.  Et là, ils savaient compter le nombre de jours pour arriver à ce rassemblement attendu par tous. &#13;
&#13;
Puis, on se préparait à partir pour la chasse.  On prenait tout ce dont nous avions besoin.  Des graines rouges qu’on avait récoltées pour faire de la confiture que ma mère avait mise dans de grosses bouteilles.  Mon père avait aussi tué un castor qu’il avait bien arrangé pour le festin de Noël.  Puis, quand Noël approchait, on se remettait en marche pendant trois jours pour retourner voir la parenté.  Et à notre arrivée, un vieux guide était déjà là. Il vérifiait où nous allions installer notre campement.  Il supervisait en donnant les directives.  Il disait aux personnes âgées où elles devaient s’installer.  Chaque innu qui arrivait, était placé au bon endroit pour que tout aille bien.  &#13;
&#13;
Et ensuite on plaçait la grande tente.  Si un seul Innu manquait à l’appel, tous les hommes partait à sa rencontre.  Parfois, ça pouvait durer deux jours.  Il était possible que cet homme soit tombé malade à l’automne. Qu’il n’était pas capable de poursuivre le voyage.  Qu’il ne pouvait peut-être plus bouger.  Ils allaient le chercher à deux jours de marche.  Les Innus ne dormaient pas.  Même la nuit, ils marchaient pour le retrouver. Il recherchait sans cesse cet homme.  Et quand il le trouvait, il l’emmenait au campement.  Là, c’était la fête au campement pour les aînés.  Nous, les enfants, on jouait sans se faire embêter.  Ils ne s’occupaient pas de nous.  De son côté, le guide animait à chaque jour tous les jeux pour les aînés afin de les amuser.  &#13;
&#13;
Le dernier jour avant le départ commençait le festin. Nous nous préparions à manger le castor.  Et là, l’os du castor, ici le fémur, vous savez il est énorme.  Et par rapport à la tête du fémur, c’était ceux qui conduisaient le groupe qui le mangeaient et la tête aussi.  Et là, l’os proche du fémur (sous-entendu : le bassin) était offert à tous les hommes qui étaient ici pour qu’ils cherchent cet os. Parce que c’est assez difficile de trouver cet os avec son pouce. Mais pas comme ça... mais c’est vraiment avec son pouce qu’ils devaient le trouver.  Parce que cet os est fait fort. C’est pour ça... on voulait montrer du respect à l’homme. Car, il était vaillant pour ramer dans les rapides. Il devait être habile de ses mains pour affronter les rapides. La tête du fémur représentait la bonne pensée. Elle s’apparente à la pensée. Et là avec l’os de la tête du fémur, tu devais viser le trou de l’os collé au fémur (sous-entendu : le bassin).  Si la pensée était bonne en gardant les yeux fermés et que ça tombait dans le bon trou, ça voulait dire que la pensée de la personne était bonne.  Comme s’il voyait.  Pourtant la personne avait les yeux fermés.&#13;
&#13;
Et là, la tête du castor était mangée jusqu’à l’os.  Une fois le festin terminé, on prenait la tête du castor.  On la lançait et elle tombait au sol d’une certaine façon :  soit la personne racontait une légende, soit elle racontait un fait réel. C’est ça !  Et les femmes aussi de leurs côtés s’amusaient entre elles.  Et là quand les hommes et les femmes s’amusaient ensemble, on attachait cet os du fémur pour le suspendre à une corde.  Et puis cet os se balançait.  Après, on fabriquait des petits bâtons qu’on lançait en visant l’os du fémur.  Ça, c’est très drôle.  Le dernier joueur a de la difficulté à viser l’os, il veut tellement atteindre l’os.  C’est là que tout le monde s’amusait à se taquiner entre eux.  C’est vraiment ça que je dis qu’il se passait dans la forêt quand nous on se rencontrait en famille. &#13;
Et puis là, après le festin du jour de l’an, le plus vieux des aînés tirait des coups de fusil. Il le faisait au jour même de la nouvelle année.  Un coup pour remercier des bienfaits de l’année qui nous avaient tant apportée et un coup pour la nouvelle année pour que tout aille bien. On se souhaitait que tout fonctionne correctement pour la nouvelle année.  Et là, les aînés veillaient pour la nuit et s’amusaient en discutant.  C’est ça que j’ai vécu avec les vieux, c’est ce que j’ai ressenti.  C’est pour ça que je dis qu’il ne faut pas perdre cela, ne pas perdre cette façon de célébrer. &#13;
&#13;
Quand on repartait ensuite pour la chasse, les i Innus discutaient du prochain retour à Piekuakamit.  Nous devions faire une rencontre afin de nous assembler par deux groupes pour s’accompagner pour le retour.  On ne rencontrait pas tout de suite d’autres Innus.  C’est seulement au mois de juillet que nous sortions de la forêt, c’est ce que mon père faisait.  Plus vers le milieu du mois de juillet, on revenait à Piekuakamit.  Mais, mon père n’y restait pas longtemps. C’est ça.&#13;
&#13;
Evelyne : Quand tu t’es marié, est-ce qu’on t’a choisi une femme?&#13;
&#13;
Armand : Non, mais avant c’était ce qu’on a voulu me faire.  Et mon père a dit : « C’est parce que… » Il avait un grand respect pour moi.  Il ne voulait pas que je le quitte pour me marier.  Je n’ai pas cherché à savoir ce qu’ils se disaient.  Mon père a discuté avec le vieil Innu, le père de la fille que j’aurais pu marier.  Finalement, ils n’ont rien dit.  « C’est à lui de se choisir la femme qu’il aimera » qu’il a dû dire à ce vieux.  Je n’ai pas eu de difficulté.  C’est moi qui ai choisi ma femme.  Quand j’ai marié ma femme, je la connaissais depuis moins d’un mois.  J’arrivais de loin, je travaillais aux États-Unis.  Quand je suis arrivé, en moins d’un mois je l’ai mariée.  J’ai dû lui dire que je ne voulais pas me marier. C’est peut-être pour ça que je n’ai pas vécu longtemps…La raison est que...&#13;
Evelyne : Est-ce que tu as pris une femme de Piekuakamit ? &#13;
&#13;
Armand : Oui à Piekuakamit.  Mais, je pense que j’ai dû l’ennuyer.  Je n’étais pas souvent à la maison. J’étais toujours parti dans la forêt chasser.  Et puis, quand je suis devenu chef, c’est à ce moment-là qu’elle a dû trouver ça plus difficile.  Et pour la forêt, je n’ai pas été capable d’y aller plus souvent et d’y emmener ma femme.  Dans la famille de ma femme, ils étaient contents d’être ensemble.  Mais moi, on ne m’a pas éduqué comme ça.  Nous partions tout le temps.  Nous étions de grands voyageurs.  C’est comme ça pour nous. &#13;
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Evelyne : Combien as-tu d’enfants ? &#13;
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Armand : Sept. J’en ai sept, quatre filles et trois garçons.&#13;
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Evelyne : As-tu des petits-enfants ?&#13;
&#13;
Armand : Ils sont toujours dans la forêt.  D’ailleurs, toutes mes filles sont mariées avec des Innus.  Un de mes petits-fils est devenu Mishtashiniunnu (un Innu de Mistassini). Il est à Mistassini.  C’est ça. Je veux tout le temps leur enseigner de ne pas oublier le territoire de leurs ancêtres.  Par exemple, un de mes petits-fils, c’est lui qui sera responsable quand il sera grand.  Je l’ai déjà nommé.  C’est lui qui guidera sur le territoire de grand-père.  Mon petit-fils s’appelle comme le nom de mon grand-père. Étienne est son nom.  C’est comme ça que s’appelle mon petit-fils.  &#13;
&#13;
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                <text>Piekuakamit (lac St-Jean); gestion communautaire; territoire; respect; rencontre en forêt;  oiseau messager;  ainés; territoire; planification; mariage organisé; enseignement traditionnel; Mashteuiatsh</text>
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                <text>St-Onge, Evelyne (intervieweur)</text>
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                <text>&lt;iframe width="100%" height="360" src="https://player.vimeo.com/video/663788356?h=92904bcb4f" frameborder="0" allow="autoplay; fullscreen; picture-in-picture" allowfullscreen="allowfullscreen"&gt;&lt;/iframe&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;a href="https://vimeo.com/663788356"&gt;Armand Germain&lt;/a&gt; from &lt;a href="https://vimeo.com/user153045686"&gt;CRC Uetshit Takuaimatishun&lt;/a&gt; on &lt;a href="https://vimeo.com"&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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                  <text>Une collection de récits de vie racontés par les innus.&lt;br /&gt;&#13;
&lt;p&gt;C’est en août 1987 dans un contexte du tournage près des chutes Manitou que Productions Manitu (Mani-Utenam) inc. voit le jour, une entreprise sans but lucratif (OSBL) qui se forme autour de quatre personnes : Zacharie Bellefleur, Céline Bellefleur, Evelyne St-Onge et Eddy Malenfant. L'objectif de base de l’entreprise est de faire connaître les cultures autochtones, particulièrement la culture innue par le biais de l'audio-visuel et du multimédia.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Production Manitu se considère comme un passeur de connaissances traditionnelles innues. (&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/production-manitu-inc"&gt;Plus d'informations&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/items/browse?collection=18"&gt;Voir la liste des récits de vie en ordre de nom de famille des interviewés&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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      <name>Oral History</name>
      <description>A resource containing historical information obtained in interviews with persons having firsthand knowledge.</description>
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              <text>0:05 Evelyne : Kuei Pierrette, je suis contente que tu aies accepté de nous parler… J’aimerais que tu me racontes un peu ton histoire…Comme… Est-ce que tu as grandi ici ? as-tu fréquenté l’école ici ? Présentement tu travailles, en quoi consiste ton travail ? C’est ce que j’aimerais que tu me raconte.&#13;
0:25  Pierrette : Oui c’est ça. Mon nom est Pierrette Fortin, je suis originaire de Schefferville. Il y a longtemps, c’est ici que j’ai fait mes études. J’ai fréquenté l’École Notre-Dame. Je suis partie pendant onze ans de Schefferville. J’étais aux études à Québec. J’ai fait mes études en secrétariat et en technique en enfance. Je suis venue chercher un poste qui était affiché ici pour une travailleuse de rue. C’est l’emploi que je fais présentement. J’ai appliqué, et on m’a recruté.&#13;
Cela fait 3 ans que je suis à ce poste, depuis septembre 97.  J’ai débuté mon poste au titre de travailleuse de rue, pour venir en aide aux jeunes âgés d’à partir de 8 ans jusqu’à 25 ans. Disons dans les environs de 10 ans à-peu-près. Mon travail se passe dans la rue. À l’endroit où nous sommes situés présentement, on pourrait appeler ça le centre-ville. À l’occasion, c’est ici que je me promène sur la rue principale ici en ville.&#13;
1:37 Je travaille pour les enfants afin de les mobiliser et les sensibiliser, de les responsabiliser un peu. Je fais de mon mieux, vu qu’il n’y a rien comme activité. C’est ici qu’ils se promènent, ils sont partout.&#13;
Mon travail ne me permet pas d’aller à l’intérieur des maisons. Mon travail n’a pas pour but d’aller déranger dans les maisons. Mon travail consiste à faire de la prévention, de l’intervention et je ne me sers pas des policiers. Je me servirais de la     police seulement lorsque ça serait vraiment très grave. Comme exemple, si un enfant ferait une overdose, mais c’est rare qu’un enfant fasse une overdose ici. S’il est malade…&#13;
2:49     Evelyne : Tu dis que le soir, tu les sensibilisent et les mobilisent, et tu ne te sers pas de la police?&#13;
2:57     Oui, comme je viens de t’expliquer, je vais demander l’aide des policiers seulement lorsqu’il y a des cas grave. Et lorsque tu vois les jeunes avec des bières à la main, ou qu’ils soient en train de fumer, je ne peux rien faire car je suis là seulement pour les écouter. Pour être à l’écoute de leurs difficultés, soit dans les amours, et leurs vie familiales. De les aider et non pas les sermonner, sinon si je me servais de la police, ils   me verraient comme un délateur, tu comprends. Mais ce n’est pas mon travail.&#13;
3:43     Evelyne: Ils doivent te connaître déjà ?, tu es surement devenue une grande amie pour eux?&#13;
3:45     Oui, en effet. Avant de quitter Schefferville, j’étais la gardienne de ces jeunes et aujourd’hui, je suis leur gardienne de rue. Je les aide et ils me respectent beaucoup. Je n’ai jamais eu de problèmes depuis que je travaille ici.&#13;
4:05     Evelyne: Ils ne te prennent pas pour quelqu’un qui va les dénoncer?&#13;
Non, je ne suis pas un délateur.&#13;
4:21     Evelyne: Comment leurs parlent-tu par moment?&#13;
Pierrette : comme j’ai mentionné, par exemple, dans leurs amours. Je les aide, je les force par rapport à l’école, à ne pas faire des bris. Ne pas briser les choses, à ne pas défoncer, et partout dans différents domaines.&#13;
4:52     Evelyne: Et peu importe la température, tu dois être présente?&#13;
Pierrette: Oui, qu’il pleuve pas, cela dépends. S’il pleut très fort, je ne suis pas présente.&#13;
5:05     Evelyne: Et eux non plus ne devaient pas être là?&#13;
Pierrette: Non, il peut arriver qu’ils ne soient pas là. Lorsqu’il pleut averse, ils ne sont pas là, mais lorsqu’il mouillasse, ils sont quand même là. L’hiver un soir, à moins de 30 degrés, j’étais à l’entrée l’Hôtel Royal, et ils étaient là. J’aimais ça. J’étais habitué au froid, d’être debout avec eux, j’étais bien habillée et j’aimais bien ça.&#13;
5:38     Evelyne: Comment te perçoivent-ils à l’Hôtel ?. Est-ce qu’on te perçoit pour quelqu’un qui dérange les clients qui boivent ?  Les propriétaires, les commerçants.&#13;
Pierrette: Non, les commerçants connaissent tous la nature de mon travail. Depuis mes 3 ans en emploi, les commerçants trouvent qu’il y a eu moins de délits, moins de bris et moins de grabuges. Les enfants ont besoin d’une présence et ils aiment avoir quelqu’un à qui parler.&#13;
6:30     Evelyne: Est-ce qu’il y en a d’entre eux qui ont cesser de boire?&#13;
Pierrette: C’est sûr qu’il y en a qui ont modérés.&#13;
6:49     Evelyne: C’est peut-être pour être en gang?&#13;
Pierrette: Oui, c’est le fait d’être en gang. Parfois je m’assis avec eux là-bas en face, et nous sommes tous réunis, toujours ensemble. Parfois, je vais les rencontrer et lorsque je m’aperçois qu’ils ne veulent pas se faire déranger, je les saluts simplement et je leurs dis de faire attention à eux. Il peut arriver aussi que dans la soirée, ils crient mon nom pour que j’aille les rejoindre. Ils me content leurs histoires et ils aiment ça.&#13;
7:19     Evelyne : Je t’ai vue une fois aller à Montréal pour parler aux femmes autochtones. Comment pourrais-je dire ça ?&#13;
Est-ce que ça t’arrive souvent de te faire inviter pour aller parler en avant, ou soit pour aller parler de ton travail ?&#13;
7:48     Pierrette: Okay, on m’a convoqué à la première, la deuxième année pour aller faire un atelier à Montréal. À mon retour, j’ai eu des appels téléphoniques de ceux qui venaient de participer à l’atelier. Un moment donné, on m’a demandé d’aller donner une formation à la Romaine. J’ai formé 3 participants dans le domaine de travailleuse de rue. Ils étaient intéressés. Ils avaient déjà débuté leur travail. Aujourd’hui je ne suis pas certaine comment ils vont. Je crois que 2 d’entre eux sont encore là. Ils aimaient beaucoup ça.&#13;
8:29     Evelyne: Étaient-ce des garçons ou des filles?&#13;
Pierrette: Il y avait un garçon et 2 filles. C’était très différent à la Romaine. Eux travaillaient en motoneige. Il y avait plusieurs salles de rencontres. Différentes places, comme la maison des jeunes, 2 salles de billards.&#13;
9:04       Evelyne: Je sais que présentement ils sont en construction pour une maison des jeunes. Penses-tu que ça va changer des choses ? Va-t-il y avoir moins de jeunes ?&#13;
9:15       Pierrette: Oui, possiblement. Présentement il y a une maison des jeunes dans le sous-sol de l’école. Les jeunes n’aiment pas vraiment l’endroit. Ils appellent ça la prison, (rire) car il n’y a aucune fenêtre et c’est dans un sous-sol. Alors que prochainement, ça sera très amusant à l’intérieur. Il y aura des jeux, et une salle d’ordinateur. J’ai une idée, à peu-près, de ce que ça va être. On m’a montré les plans.&#13;
9:46     Je crois vraiment que certains de ces jeunes iront là-bas, au lieu que de venir ici dans la rue, et au moins il y aura des animatrices pour monter des programmes. D’après moi, ils seront très intéressés, surtout l’hiver.&#13;
Evelyne: Surtout quand il fait très froid.&#13;
Pierrette: Ce n’est vraiment pas évident ici le soir quand il fait très froid. Surtout quand c’est sec. Parfois le froid peut te donner la peau sèche, et les plaques blanches qui apparaissent au visage et même avoir très froid.&#13;
10:21 Evelyne: Est-ce qu’il y a beaucoup plus de jeunes, ou sont-ils moins nombreux?&#13;
10:32 Pierrette: Il y a toujours des changements. Présentement, il y en a parmi eux qui viennent d’avoir 18 ans et peuvent rentrer dans les bars. À chaque années, d’autres jeunes surgissent. La raison est qu’il n’y a rien à faire ici. Ils ont hâte, il y aura une piscine à Kawawa prochainement. Ils y auront peut-être accès afin qu’ils puissent aller s’y baigner. Nous avons des tournois de hockey, ou des tournois de ballon-balai, mais à long-terme, ils n’ont pas beaucoup d’activités à faire.&#13;
11:21   Evelyne: Tu viens de me dire que tu vas quitter, est-ce qu’il y a quelqu’un qui te remplacera? Est-ce que ce travail va rester ?&#13;
11:29: Pierrette: Ils vont surement rechercher quelqu’un plus tard. Mais je ne crois pas que c’est bientôt, car la personne devra être formée.&#13;
11:41     Evelyne: Tu as eu une formation toi?&#13;
11:41 Pierrette: Oui à Québec. J’ai dû voyager 3 fois. Soit en introduction dans la rue, sur la prévention, ainsi que pour apprendre à faire des interventions.&#13;
12:04 Pierrette: Pas sûr !, à Uashat ? Il me dit qu’elle travaillait dans ce domaine !&#13;
12:12 Evelyne: Est-ce que ce travail existe dans plusieurs communautés?&#13;
Pierrette: Je crois que non. Lorsque j’ai débuté mon travail, on m’a été dit que j’étais la première travailleuse de rue au Québec. Ensuite il y a eu la Romaine. Je crois que présentement, il y a quelqu’un à Uashat, et je crois que c’est Louisa St-Onge, mais pas sure comment elle va aujourd’hui.&#13;
12:43 Evelyne: Comment devrais-tu être pour travailler dans ce domaine?&#13;
Pierrette: Je ne comprends pas ce que tu veux dire.&#13;
Evelyne: Des qualités…&#13;
Pierrette: Ok, il faut seulement que tu sois simple. Tu n’as pas à toujours être autoritaire. Tu dois surtout avoir le respect envers les jeunes. Le respect est le plus important. De ne pas juger les jeunes, et de faire attention à eux. Je me suis servie de mon gros bon sens. Ils appellent ça le GBS où il existe une association des travailleurs de rues à Montréal. J’y fais maintenant partie.&#13;
Evelyne: En jugement et gros bon sens ?&#13;
Pierrette: Oui, c’est dont ce que tu dois te servir.&#13;
13:47 Evelyne: J’ai oublié ce que je voulais te demander. Oh, travailles-tu conjointement avec la police ou les services sociaux ici ?&#13;
Pierrette: Les services sociaux, c’est l’endroit où est situé mon bureau. Ce sont les services sociaux qui m’ont recruté. J’ai passé mon entrevue par appel téléphonique de Québec. Mon travail consistait de 5% de travail bureautique, et 95% dans la rue. Mon horaire changeait souvent, ce n’était jamais pareil. Printemps, été, automne. Parce-que l’hiver, ils n’étaient pas beaucoup. Mon horaire changeait toujours.&#13;
14:37 Evelyne: Et puis, si tu avais un message à transmettre aux jeunes, quel serait ton message ? Que voudrais tu leur dire ? Qu’aimerais-tu dire aux jeunes ?&#13;
15:05 Pierrette: Je leur dirai que même si nous n’avons rien ici à Schefferville, de ne pas se décourager, de ne pas décrocher de l’école et de continuer à travailler sur eux. Même si je quitte mon emploi, et la raison pourquoi je dois quitter est que je veux travailler à l’interne. J’ai des rhumatismes, mes mains et mes pieds, et je veux faire attention à moi. J’ai vécu une grosse maladie, c’est un cancer que j’ai eu. Je veux travailler à l’interne et je veux faire attention à moi. Mon message est que, même si je quitte mon emploi, je serais toujours présente pour eux, à les supporter. Je les aime quand même, et je les considère comme mes propres enfants. Je suis amis avec eux et c’est mes vrais amis.&#13;
16:03 Evelyne: Avais-tu autre chose à rajouter?&#13;
16:09 Pierrette: Non, je vous remercie beaucoup de m’avoir demandé, de vous avoir rencontré ici à Schefferville. J’en ai déjà parler sur la SOCAM dans les premières années. Depuis ce temps, c’est seulement aujourd’hui que j’ai l’occasion d’en reparler.&#13;
16:30 Evelyne: Je te remercie beaucoup!&#13;
&#13;
&#13;
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                <text>Malenfant, Eddy (cinéaste)</text>
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                <text>&lt;iframe width="100%" height="360" src="https://player.vimeo.com/video/634555025?h=769151d6a7" frameborder="0" allow="autoplay; fullscreen; picture-in-picture" allowfullscreen="allowfullscreen"&gt;&lt;/iframe&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;a href="https://vimeo.com/634555025"&gt;Pierrette Fortin&lt;/a&gt; from &lt;a href="https://vimeo.com/user153045686"&gt;CRC Uetshit Takuaimatishun&lt;/a&gt; on &lt;a href="https://vimeo.com"&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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                  <text>Une collection de récits de vie racontés par les innus.&lt;br /&gt;&#13;
&lt;p&gt;C’est en août 1987 dans un contexte du tournage près des chutes Manitou que Productions Manitu (Mani-Utenam) inc. voit le jour, une entreprise sans but lucratif (OSBL) qui se forme autour de quatre personnes : Zacharie Bellefleur, Céline Bellefleur, Evelyne St-Onge et Eddy Malenfant. L'objectif de base de l’entreprise est de faire connaître les cultures autochtones, particulièrement la culture innue par le biais de l'audio-visuel et du multimédia.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Production Manitu se considère comme un passeur de connaissances traditionnelles innues. (&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/production-manitu-inc"&gt;Plus d'informations&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/items/browse?collection=18"&gt;Voir la liste des récits de vie en ordre de nom de famille des interviewés&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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      <name>Oral History</name>
      <description>A resource containing historical information obtained in interviews with persons having firsthand knowledge.</description>
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              <text>Transcription : Kanikuen Gabriel mak Ann Marie André (2005)&#13;
KG : (Je salue) tout le monde. Je suis un Innu, je viens de Schefferville. Ça s’appelle Kaitushkanut. Ça s’appelle Natakamaikan d’où je viens. Je suis né en ’38, le 30 octobre à l’intérieur des terres. Où nous sommes présentement à Schefferville, c’est une distance de 45 milles plus loin (de Schefferville) à l’automne vers la fin du mois d’octobre.&#13;
Mon arrière-grand-père était déjà là, ils étaient déjà là avant que je vienne au monde. Par la suite, mon grand-père y était, mon père et moi j’y suis né dans notre territoire. Nous sommes toujours restés là depuis très longtemps, mon arrière-grand-père, mon grand-père, moi et mes enfants y vont. Nous occupons toujours le territoire aujourd’hui.&#13;
Quand nous montions dans le bois, je vais parler du temps où on montait. Nous sommes à Mishta-shipit, Uashat. Quand nous montions c’était à la du mois d’août. C’est une distance de 600 milles où nous allons nous rendre. Quand nous sommes rendus à Schefferville, nous continuons notre trajet plus loin, encore 100 milles de voyage.&#13;
Voix : Comment ça s’appelle où vous allez ?&#13;
KG : Ça s’appelle Tshetishkushu, les Blancs eux nomment cet endroit Champs Doré. Nous étions à Uashat et quand le temps est venu pour monter dans le bois, j’avais très hâte. J’étais tanné, je n’aimais pas ça à Uashat. Vraiment je n’aimais pas ça, j’aimais mieux être en forêt.&#13;
Quand nous montions dans le bois à la fin du mois d’août, je sais qu’on ne verra plus un magasin. On ne le verra jamais pendant une bonne dizaine de mois. Pas d’hôpital, pas de médecin où nous serons dans le bois l’hiver.&#13;
Parfois quand nous montons dans le bois, (une fois) ma mère était enceinte. Je ne savais même pas, je n’en étais pas conscient (de son état). Parfois, au début du mois de novembre, à la fin du mois d’octobre, quand j’arrive là le soir, (à ma grande surprise) il y a un bébé. On l’avait trouvé dans un tronc d’arbre, disait-on. J’avais comme un regret, j’aurais aimé que ce soit moi qui le trouve. Je regrette que ce ne soit pas moi qui l’ait trouvé. (sourire)&#13;
Donc nous y sommes restés. Nous allions à la chasse aux caribous, l’ours, pour qu’il y ait quelque chose à manger pendant l’hiver. Quand on tue une dizaine de caribous, c’est de cet animal qu’on fabriquera des chaussures, avec de la peau fumée, peut-être que l’on visionnera un peu plus tard la fabrication des chaussures. On le suspend dehors, on l’étire, pour faire nos raquettes. Ce seront nos raquettes. On n’a jamais vu de ski-doo, on n’a même pas mentionné qu’il y avait un chemin. L’histoire que je vous raconte date presque de 60 ans, de ce que je me rappelle. On ne verra jamais d’hôpital, ni de magasin. Ce sera seulement le caribou, de la viande et du poisson aussi. Toute l’année, nous vivions que de cela, c’est cela qu’était la subsistance de tous les Innus.&#13;
Les Innus étaient partout (dans le territoire). Parfois en hiver, nous voyions des Innus, des Fort Chimo-innuat. Nous les rencontrions. Nous avions vu aussi les gens de Sheshatshit. Tout le Québec, tous les peuples innus se rencontraient. (Un Innu) de Fort Chimo, de Sheshatshit, nous voyions également les Cris, Uapamekushtiku (dans la région de Baie James) aussi les avions vus en hiver. Les Pessamiunnuat (gens de Pessamit) aussi ont été vus. On rencontrait également les gens de Pointe-Bleue (Mashteuiatsh). Tous les peuples innus occupaient le territoire du Québec&#13;
KG :Pour les Aissimeuat (Inuit), on savait qu’ils étaient là, mais on ne les a jamais rencontrés c’est ce qu’on disait. On aurait dit qu’ils n’aimaient pas rencontrer les Montagnais. Tous les gens de Mingan, Natashquan on les avait rencontrés. Tous les peuples innus se rencontraient, tous les Innus. (métrage : 5 :26 à 5 :30 on n’entend rien). &#13;
Le 25 juin, nous arrivions à Uashat. Arrivés à destination, j’avais déjà hâte de repartir (dans le bois). Je vais parler des activités dans le bois d’une année.&#13;
La première chose que je vais raconter, la première fois que nous partons (montons dans la forêt), on veut faire ça vite parce qu’on a peur du gel des lacs, de peur de ne pas arriver à destination dans son territoire. Tout le monde aime, n’est-ce pas, être dans son territoire. Vois les gens de Mingan, Natashquan, Uashat, ils ont hâte d’arriver (dans leur territoire) pour y être. Ils ont peur de ne pas pouvoir arriver à destination à cause du gel. &#13;
Quand les lacs sont gelés, ils ne peuvent s’y rendre à destination. Les grands lacs comme Ashuanipi, je me souviens il faisait nuit, on naviguait. Nous avions peur qu’il vente. Parfois les Innus sont pris par le vent. Une fois on racontait que les Innus étaient pris pendant une semaine à cause du vent et qu’ils ne pouvaient pas naviguer. Quand le vent tombait, ils naviguaient dans la nuit afin de se rendre le plus loin possible, avant que le vent reprenne. Tout le monde était à la course pour arriver à destination, pour y rester. Il a très hâte d’arriver, c’est son territoire. Nous restons là toute une année. Après avoir tué des caribous…&#13;
Voix : ?&#13;
KG : … c’est à cause de cela que les Innus pouvaient se rencontrer. Il y a un lac où il y a une abondance de poissons.&#13;
AMA : Un instant. On s’est dépêché pour venir ici, c’est quoi t’avais dit en dernier ?&#13;
KG : Avant le gel (des lacs), le monde se dépêchait pour arriver (dans son territoire). (S’adressant à elle, tu me poseras la question : « Comment se fait-il qu’on pouvait rencontrer d’autres Innus ? » Et je te répondrai.&#13;
Voix : Qu’est-ce que tu dis ?&#13;
KG : Tu vas me demander (s’adressant à la femme) : « Comment se peut-il que vous ayez rencontré d’autres Innus de Uapamekushtiku, Pessamit ? » (rires)&#13;
AMA : Comment ça se fait que vous ayez rencontré d’autres Innus de toutes les origines, gens de Sheshatshit, gens Uapamekushtiku, gens de Natashquan, ?&#13;
KG : C’est à cause des animaux. Il y avait plusieurs endroits où il y avait une abondance de caribous. Également où il y a une abondance de poissons. Surtout quand l’Innu avait de la misère, quand il manquait de nourriture, même si ces endroits sont très loin d’où ils sont, l’Innu va y aller. Quand il (Innu) rencontre d’autres Innus de Pessamit, Mashteuiatsh, ce sont ces gens que Pierre Mckenzie avait rencontré. La personne connaît les lieux d’abondance de caribous et c’est pour cela qui y vont eux aussi. C’est à cet endroit qu’ils se rencontrent. Ils pouvaient en tuer et c’est là qu’ils se sont rencontrés. Il y avait toujours une belle ambiance et ils mangeaient ensemble. Il est content que l’autre Innu ait tué le caribou et c’est alors qu’ils mangent ensemble.&#13;
Aussi le lac où il y a une abondance de poissons à Kaniapishkau. Il paraît qu’il y en avait en très grande abondance de poissons. C’est à cet endroit qu’on pouvait rencontrer les gens de Mashteuiatsh, Pessamit. Les gens de Fort Chimo aussi y allaient. Cependant, les gens de Mingan n’y allaient pas.&#13;
Quand nous, nous allions à Petshissikupau, c’est là que nous rencontrons les gens de Sheshatshiu. Aussi à Patshishetshunau (aujourd’hui réservoir Churchill Falls, j’espère que je ne me trompe pas), on y allait aussi et ce sont les gens de Sheshatshit qu’on rencontrait.&#13;
AMA : C’est pour des provisions que vous alliez là ou…?&#13;
KG : Le castor valait une très grande valeur autrefois et c’est juste là que se trouvait au Patshishetshunat, Uinnukapau-shipu. Plusieurs Innus de Uashat sont allés là à cause de la valeur du castor. C’est pour cela que l’on rencontre les gens de Sheshatshit, Mingan, Natashquan.&#13;
AMA : Ça devait être juste une fois que vous êtes allés là à Patshishetshunat ?&#13;
KG : Oui, mais on y est resté plusieurs années. Ce que je raconte, c’était pendant la guerre, à peu près dans les années ’40. On y a rester plusieurs années. On rencontrait les gens de Sheshatshit, Mingan Innuat, Natashquan.&#13;
Une fois nous sommes descendus vers Sheshatshit  en 49. Nous sommes restés là pendant une année. Nous ne sommes pas descendus à Uashat. Cela ne fait pas longtemps, c’était à la création de la réserve de Mani-utenam. Quand nous sommes arrivés ici (à Uashat), Mani-utenam existait déjà.&#13;
AMA : Quand vous étiez à Sheshatshit, vous deviez vivre que du caribou, du poisson ?&#13;
KG : Oui.&#13;
AMA : Aussi le phoque ?&#13;
KG : Quand nous étions à Sheshatshit, il y avait un magasin HBC. L’Innu ne s’intéressait pas du tout au phoque, l’Innu n’en mangeait pas. En tout cas, pour moi, je ne l’ai jamais goûté, je ne l’ai jamais mangé. Ils ne mangeaient que du poisson. Quand nous étions à Sheshatshit, on posait le filet, on ne mangeait que de la truite grise.&#13;
AMA : Il y avait aussi le saumon ?&#13;
KG : Oui, il y en avait. On dit que, là où sont les communautés au bord d’une rivière, à l’embouchure, c’était parce qu’il y avait du saumon. Tu vas le remarquer qu’il y a une communauté au bord d’une rivière où il y a le saumon. Les Innus cherchent des places pour y rester où il y a le saumon l’été. 12 :45&#13;
KG : C’est ce que moi j’ai connu, de ce que je me souviens. C’est de cette manière que nous vivions. Comme je te dis, le magasin on ne le verra plus jamais. Pendant les douze mois, je ne voyais pas de magasin. Pas d’hôpital. Comme l’enfant n’avait pas conscience que sa maman était enceinte et elle a accouché. Comme moi je me souviens un jeune frère ou une jeune sœur est née à l’automne. Après deux nuits, elle… je crois qu’on ne permettait pas à une femme après avoir accouché de bouger beaucoup (aujourd’hui). Ce que je me souviens, ma mère après son accouchement, après deux nuits, nous partions en voyage qui durait deux jours. (Autrefois) l’Innu était très fort à cause de son alimentation, de sa subsistance. Il était vraiment en forme.&#13;
On dirait que depuis qu’on demeure dans une maison en bois ronds, la personne tombe malade quand elle prend froid un peu. Quand elle a les pieds trempées, elle tombe malade. Quant à nous, on ne tombait jamais malade (.). Ça n’arrivait pas souvent que quelqu’un tombe malade. Ils (les adultes) aimaient beaucoup et les enfants aussi. Comme moi, j’ai toujours aimé (vivre dans le bois).&#13;
À la construction du pensionnat à Mani-utenam, on a beaucoup insisté que j’aille à l’école. Les curés avaient insisté pour que j’aille. Il y avait qu’une personne qui a parlé pour moi pour que je n’aille pas (au pensionnat), c’était mon père. Il ne voulait pas du tout que j’aille à l’école. Comme je connais très bien (la vie) en forêt, il avait peur que j’arrête (de monter dans le bois), que j’aie perdu ce goût de monter (dans le bois), et je n’y suis pas allé. Et depuis ce temps j’aime beaucoup (la vie en forêt).&#13;
Je vois aujourd’hui les jeunes suivre les deux cultures. J’en suis content pour eux. Il y a beaucoup d’enfants qui aiment aller à l’école. Il y en a aussi (qui aiment la vie) en forêt. Ils aiment les deux cultures. Et je crois que c’était un bon choix pour eux. Ils n’auront jamais de misère. Une personne qui est attirée par deux cultures ne connaitra pas de misère. Aujourd’hui l’éducation est très importante, car le jeune, il lui faudra un emploi. S’il (le jeune Innu) connaît les deux cultures, cela lui sera d’un grand secours (dans sa vie). Jamais il n’aura de problème.&#13;
C’est ce que nous vivions en forêt. Au printemps c’était agréable, car c’était l’arrivée du gibier. C’était un bon temps pour moi, et ce que j’avais aimé le plus c’était le temps de Noël.&#13;
AMA : C’était quoi les activités ?&#13;
KG : Il y avait toutes sorte de nourriture à Noël. Vois, quand nous montions à l’intérieur des terres, et ça devait être la même chose pour les autres familles, nous laissions nos provisions loin d’où nous étions, à ne plus être capables d’aller les chercher avant le gel. Le gel arrivé, quand Noël était proche, c’est alors que les gens allaient en chercher, leurs provisions qui avaient laissées (en montant). Dans leurs provisions, il y avait la farine, la graisse, le sucre. À Noël, un festin commence. Rien ne manque. Il y a le sucre, la farine, la graisse, le creton. C’était bien l`fun. Il y avait aussi la graisse de caribou. Une belle tablée pour la nuit de Noël. Le lendemain, le dimanche, on continue à festoyer. Parfois l’Innu mange trois fois. Il y avait une grande quantité, à manger de la graisse de caribou. &#13;
Comme ce sera la dernière fois que les Innus seront ensemble, ils se parlent longtemps. Celui avec qui on avait parlé longtemps, c’est lui qui viendra manger avec le groupe. À Noël. C’est ce qu’il lui avait dit (de venir) et il est venu.&#13;
Quand une famille avait beaucoup d’enfants, elle a failli manquer le temps de Noël. À cause du froid aussi. Arrivé à cet endroit (où il a été invité), on le fait entrer, c’était une grande maison (ou tente), « tu vas dormir ici, tu ne vas pas te tenter », lui a-t-on dit. Le lendemain, tout le monde se met à planter sa tente. &#13;
Il y a aussi une tente qui sera agrandie. C’est là qu’il y aura une prière dans la nuit et aussi le festin. Le plus que j’ai aimé, c’est… tu n’es pas encore levé, n’est-ce pas ? On entendait du bruit, il y avait des Innus qui tiraient du fusil. C’était une salutation, on disait (un tir pour) le prêtre, un autre tir, quelqu’un qui disait : « ça c’est pour mon oncle, ma tante». Il y avait beaucoup de tirs. C’était bien l’fun au Jour de l’An. C’est seulement (au Jour de l’An) que les Innus se donnaient des cadeaux. Quand (la personne) venait te saluer, il te dit qu’il te donne soit un sceau de graisse, un sac de farine, 2 lbs de sucre. Aussi tu peux avoir du tissu pour te fabriquer une veste. C’est ce genre de cadeaux qui se donnaient. J’ai beaucoup aimé (ce temps), je regrette que ce ne soit plus comme ça. C’était vraiment plaisant.&#13;
C’est ce que j’ai vécu dans mon enfance. C’était plaisant. Il y avait des visiteurs comme les gens de Sheshatshit. Ils étaient beaucoup et passaient Noël avec nous. C’était très plaisant et il y avait beaucoup de monde. Même chose pour le Jour de l’An, il y avait beaucoup de monde. Vraiment plaisant.&#13;
Après Noël, vers la fin du mois de janvier, dans le mois de février, le temps change. Chacun partait dans (son territoire). On restait ensemble dans le temps des Fêtes pendant un mois de temps. Parfois deux mois. Et voilà les gens qui partent (dans leur territoire respectif).&#13;
Parfois au printemps, les voilà réunis. C’était plaisant aussi à Upashkueshkau (Rivière McPhaden), près de Minaikut. Là aussi au printemps c’était très plaisant. J’oublie par exemple, je ne m’en souviens pas très bien. C’est un lieu de rencontre des Innus. Quand on descend au printemps, nous nous rendons au large, on embarque ensemble, c’est une très grande rivière, aujourd’hui Millage 301, sur le chemin de fer et on restait l’autre bord de la rive. &#13;
Il y avait des bernaches et on les chassait. Aujourd’hui il n’y en a plus. Ils ne passent pas par ici. On les chassait une journée, deux jours, on en avait tués une centaine. Un autre festin, beaucoup de nourriture et il en restait beaucoup, de la graisse de caribou. Il y a beaucoup de monde. Après avoir tout mangé, nous voilà à la descente (à la côte). Ç’a pas été long. Pas très longtemps on est rendu à Uashat. (20 :24) C’est tout de ce que je me rappelle. Avez-vous d’autres questions à me poser&#13;
AMA : Est-ce que vous étiez longtemps à Mushuau-shipit (Riv. Georges) où il y avait beaucoup de caribous ?&#13;
KG : Oui, après avoir tué des caribous. Il y avait des hommes qui partaient là (où les caribous se trouvaient) et quand il n’y en avait pas, ils allaient à une autre place. Il paraît qu’ils en ont tué une trentaine. Arrivés au campement on restait là. Quand il y avait beaucoup de monde, parfois on savait que d’autres familles n’avaient pas tué de caribous, ils n’avaient pas de chance d’en tuer. On allait les trouver et on restait avec elles. Après s’être régaler (du caribou), d’autres hommes partaient pour une autre chasse aux caribous. Ils vont chercher des caribous à d’autres places. D’autres caribous tués. De nouveau, on se rassemble.&#13;
Cette année-là, je me souviens que c’était un temps difficile, comme ce mois-ci (je crois que c’est au mois de décembre), l’autre mois, on ne pouvait pas aller chercher le caribou, car il était dans la toundra où il n’y avait pas d’arbre. On attendait qu’il fasse beau. On a attendu très longtemps. C’était vraiment un temps difficile, car il n’y avait pas d’arbre.&#13;
Aussi en hiver, les Innus allaient magasiner, chercher des munitions et du thé. Il ne fallait pas traîner beaucoup de choses, seulement (des provisions) pour un tobagan. Parfois ils vont chercher du thé à Fort Chimo, et surtout des munitions pour les utiliser au printemps ainsi que du thé et du tabac. Il ne fallait pas qui lui en manque du tabac et du thé, surtout pour les aînés, c’était très important pour eux, pour les Innus. Parfois il se rendent à Nain pour s’approvisionner, aussi à Utshimass-assit (Natuashish), Sheshatshit.&#13;
Comme moi, je suis déjà allé à Sheshatshit pour aller s’approvisionner. On est allé chercher des munitions, de la nourriture. Nous avons eu un peu de farine.&#13;
AMA : Combien de jours vous a pris pour vous approvisionner?&#13;
KG : Nous, nous sommes partis pour Meshikamau, ce n’est pas très loin de Schefferville. Il y avait 7 couchers pour s’y rendre. Pour revenir, 10 couchers. À Sheshatshit, nous restions une semaine. Nous nous installions bien comme il faut et après avoir fait nos bagages, notre équipement, nous partions en traînant notre tobagan. Le plus qu’on amène dans le bois, ce sont le tabac, le thé et les munitions. Afin qu’ils n’aient pas de misère, sa vie en dépend. S’il lui manque des munitions, il ne pourra pas chasser. Il faut bien surveiller ses munitions. Quand ils achètent du thé, ils en achètent beaucoup, car ce sont des buveurs de thé, et il leur en manquait quand même. Quand il en manquait, (les Innus) trouvaient ça très difficile. C’était leur breuvage qui leur était essentiel.&#13;
Vois mon père, il buvait du thé très très fort. Tellement qu’il aimait ça, le thé était comme en poudre pour le prendre en poignée, ce n’était pas en sachet. La dernière gorgée qu’il prenait, il prenait aussi les miettes du thé. (rire) Il aimait vraiment le thé.&#13;
AMA : Combien de boites de cartouches devait-il en avoir assez ?&#13;
KG : Ses cartouches, autrefois par exemple c’était… l’Innu n’en utilisait pas beaucoup. Il faisait très attention. Quand tu entends un Innu tirer, quand tu entends trois coups, il pourrait tuer quatre caribous. Parfois, (les Innus) en tuaient deux par un seul coup. Quand il va tirer une vingtaine de fois, tu es certain qu’il en tue une vingtaine.&#13;
Aujourd’hui, les jeunes… savent… quand il lui manque de munitions, il ne fait que se rendre au magasin. Il est sur place. Autrefois, les Innus savaient qu’ils étaient très loin, s’ils ont utilisé toute leur munition, ils n’en auront pas. (Autrefois), ils faisaient très attention à leurs munitions. Ils savaient quand et comment utiliser leur fusil. À chaque fois qu’on tirait, quand on tirait trois fois, tu sais que ce n’est pas pour rien qu’on tire des coups. Ils ne tiraient pas au hasard. Quand (les caribous) étaient loin, ils ne tirent pas dessus. Ça pouvait arriver, mais c’est seulement quand ils manquaient de nourriture, ils font ce qu’ils peuvent, et pourraient en tuer un au moins.&#13;
AMA : As-tu déjà eu connaissance de la famine ?&#13;
KG : J’ai eu connaissance une fois, mais mon père disait que ce n’était pas vraiment une grosse famine. Il disait : « Nous dans le passé, nous connaissions la famine ». C’est juste cela que j’en ai eu connaissance, mais pas très longtemps. (Pas longtemps après) les caribous avaient été tués. Après en avoir tué, ils sont allés chercher de l’approvisionnement à Nain. Certains vont à Utshimass-assit. Quand ils arrivent, ils apportent beaucoup de choses.&#13;
Une fois, assez longtemps quand même, quand ils apportaient de la nourriture, on pouvait tenir un bon bout. On peut manger, de la farine. Moi ce que j’ai beaucoup aimé des biscuits nommés « kautetakushiuti » (je ne sais pas si c’étaient des biscuits Pilot). On les trouvait à Nain et à Utshimass-assit. Les biscuits ont la forme d’un rein. Parfois ils emmenaient deux sacs, trois sacs par personne.&#13;
C’était vraiment plaisant. Nous avions vraiment aimé ça, rester dans le bois pendant une année complète, douze mois de temps, tu ne t’en aperçois même pas. C’est sûr c’était difficile quand il manquait de nourriture. Mais…&#13;
Ce que l’Innu voulait savoir, où seraient les autres familles. C’est ce qu’ils disaient : « Je serai à tel endroit cet hiver ». Il ne sera pas loin. « Si tu fais une bonne chasse, si vous tuez des caribous, vous viendrez nous voir », ils devaient se dire. Quand l’autre en tuait, on allait les trouver. Tout de suite après, d’autres personnes, surtout les jeunes qui sont en forme, partaient pour une autre chasse. On disait qu’ils avaient tué une trentaine de caribous. Les aînés sont contents de cette récolte. Ils seront corrects, surtout quand il ne fera pas froid.&#13;
Ce qui était difficile, c’est ce mois-ci et l’autre mois, cela fait trois mois, n’est-ce pas ? Pendant ce temps, il faut que la nourriture soit prête. C’est très difficile pour quelqu’un qui cherche de la nourriture parce qu’il fait froid. Quand ils ne peuvent pas tuer disons ce mois-ci, décembre, c’est dans ce temps-là que l’on cherchait le caribou. Il nous faudra se soutenir jusque vers la fin de février. &#13;
KG : Rendu au mois de mars, là on peut chasser. Le jour s’est rallongé. Il ne fait pas aussi froid.&#13;
AMA : Peut-être aussi qu’on pose des pièges, n’est-ce pas ?&#13;
KG : C’est le temps de poser des pièges dans le mois de mars. Aussi au mois de novembre. On ne pouvait chasser pour des fourrures à l’année, on ne cherchait que pour de la nourriture. C’est dans le mois de mars jusque vers le mois d’avril qu’on chassait. Chasser le renard. Aussi c’est seulement au mois de novembre qu’on pouvait chasser. Et rendu en hiver comme aujourd’hui, on est à la recherche de la nourriture pour la subsistance de l’hiver. C’est ce que je me rappelle. C’était notre façon de vivre. Tout les Innus avaient ce genre de vie.&#13;
AMA : En forêt, as-tu eu connaissance des accidents, de mortalité ?&#13;
KG : Nous avons vu plusieurs choses arrivées, c’était vraiment difficile. Moi ce que j’ai vu, ce sont des personnes dont leurs canots ont chaviré. En forêt, qu’une personne soit morte de froid, je n’ai jamais vu ça. La seule fois c’est à la descente, des personnes qui sont morts noyées. On a pu sauver une personne, l’autre on n’a pas pu. Un Innu est décédé et il avait beaucoup d’enfants. (Celui) qui était sauvé, lui aussi avait beaucoup d’enfants. Mais au moins il a été sauvé. On a à peine réussi à le sauver. Ça fait vraiment pitié de voir quelqu’un avoir un accident. Celui que nous avons sauvé, on ne voyait que sa tête à la surface de l’eau. Je voyais beaucoup d’eau entrée dans sa bouche. L’autre… Ce qui se passe, l’Innu savait très bien nager, il était No. 1 à la nage à Uashat et c’est lui qui est décédé, parce qu’il a été trop longtemps dans l’eau.&#13;
« Il voulait sauver son ami, il ne savait pas trop quoi faire. Il était là à le surveiller, il flottait sur l’eau », disait celui qui était vivant. « Je vais me rendre au rivage », a-t-il dit, « je vais débarquer de l’eau et me rendre à la maison », m’a-t-il dit. « J’ai pitié de toi, toi qui vas mourir », a-t-il dit. Et c’est lui qui est décédé, parce qu’il était longtemps dans l’eau. Il aurait dû y penser, pour débarquer. Les deux seraient en vie. On dit qu’il avait une crampe. Quelqu’un qui a une crampe, c’est comme si on jetait un roc dans l’eau et le voilà s’enfoncer direct dans l’eau. C’est ce que j’ai vu et ce n’est pas du tout agréable d’être témoin de cela.&#13;
AMA : Ce qui s’est passé, est-ce qu’on a resté longtemps à cet endroit ou on est parti tout de suite ?&#13;
KG : On est parti tout de suite. Celui qui a failli y passer dit qu’il n’aime pas rester là. C’est pourquoi on est parti tout de suite. Il a dit : « Partons en canot ». Et on est parti. C’était triste. Ce sont plutôt les enfants qui font pitié. Parce que leur papa est dans la profondeur de l’eau. Cela fait pitié mais c’est ce qu’il faut faire, (partir).&#13;
L’hiver je n’ai jamais eu connaissance que des personnes soient morts de froid ou d’avoir un accident. C’était la seule fois que j’ai vu et je suis content que je n’en ai pas vu d’autre. Mais j’ai entendu plusieurs fois que quelqu’un avait eu un accident. J’ai également entendu quelqu’un mourir de famine. Je n’ai pas vu de mes yeux par exemple.&#13;
Quand quelqu’un décédait en forêt, on transportait son corps à Ashuanipit où il y a des sépultures. Toutes les personnes décédées en hiver, on transportait les corps à cet endroit. Ce cimetière est considéré comme béni. Les missionnaires l’avaient béni pour que les personnes décédées y soient enterrées. Ça s’appelle Minishtikutaut à Ashuanipit, l’île qui se trouve dans ce lac.&#13;
C’est l’île qui a été bénie. « Vous enterrerez vos corps à cet endroit », disait-on. Le pourquoi on y dépose, à cause des animaux qui ne viennent pas y toucher. (Les Innus) y vont souvent. Mon père y est allé aussi. Il était allé installer des clôtures. Les Innus y vont souvent arranger (ce cimetière). C’est très beau. La dernière fois que j’ai vu (le cimetière) c’était bien installé. On dirait aussi qu’on a mis de la pelouse. C’est une belle pelouse. Sûrement que ce sont des Innus qui se sont occupés de la pelouse.&#13;
C’est ce qui s’est passé, c’était agréable ce temps-là.  Ça m’arrive de m’ennuyer parfois de ce temps-là, des activités d’autrefois. C’était bien agréable. Moi j’ai bien aimé ça. C’était l’fun, les enfants aussi ont bien aimé. Ils aiment quand on monte dans le bois. Ils aiment la forêt, ils ont hâte d’arriver là-bas, dans leur territoire où ils étaient toujours restés. Prends, moi j’avais très hâte de monter dans le bois. C’est ce qui s’est passé que moi j’ai vécu. J’adorais être dans le bois. &#13;
Eddy : Je sais que tu me parlais que tu as travaillé au camp pour la compagnie…&#13;
KG : Ok oui, j’ai oublié de raconter.&#13;
Eddy : (…..) Réponds à ça mais en Indien.&#13;
KG : C’est vrai, j’ai vraiment oublié de raconter ça. Je regrette beaucoup quand je pense à ça. &#13;
(Un petit arrêt dans la vidéo)&#13;
AMA : Je veux d’abord te demander si on a encore le temps de rattraper ce temps, pour la transmission aux jeunes ?&#13;
KG : J’ai vraiment oublié d’en parler. Moi ce que je regrette le plus, ce que moi j’ai réalisé. La compagnie pour laquelle j’ai travaillé, je sais que ça ne m’a rien apporté dans ma vie, c’est ce que moi je pense. C’est compréhensible que pour mes enfants ça les a aidé dans leur vie, ils ont souvent eu de l’argent. Moi ce que je pense, j’aurais dû rester toujours dans le bois. Si je travaillais six mois en été, je serais resté dans le bois l’hiver. C’est ça que je regrette. Cela ne m’a pas du tout aidé. C’était sans importance. &#13;
Tout le monde était émerveillé en pensant qu’après trente ans (de travail), je vais vivre avec ça, je vais recevoir beaucoup d’argent », pensait-il. Ça ne valait rien ça. Je vais vous expliquer ce qui arrive avec ça. Quelqu’un qui avait un tel gain, comme moi, j’ai reçu presque 800$ pour avoir travailler tant de temps. Plus tard cet hiver-là, je reçois ma pension de vieillesse au même montant 800$. L’IOC a tout coupé (le montant que j’avais reçu), du gouvernement…&#13;
AMA : Tu étais au même point ?&#13;
KG : J’étais au même point. La fois que j’ai travaillé pendant une trentaine d’année, ne m’a rien rapporté. Peut-être que c’est bon pour un jeune de quarante, cinquante ans. Il voit son argent que pour quelque temps. Après soixante-cinq ans, cela n’a aucune utilité. Il a travaillé là pour rien. C’est de ça que je regrette, cela m’a empêché (de monter dans le bois), je pourrais dire. J’aurais pu enseigner aux jeunes, à mes enfants. J’aurais pu leur montrer (la vie) dans le bois. Ils connaissent, ils savent. Mes enfants connaissent (ce genre de vie dans le bois). Nous les emmenions dans le bois les fins de semaine. Nous leurs montrions toujours (la vie) en forêt, comme la nourriture traditionnelle. (C’est en venant avec nous) qu’ils aiment la nourriture traditionnelle. On aurait pu bien leur enseigner et leur montrer la vie dans le bois l’été et l’hiver.&#13;
C’était une perte (de temps) quand j’ai travaillé pour l’IOC. J’ai aimé, le pourquoi j’ai aimé, mes enfants ont vu (connu) l’argent. Pour ça, j’ai aimé. Je n’ai jamais connu le bien-être social. Je continue à dire que je regrette, j’aurais aimé mieux rester dans le bois. J’aime tellement la vie dans le bois, car c’est là que je suis né. C’est pour ça que je regrette beaucoup d’avoir travaillé pour rien. Cela n’a pas été d’une importance. L’Innu, ce n’est pas son genre de vouloir se ramasser de l’argent comme un Blanc le fait. Le Blanc travaille pour se ramasser de l’argent, fait son budget pour la semaine pour y arriver et mettre de l’argent de côté. L’Innu ne vit pas comme ça. Quand il reçoit sa paye, il distribue à ses enfants et c’est ainsi qu’il dépense son argent au jour de la paye. Pour le Blanc c’est le contraire, il ne fait pas ça.&#13;
KG : Même si son enfant à l’âge de dix-huit ans, il le lui donne, il s’en occupe toujours. Un jeune Blanc à l’âge de dix-huit ans, il doit sortir de chez ses parents. S’il ne veut pas travailler, on dit qu’il doit s’arranger. L’Innu n’agit pas comme ça. L’Innu ne s’habitue pas à ça, car il a vécu dans le bois, car ils subvenaient à leurs besoins ensemble. C’est pourquoi je dis, je regrette beaucoup, on n’aurait pas dû… il y a aussi, je dirais mon patron, mon père avec qui j’ai travaillé, il m’a dit qu’on allait travailler. Vue que l’animal n'avait plus de valeur importante. Ça ne valait pas la peine. Il m’avait dit qu’on travaillerait. Il m’avait dit que c’était un très bon endroit pour travailler, travailler pour l’IOC. C’était une compagnie très importante, riche, qu’il m’avait dit. J’ai alors été d’accord avec lui.&#13;
Autrefois, tu ne pouvais désobéir (à tes parents). Aujourd’hui ç’a beaucoup changé. Un jeune ne pouvait désobéir à son père, ni à sa mère. Il faut absolument que tu suives ses ordres. Vois quand il m’a dit qu’on travaillerait, je n’étais pas très enchanté de faire un travail de Blanc. Il fallait que je lui obéisse. Pis ça a finit que j’ai aimé (faire ce genre de travail).&#13;
Par exemple, après avoir travaillé, disons un an, on nous a donné un congé. La première fois c’était dix-huit jours, j’ai pu monter dans le bois, aller voir notre territoire de chasse. À chaque année quand nous étions en congé, je pouvais monter dans le bois pour un mois. Après cinq ans de travail, l’IOC nous donnait congé de trois mois. Je suis resté dans le bois pour les trois mois dans notre territoire pour le sauvegarder.&#13;
Depuis que je travaille pour cette compagnie, je suis allé voir notre territoire de chasse tous les ans. En vacances, je montais toujours dans le bois.&#13;
AMA : Aujourd’hui, qui va surveiller votre territoire de chasse ?&#13;
KG : L’Innu doit faire ceci, en tout cas pour moi ce que je vais faire, tout le monde doit penser comme ça, il faut que tu le cèdes à ton enfant. La même chose fera ton enfant, le donner à son enfant. Il faut toujours qu’il y ait une transmission. Notre langue maternelle, il ne faut jamais la perdre. Même chose pour nos territoires de chasse, il faut toujours les céder à nos enfants. Toute activité innue, comme la fabrication des raquettes… J’ai vu un aîné de Mamit fabriquer des raquettes, il doit déjà avoir quelqu’un qui pour la transmission et ainsi de suite. Il ne faut jamais perdre (cette tradition), il faut sauvegarder notre culture. Les jeunes étudiants aussi doivent continuer à sauvegarder la culture.&#13;
Dernièrement je suis allé à une communauté Utshimass-assit, nous sommes allés voir ces gens. Il y avait une très grosse tente d’installée, c’était en cercle. Il y avait deux enseignants aînés, les enfants se tenaient tout en cercle, occupaient tout le bord de la tente. Si tu verrais les retailles de bois amassées en tas. Les jeunes recevaient de tous les enseignements possibles comme des raquettes, des tambours, des moulures à fourrure et tout. Si nous ne commençons pas à faire ça, nous allons perdre notre culture, si le jeune n’a pas d’enseignement. L’enseignant ne fait que transmettre son savoir. De toujours continuer, ne jamais abandonner.&#13;
La même chose pour notre langue. Il faut qu’elle perdure. Comme moi, je pourrais dire que je ne parle pas le français. Je ne suis jamais allé à l’école. Mais je connais bien ma langue, langue que j’utilise depuis longtemps. Je ne peux pas converser avec un Blanc. Juste un petit peu. Pas très bien quand même, comme les autres. Comme je dis, c’est très bien pour les jeunes qui puissent faire leurs devoirs. C’est très bon, car on aura toujours besoin de ça. Pour l’enseignement que nous avons eu en forêt, cela il ne faudra jamais perdre. Aux étudiants, il faut qu’ils soient très bien instruits de toutes les matières. Il faut que ce soit ça. Le savoir de tout le monde, il faut que ça soit transmis aux jeunes, à ses enfants.&#13;
J’aimerais que les jeunes qui fréquentent l’école présentement, apprennent leur culture afin qu’ils puissent chasser plus tard, à apprendre la culture pour la préserver, notre savoir, notre culture. La pêche, la chasse aux caribous, (la vie) en forêt, faire de la raquette. Il faut toujours préserver tout ça. Il ne faut jamais perdre notre culture.&#13;
Nous ce que nous connaissons, ce que nous savons, il faut le transmettre aux jeunes afin qu’ils sachent et qu’ils le pratiquent. Cela doit être ainsi. Se mettre au travail afin de préserver tout notre savoir, notre culture, nos pratiques. Je me promène un peu partout dans les communautés, il y a partout des enseignants, qui enseignent aux jeunes (comment fabriquer) des raquettes, tout, des tambours. Il y a des enseignants partout. C’est bon ça. C’est une bonne pratique, afin que le savoir de l’Innu ne disparaisse pas.&#13;
AMA : Que penses-tu de nos petits-enfants qui parlent l’innu-aimun et le français en même temps. Il y en a qui parlent déjà l’anglais et l’innu-aimun ? Comment pouvons-nous aller de l’avant avec ça ?&#13;
KG : Moi je dis qu’il faut qu’ils aient nos cartes innues. Il faut les enseigner. Il y en a qui sont vraiment des connaisseurs même ceux qui ne parlent pas l’innu-aimun. Ils suivent ce qui se passe dans les communautés quand même. Quand ils reçoivent ou quand ils ont leurs cartes innues, c’est dans ce temps-là qu’ils cherchent à beaucoup comprendre de la culture innue en forêt. Ils sont très intelligents, on ne pourra pas les mettre de côté. On ne pourra pas leur dire : « Tu n’es pas un Innu, ta mère est une Blanche, un Blanc ». Il ne faut jamais leur dire ça. Il faut faire attention, car c’est quand même une richesse… On va toujours les avoir ces personnes-là, car aujourd’hui ils vivent ensemble les Innus et les Blancs. Il faut aussi leur apprendre… comme ce que nous faisons pour nos enfants, il faut agir aussi de la même manière avec eux.&#13;
Par exemple, il y a un jeune ici dans le bois où nous sommes, je suis fier de lui, de le voir combien il travaille fort. Il connaît tout. C’est un jeune innu, son grand-père devait lui montrer pour connaître tout (de la culture innue). Il connaît vraiment tout. &#13;
C’est toute un beauté de le voir en activité innue, sa connaissance (de la vie en forêt). Avec les raquettes, il est très habile à marcher avec dans le bois. Vois aujourd’hui, il est parti chasser la perdrix. À mon avis, il ne sera pas mis de côté. Tout le monde aura ce genre de jeune. Il y en a déjà beaucoup. Pourquoi les mettre de côté. Ils aiment eux aussi d’être dans la communauté.&#13;
AMA : Je parle des jeunes innus, ceux qui parlent l’innu-aimun et le français, comment on pourrait les rejoindre pour qu’ils parlent seulement l’innu-aimun ?&#13;
KG : Il va falloir absolument leur apprendre…&#13;
AMA : Ce sont les parents à prendre leur place pour leur enseigner, n’est-ce pas ?&#13;
KG : Il faut demander aux parents s’ils vont aimer que leurs enfants apprennent l’innu-aimun, qu’on leur parle en innu-aimun. J’en vois moi aussi des enfants qui ne parlent pas l’innu-aimun. Je ne sais vraiment pas moi aussi. Vois, nous avons nos petits-enfants dont leur père vient du Village Huron. Ces gens-là ne parlent pas leur langue maternelle à Québec.  Depuis qu’ils sont avec nous, on leur parle en innu-aimun. Aujourd’hui tous, ils sont vraiment capables de parler l’innu-aimun. Ils parlent comme nous autres nous parlons. Ce n’est pas difficile pour l’enfant d’apprendre une langue. Pourvu que le parent dise : « Il faut que tu parles l’innu-aimun ». Dans pas long, ils réussiront à acquérir leur langue innue.&#13;
C’est comme ça par exemple, si on ne leur apprend pas la langue, quand ils auront des enfants avec des Blancs, c’est sûr que l’enfant de parlera pas du tout la langue innue. Si nous voulons garder l’innu-aimun, il faut absolument leur apprendre la langue innue. La même chose pour les descendants qui auront des enfants, à leur apprendre la langue innue. Si vraiment nous voulons garder notre langue innue, notre culture.&#13;
Ce qui va arriver, on voit que plusieurs de nos aînés sont partis, ceux qui nous ont enseignés. C’est pourquoi je dis qu’aujourd’hui qu’il nous faut perpétuer (notre culture), ceux de notre génération, pour enseigner à nos jeunes innus. Il faut continuer à transmettre notre culture. Nos vrais connaisseurs innus (de la culture) sont presque tous partis. Comme moi, mon père est décédé. Cela fait trois ans. Il faut que je garde tout ce qu’il m’a enseigné, sa langue maternelle, son savoir, ses activités traditionnelles. Ce qu’il a montré aux jeunes. Il faut que je garde tout ça pour transmettre cela aux jeunes. Si je meurs, qu’il y ait déjà quelqu’un pour poursuivre (ce chemin du savoir).&#13;
Nous, nous avons une pourvoirie, ce n’est vraiment pas pour nous autres, nous l’agrandissons. Aujourd’hui nous pourrons accueillir vingt-quatre personnes. Ce n’est pas pour nous autres, moi et ma femme avançons déjà en âge. Ce n’est pas pour nous, le pourquoi que nous travaillons très fort (sur ce projet). Je m’en fous de l’argent.&#13;
KG : … quand ils auront des enfants, ils seront des purs Blancs. Ça va vraiment être difficile de leur parler en innu. N’est-ce pas ?&#13;
AMA : Oui. Une grosse perte dans la mémoire.&#13;
KG : On ne pourra jamais les arrêter les jeunes qui parlent les deux langues. Ils ne pourront jamais changer. C’est la langue… n’est-ce pas ?&#13;
AMA : Oui.&#13;
KG : Si on ne s’occupe pas de ceux qui ne parlent pas l’innu-aimun maintenant, quand ils auront des enfants, on ne pourra rien faire, ce seront de pur Blanc. Ça va déjà être rendu très loin.&#13;
Eddy : Ton plus beau souvenir de chasseur de caribous.&#13;
KG : La fois que j’ai été heureux c’est quand mon père a tué des caribous, on manquait de nourriture, il avait tué dix-huit caribous. Cela je vais m’en rappeler tout le temps. On avait presque manqué de nourriture. Un, deux jours seraient passé et c’est là qu’on aurait connu la famine. Quant il a tué dix-huit caribous, c’est cette fois-là que j’ai été le plus heureux dont je me souvienne. J’y pense très très souvent. C’est dans ma mémoire. Deux jours plus tard, je me demande ce qui serait passé, c’est à ça que je pense des fois.&#13;
Si vous avez d’autres questions. Moi il me semble que j’ai tout dit ce que j’avais à dire. Si vous avez d’autres questions, je suis prêt à vous en parler de ce que je me souvienne. J’aimais beaucoup écouter les gens dans le temps des magasins. Mais il n’y a plus de ces gens qui auraient pu en parler. J’ai pu apprendre des autres gens qui en ont parlé. Les histoires peuvent venir de n’importe où.&#13;
AMA : Il n’y a pas une histoire du magasin de Petshissikupat ?&#13;
KG : Certain qu’il y a une histoire sur ça, J’ai toujours entendu mon grand-père en parler. Il paraît que ça venait de Sheshatshit, les gros bateaux se rendaient jusqu’à Upatshishetshunat. C’est de là qu’on utilisait des petits bateaux. En hiver c’était en traîneaux tirés par des chiens jusque vers Petshissikupat. Tout l’été, les Innus étaient là n’est-ce pas ? L’été, pour fabriquer des canots, ils descendaient à Mishta-shipit. Ils s’en retournaient de Uinipeku-paushtiku. Ils allaient chercher des écorces de bouleaux pour fabriquer des canots. Ça leur prenait trois semaines de voyage pour trois jours de travail là-bas. Ils les avaient mis en paquet comme en ballot. Ils les ont embarqués pour les emmener à Petshissikupat. C’est l’été que l’on fabriquait des canots. Ils vont très loin pour chercher des écorces de bouleaux. C’est ce que racontaient les aînés.&#13;
Vois (le lac) Kanishtutamupan, pas loin de Petshissikupat. Il paraît que c’est là qui demeurait celui dénommé Kanishtutamupan. C’est un Anglais, un contremaître ou un agent. Il devait être deux. Celui dénommé Kanishtutamupan, il arrivait à comprendre l’innu-aimun, d’où vient son surnom. Il se rendait là en traîneau tiré par des chiens. Napessiss (Joseph André de Schefferville) m’a montré l’endroit où vivait Kanishtutamupan (feu celui qui comprend). Il dit c’est ce qu’on racontait, il ne l’a pas vu lui-même. Le magasin je le vois en photo. Quand j’ai vu la photo, ça faisait déjà soixante ans qu’il était fermé. Le toit était défoncé. L’entrepôt était à part. Un autre bâtiment, ça c’était pour les cercueils. C’est là qu’on devait déposer les corps. Je vois la photo et j’ai vu où il était situé. Tu devais voir toi aussi (s’adressant à Anne-Marie André).&#13;
AMA :Oui.&#13;
KG : Les aînés m’ont montré l’endroit où était situé le magasin. Et l’on déménagé à Fort Mckenzie, Kanitshishekakamau. Les gens de Fort Chimo l’été faisaient de la livraison. On utilise toujours les gros bateaux. Les autres magasins, je ne m’en souviens plus. Il y en avait un à la charge de Minaikut. Le marchand était Bastien Mckenzie. Un autre à la décharge de Ashuanipi, le marchand était Comiss, Napetshiss (Côme Pinette), tu dois le connaître (s’adressant à Anne-Marie). C’est lui qui avait la charge de ce magasin. Il y avait un autre magasin aussi à Meshikamat, Pashteu-(.). Mon père me l’a montré où il était situé. On voit le vestige de ce magasin, on voit le bois comment c’était installé. C’est une histoire très ancienne, ça doit faire une cinquantaine d’années. Aujourd’hui il est sous l’eau après avoir inondé Petshissikupat. C’est de ce que je me souviens et ce que l’on a raconté. Ce que nous disons quand nous regardons le site, l’emplacement a été bien choisi. C’est un beau lac. Il y a l’animal, le poisson. Un bon poisson. On le pêche très souvent. La même chose pour la perdrix. Quand il n’y en n’a pas beaucoup, on pouvait quand même en avoir à Petshissikupat.&#13;
À Pakuanipanan, (le lac) Shamanipan, Y paraît, c’était un dénommé Jean-Marie qui a découvert (ce lac) où il posera le filet. C’étaient les activités des Innus en hiver. Ils chassaient les perdrix, ils en ramassaient et les vendaient (au gérant) du magasin. Quand ils attrapaient des appâts, ils les vendaient au marchand. En échange, ils recevaient de la nourriture, la farine.&#13;
Quand les Innus venaient et qu’ils manquaient de nourriture, le marchand leur donnait les poissons pris et les appâts. (Le marchand) avait ramassé beaucoup d’appâts, beaucoup de perdrix et il en donnait aux Innus qui venaient et qui manquaient de nourriture jusqu’à épuisement.&#13;
Parfois mon grand-père disait que quand il lui manquait de provisions, la farine. Alors on partait pour aller s’approvisionner à Sheshatshit et ramener tout ça dans le bois. L’été en canot et l’hiver par des traîneaux à chiens pour transporter de la nourriture. C’est ce que racontaient les aînés. Les Innus qui se rapellent de ces magasins n’y sont plus. Ce sont seulement des histoires qu’on a entendues, mais pas de très loin quand même.&#13;
&#13;
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                <text>&lt;iframe width="100%" height="360" src="https://player.vimeo.com/video/686509698?h=34a5e923d7" frameborder="0" allow="autoplay; fullscreen; picture-in-picture" allowfullscreen="allowfullscreen"&gt;&lt;/iframe&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;a href="https://vimeo.com/686509698"&gt;Kunikuen Gabriel&lt;/a&gt; from &lt;a href="https://vimeo.com/user153045686"&gt;CRC Uetshit Takuaimatishun&lt;/a&gt; on &lt;a href="https://vimeo.com"&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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                  <text>Une collection de récits de vie racontés par les innus.&lt;br /&gt;&#13;
&lt;p&gt;C’est en août 1987 dans un contexte du tournage près des chutes Manitou que Productions Manitu (Mani-Utenam) inc. voit le jour, une entreprise sans but lucratif (OSBL) qui se forme autour de quatre personnes : Zacharie Bellefleur, Céline Bellefleur, Evelyne St-Onge et Eddy Malenfant. L'objectif de base de l’entreprise est de faire connaître les cultures autochtones, particulièrement la culture innue par le biais de l'audio-visuel et du multimédia.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Production Manitu se considère comme un passeur de connaissances traditionnelles innues. (&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/production-manitu-inc"&gt;Plus d'informations&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/items/browse?collection=18"&gt;Voir la liste des récits de vie en ordre de nom de famille des interviewés&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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              <text>Évelyne : Quel est ton nom et tu es originaire d’où ?&#13;
Ernest : Mon nom est Ernest Dominique, je suis resté ici, mon père était originaire de Betsiamites. On m'a baptisé à Betsiamites. De temps en temps on y va à cet endroit, on a beaucoup de parenté.&#13;
Évelyne : As-tu un lien de parenté avec Madeleine ?&#13;
Ernest : Oui, c'est la fille de mon oncle.&#13;
Évelyne : Tu dis que ta mère est originaire de Ekuanitshit ?&#13;
Ernest : Non, elle vient de Pekuakamit, elle porte le nom de Siméon. C'est ton grand-père qui vient de Ekuanitshit ?&#13;
Ernest : Oui, notre grand-père vient de Mamit. Il est petit de taille et nous on est grand. Mon père aussi n'était pas grand. Mais ma mère est grande, les Siméon sont grands.&#13;
J’avais 10 ans, je me rappelle un peu ce qu'on faisait avant l'arrivée de tshisheuatishiun (bonté, générosité) les Innus restaient ici dans des petites maisons avant qu'ils reçoivent des maisons (grosses).&#13;
Évelyne : Comment vois-tu l’avenir des Innus ? Est-ce que la culture innue va exister longtemps ?&#13;
Ernest : Ils existeraient longtemps si les Innus se rassemblaient plus souvent pour se connaître, pour monter dans le bois, ça ne se fait plus comme avant depuis que nous vivons avec des blancs. C'est comme si on était gêné de vivre ensemble. Ici, il y a des blancs, on ne les voit presque pas, mais quand il y a des activités payantes là on les voit, les blancs.&#13;
Évelyne : Allons-nous exister longtemps ? Est-ce que la langue et la culture innue vont survivre longtemps ? Est-ce que l’Innu va rester dans le bois ?&#13;
Ernest : Ce que je pense, c'est comme si l’Innu ne voulait plus chasser parce qu'il y a trop d’argent. Avant l'arrivée de tshisheuatishiun, il n'y avait pas d'argent, tout le monde partait dans le bois pour subvenir à ses besoins. Aujourd'hui, tout le monde a de l'argent même l'étudiant a de l'argent. Et lorsqu'il a terminé ses études, il n'a pas besoin de monter dans le bois, il a beaucoup d'argent. La culture va probablement se perdre. Aussi, la langue innue, ils ne veulent pas le parler. Nous parlons toujours l’innu, c'est notre langue.&#13;
Évelyne : Vas-tu voir d'autres Innus comme tu dois avoir d'autres parents à Ekuanitshit, Betsiamites ?&#13;
Ernest : On y va toujours à Betsiamites voir notre parenté, car nous en avons beaucoup, les Dominique, les Hervieux. Même ma femme elle en a, mais elle ne les connaîtra pas si elle ne va pas les voir. Un jour, lors des activités, je lui dis d'aller dans une maison et c'est là qu'elle s'est découverte de la parenté, c'était les Picoutlaigan, celle qui s'est marié avec une Germain. Ce nom avait été changé pour Étienne par le curé.&#13;
Avec les argents d’Hydro Québec, ils veulent faire un terrain de golf. C'est beaucoup d'argent.&#13;
Évelyne : Et la culture Innue, ils ne s'en occupent pas ?&#13;
Ernest : Non, ils investissent l'argent ou ça va rapporter des revenus. C'est comme l'artisanat, il n'y en a plus parce que quand il y en a, ils ne payaient que très peu. Moi, je m'en souviens qu'une paire de raquettes, ils nous payaient 30 $ pour la faire et eux la vendait 200 $. On m'a demandé de faire des outils traditionnels pour gratter les peaux d’orignaux et quand je les ai terminés, ils ne nous ont pas invité pour montrer leur utilisation. Il y a juste les blancs qui travaillent. Il y a une grande injustice vis-à-vis des Innus. Avant ça, les Robertson avaient une grande entreprise, ils demandaient toujours quatre à cinq noms pour le travail et aujourd'hui, il y a seulement les blancs qui travaillent là.&#13;
Évelyne : Il doit y avoir beaucoup d'injustice puisque tu m'en parles souvent ?&#13;
Ernest : C’est une grande chose lorsque tu veux prendre ta place, ils te persécutent, ils te disent qu'ils vont t ‘emprisonner par les agents de sécurité publique qui sont des blancs et même des anglais, les Moar, le chef, on l'appelle ici, le blanc anglais, il vient de l'État de New York.&#13;
Évelyne : Si je te comprends bien, vous ne vivez plus comme un Innu vivait avant ?&#13;
Ernest : Non, ici pour nous, il n'y a pas grand-chose de ça, les blancs nous bloquent toujours lorsqu'on veut quelque chose. C'est comme la chasse, ils veulent s'approprier le plus possible de terrain. C'est ainsi encore, comme ils font avec les agriculteurs. Anciennement, ce n'était pas de même, les Innus s’accordaient très bien, tu pouvais aller à la chasse ou tu voulais.&#13;
Anciennement, on s'écrivait pour s'informer de notre situation et aujourd’hui, avec toutes les facilités qu'on a, on ne se donne plus la peine de le faire.&#13;
Évelyne : Je te sens peiné qu’il n'y a plus de ça aujourd’hui ?&#13;
Ernest : C 'est très regrettable aussi le fait de ne pas savoir où va l'argent et qu'est-ce qu'il va arriver plus tard ? De savoir qu'on va payer comme le blanc paye, d'ailleurs, nous commençons déjà à payer lorsqu'on achète de l'alcool ou le linge.&#13;
Évelyne : Que donnerais-tu comme message aux jeunes ?&#13;
Ernest : D’écouter et mettre en pratique ce que leurs parents leur disent. Aujourd'hui, les jeunes n'écoutent plus ce qu'on leur dit. Ils sont autonomes.&#13;
Évelyne : Et pour la langue innue, que leur dirais-tu ?&#13;
Ernest : On nous a dit qu'ils ne veulent pas engager un Innu d'ici pour enseigner la langue à nos jeunes, mais un nouveau de l'extérieur.&#13;
Évelyne : Tous tes enfants parlent l’innu ?&#13;
Ernest : Oui, et quelques-uns parle l'anglais.&#13;
Évelyne : Ce que tu appelles tshisheuatishiun, c’est l’argent ?&#13;
Ernest : L’argent que le gouvernement a donné aux Innus, nous on l'appelait de cette façon tshisheuatishiun&#13;
&#13;
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                <text>&lt;iframe width="100%" height="360" src="https://player.vimeo.com/video/682550199?h=439bd4d09a" frameborder="0" allow="autoplay; fullscreen; picture-in-picture" allowfullscreen="allowfullscreen"&gt;&lt;/iframe&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;a href="https://vimeo.com/682550199"&gt;Aness Ernest Dominique&lt;/a&gt; from &lt;a href="https://vimeo.com/user153045686"&gt;CRC Uetshit Takuaimatishun&lt;/a&gt; on &lt;a href="https://vimeo.com"&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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                  <text>Une collection de récits de vie racontés par les innus.&lt;br /&gt;&#13;
&lt;p&gt;C’est en août 1987 dans un contexte du tournage près des chutes Manitou que Productions Manitu (Mani-Utenam) inc. voit le jour, une entreprise sans but lucratif (OSBL) qui se forme autour de quatre personnes : Zacharie Bellefleur, Céline Bellefleur, Evelyne St-Onge et Eddy Malenfant. L'objectif de base de l’entreprise est de faire connaître les cultures autochtones, particulièrement la culture innue par le biais de l'audio-visuel et du multimédia.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Production Manitu se considère comme un passeur de connaissances traditionnelles innues. (&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/production-manitu-inc"&gt;Plus d'informations&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/items/browse?collection=18"&gt;Voir la liste des récits de vie en ordre de nom de famille des interviewés&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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              <text>Évelyne :  Bonjour Dave !  Je sais que tu es originaire d’ici, de Mashteuiatsh et tu as dû sortir du village ?&#13;
Dave : Oui, évidemment, si on veut se perfectionner dans un domaine quelconque, il faut sortir. Tu n’as pas de cégeps et d’universités dans notre village. &#13;
Évelyne : En quoi tu as étudié ? &#13;
Dave : Moi, j’ai étudié en communications, plus spécifiquement en radio. J’ai eu le plaisir de travailler dans le domaine immédiatement à la fin de mes études &#13;
Évelyne : À quelle place ?&#13;
Dave : Je suis allé aux études à Jonquière. Il y a un département spécifique à Jonquière, département d’Art et Technologie des médias. J’ai fait mon cégep là. Par la suite, j’ai commencé par faire un petit cinq semaines à Port Cartier, sur la Côte-Nord.  Un stage et puis après ça, un emploi  qui devait être plus long que cela mais qui a duré cinq semaines et après, j’ai eu le bonheur de participer à l’ouverture d’une station radio régionale à Chicoutimi CFIX… qui a ouvert en 1987 et c’était une première station qui était une première station FM vouée à la musique populaire. Donc, ça a connu un immense succès dès le départ CFIX, j’ai eu le plaisir de participer à la création d’une radio, à l’émergence d’une radio régionale d’envergure extrêmement populaire. Ça fait que ça été un des moments absolument merveilleux que j’ai vécus. &#13;
Évelyne : Et ici au village, à la radio communautaire, est-ce que tu y as participé ou tu participes ? &#13;
Dave : Définitivement, c’est de là que commence en fait ma carrière radiophonique que j’ai entamée parce que j’ai commencé comme bénévole.  Je me souviens encore, Roger Dominique est encore là aujourd’hui, le pionnier de la radio. Des animateurs de la radio avaient lancé un appel en onde.  Moi, ça faisait quelques fois que j’allais voir les amis qui animaient là puis j’étais avec eux en studio, mais pas plus que ça. J’étais toujours impressionné, j’étais toujours également admiratif de la technique de la radio. Les consoles, le fait que l’on fasse jouer notre musique, de la bonne musique, le fait…les disques et tout ça, les écouteurs, les micros, ça m’impressionnait depuis longtemps, depuis que j’étais jeune. C’est ce qui m’attirait vers la radio en plus, la musique, je suis un amateur de musique, ça m’attirait vers la radio.  Donc, suite à l’appel fait par Roger, j’ai donné mon nom comme bénévole. J’ai fait du bénévolat à la radio communautaire ici à Mastheuhiash pendant des années, après ça j’ai étudié, après ça, j’ai fait de la radio disons plus professionnelle, dans le sens que ce n’était pas dans la communauté.  &#13;
Évelyne : Mais ici, présentement tu travailles en radio ? &#13;
Dave : Ici, présentement, je travaille au Conseil montagnais, parce que, à un moment donné, parallèlement en radio, c’est certain que j’ai évolué là-dedans, ma vie, par mes intérêts profonds, a pris une certaine tangente et j’ai décidé d’aller étudier en Sciences politiques.  Donc maintenant j’ai un emploi au Conseil des Montagnais dans le domaine de la négociation. Actuellement j’ai un emploi temporaire sur un programme communautaire mais je suis quand même président de la radio communautaire ici, président du conseil d’administration.  C’est ma façon de continuer mon implication, de me garder un pied dans la radio et puis aussi depuis quelques mois, j’ai repris un contrat d’animation dans une radio régionale AM cette fois-là, c’est plus une radio d’information plus parlée, ce que je n’avais jamais fait.  J’ai toujours fait de la radio FM musicale, maintenant je fais un petit peu plus de AM. Je travaille le dimanche à CKRS à Chicoutimi. &#13;
Évelyne : Mais il n’y a pas beaucoup d’autochtones qui se dirigent dans des communications, c’est assez rare, je n’en vois pas beaucoup.&#13;
Dave : Non, définitivement il n’y en a pas beaucoup. Effectivement il y a un manque dans ce domaine.  On n’en entend à peu près pas parler de gens qui se dirigent vers ce domaine-là, faut dire évidemment que les autochtones dont la langue première n’est pas le français, ne sont peut-être pas avantagés d’aller étudier, par exemple, un média oral où il faut bien s’exprimer en français. Ce qui fait qu’en partant ça peut freiner certaines personnes mais il ne faudrait surtout pas que ce soit freiner parce qu’il y a toujours moyen de parvenir à ses fins quand on a des buts.  C’est un beau métier et c’est un métier d’avenir. Aujourd’hui lorsque l’on pense à un métier d’avenir, on pense toujours à quelque chose de relier à l’informatique, mais il y en aussi plein d’autres : on pourrait parler de la foresterie, il y a de l’avenir et dans d’autres domaines il y a de l’avenir ce n’est pas juste dans la technologie de pointe qui offre des métiers d’avenir, mais la communication en a, parce qu’on a tout avantage dans le milieu autochtone à miser davantage et à être plus efficaces au niveau des communications puis au niveau, je dirais encore plus spécifiquement du journalisme. On ne suit pas assez de près les dossiers, on ne raconte pas assez bien les dossiers qui nous concernent. C’est un petit peu l’Omerta, la loi du silence souvent dans les réserves, on ne sait pas ce qui se passe. On a tout avantage… les jeunes devraient plus… la liberté d’expression … on est des Innus, on est libre, on se sent libre quand on est sur une réserve, mais ça c’est une autre liberté, la liberté d’expression, faut la promouvoir, faut encore plus…&#13;
Évelyne : T’es-tu eu, toi, des difficultés quand tu es allé à l’extérieur étudier en tant qu’Innu &#13;
&#13;
Dave : Franchement, je ne peux pas dire que j’ai eu des difficultés.  Moi, je suis une personne qui m’adapte très bien à toutes les situations, un caméléon.  Je n’ai pas vécu de difficultés, j’ai de bons rapports avec tout le monde mais ça fait partie de ma nature aussi, j’aime m’entretenir… l’amour dans le fond autour de moi, j’aime entretenir de bons rapports avec les gens, ça fait que j’évite de me placer dans des situations trop conflictuelles&#13;
Évelyne : Et avec ton nouveau métier je pourrais dire, ton nouveau en tant que… c’est complètement différent, c’est dans la politique ? &#13;
Dave : Oui, bien en fait j’ai travaillé dans… &#13;
Évelyne : C’est dans les communications mais … ? &#13;
Dave : Oui, c’est un petit peu une des raisons qui fait que mon employeur c’est intéressé à mes services je pense là, dans cette situation-là, quand je parle de politique j’ai travaillé au niveau des négociations, j’ai été embauché en partie pour mes capacités en communication mais il y a un champ d’intérêt qui me touche là, la politique, non pas la politique dans le sens de devenir politicien, de devenir un élu, simplement la politique avec un grand P, des enjeux sociaux, des enjeux juridiques.  Évidemment tout m’intéresse, j’ai étudié là-dedans, je n’ai pas terminé par exemple… j’ai pas eu le temps &#13;
Évelyne : Tu peux être polyvalent tu penses, aujourd’hui ? &#13;
Dave : Certainement qu’il faut être polyvalent aujourd’hui idéalement, ce n’est pas… ce n’est pas toujours facile la polyvalence.  A la limite, ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir l’être mais il faut essayer de l’être, je pense que oui. &#13;
Évelyne : Le métier que tu fais présentement, comment ça va dans la communauté ?&#13;
Dave : Je travaille présentement sur une base intérimaire sur un programme d’initiative communautaire.  C’est un programme qui vient d’être mis sur pied par le Conseil des Montagnais pour inciter le milieu à se prendre en main, à certains niveaux évidemment, pas à tous les niveaux, particulièrement au niveau des problèmes sociaux, et de la diffusion culturelle je dirais.  Le Conseil des Montagnais souvent n’est pas en mesure de répondre à des demandes, par exemple, de financement.  Ne faut pas se cacher, c’est de l’argent que les gens souvent demandent pour une idée, pour un projet. Avant que le programme sur lequel je travaille, existe, je n’avais pas… le Conseil était souvent tiraillé, il devait étudier la question spécifiquement, cas par cas, regarder ça.  La plupart du temps la réponse était non, mais maintenant il y a un programme qui est là. Les gens peuvent appliquer à un programme, peuvent monter un projet par exemple de banque alimentaire, peuvent organiser, je ne sais pas… Pour les démunis dans la communauté, si quelqu’un a l’idée de partir une maison pour eux-autres ou si quelqu’un à l’idée de partir… de faire déjeuner les enfants qui ne mangent pas le matin avant de partir pour l’école.  Ou encore, ça c’est le volet social, il y a le volet culturel aussi qui lui, si quelqu’un veut organiser un événement culturel comme là, prochainement, il va y avoir un symposium des Arts et de la Culture. Ça s’en est une initiative qui est financée par le programme sur lequel je travaille, c’est très intéressant. &#13;
Évelyne : Ça va se passer… ? &#13;
Dave : Oui, ça va se passer ici à la fin juillet &#13;
Évelyne : Et ça regroupe combien de monde… ?&#13;
Dave : Le symposium ?&#13;
Dave : Le symposium devrait regrouper pas mal d’artistes et d’artisans. D’ailleurs ils font un effort assez intéressant pour faire participer des Autochtones d’autres nations qui ont des liens étroits.  Ça va être un bel événement qui va se dérouler fin juillet. &#13;
Évelyne : Si tu avais un mot à dire aux jeunes c’est quoi ? Quel message tu laisserais aux jeunes toi ? &#13;
Dave : C’est faire sa place !  Pour faire sa place faut essayer le plus possible de se fixer des buts qu’on pense atteignables… de se faire confiance parce qu’on vient qu’on se connaît. Plus ont vieilli, plus on se connaît, on est capable de savoir ce qu’on… quelles sont nos capacités et quels sont nos buts. Ça, un moment donné, peut-être que des jeunes qui ne voient pas de lumière au bout du tunnel, s’ils ont vécu des enfances pas très faciles ou des adolescences pas très faciles, je pense que s’ils arrivent à passer à travers ça, en tout cas, c’est déjà une bonne étape et après ça, on se connaît et on apprend à savoir ce qu’on veut de nous, qu’est-ce qu’on peut faire. Et à partir de là, c’est là, ne lâchons pas ! Ayons, gardons nos buts. Faisons, prenons les étapes nécessaires pour arriver à nos buts sans lâcher ! &#13;
Évelyne : T’as-tu d’autres choses à ajouter ou dire ? &#13;
Dave : Bien moi c’est vrai, je n’ai pas souvent l’occasion de le dire, merci de me donner cette opportunité-là.  Moi tellement… je le dis de temps en temps mais jamais publiquement, c’est rare, j’hésite pas à le dire mais j’ai tellement vécu une enfance heureuse ici à Mashteuiatsh , j’ai tellement été un enfant heureux que…. Ce sera toujours un endroit… toujours ma place c’est certain. Souvent je suis nostalgique… je suis encore très heureux aujourd’hui je veux dire, mais ce n’est pas pareil… C’est une belle place ici Mashteuiatsh, regardez le lac, le caméraman a pris des images. C’est absolument fantastique les couchers de soleil, les levers de soleil. Bon, au niveau physique c’est merveilleux, mais les gens aussi, les Ilnuatsh des gens simples, c’est des gens qui sont heureux malgré que depuis quelques années-là, une dizaine, une quinzaine d’années c’est plus difficile socialement à cause de différentes choses, entre autres, la loi C-31, le fameux débat qui a entouré cela, mais fondamentalement les Ilnuatsh c’est un peuple qui est plaisant à vivre, on est le fun, on est du monde le fun. J’ai été heureux ici, je le suis encore ! &#13;
Évelyne : Merci ! &#13;
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                <text>&lt;iframe width="100%" height="360" src="https://player.vimeo.com/video/680674096?h=89bf404cca" frameborder="0" allow="autoplay; fullscreen; picture-in-picture" allowfullscreen="allowfullscreen"&gt;&lt;/iframe&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;a href="https://vimeo.com/680674096"&gt;Dave Casavant&lt;/a&gt; from &lt;a href="https://vimeo.com/user153045686"&gt;CRC Uetshit Takuaimatishun&lt;/a&gt; on &lt;a href="https://vimeo.com"&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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                  <text>Une collection de récits de vie racontés par les innus.&lt;br /&gt;&#13;
&lt;p&gt;C’est en août 1987 dans un contexte du tournage près des chutes Manitou que Productions Manitu (Mani-Utenam) inc. voit le jour, une entreprise sans but lucratif (OSBL) qui se forme autour de quatre personnes : Zacharie Bellefleur, Céline Bellefleur, Evelyne St-Onge et Eddy Malenfant. L'objectif de base de l’entreprise est de faire connaître les cultures autochtones, particulièrement la culture innue par le biais de l'audio-visuel et du multimédia.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Production Manitu se considère comme un passeur de connaissances traditionnelles innues. (&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/production-manitu-inc"&gt;Plus d'informations&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/items/browse?collection=18"&gt;Voir la liste des récits de vie en ordre de nom de famille des interviewés&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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      <name>Oral History</name>
      <description>A resource containing historical information obtained in interviews with persons having firsthand knowledge.</description>
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              <text>Evelyne  	Pourquoi es-tu à Maliotenam ?&#13;
Zac. 	Je viens de Uanamen shipu et je suis venu ici à cause du pensionnat. Ma femme vient de Maliotenam.&#13;
&#13;
Evelyne 	Retournes-tu à Uanamen shipu des fois&#13;
Zac 		Des fois, qua, nd j’ai un peu de temps je retourne voir ma mère.&#13;
&#13;
1min 11&#13;
Evelyne	Qu’est-ce que tu fais à Mani Utenam&#13;
Zac		J’amène les enfants dans le bois&#13;
&#13;
Evelyne	S’il n’y a pas d’enfant, qu’est-ce que tu fais?&#13;
Zac		Je vais dans le bois, dans le territoire. Je suis toujours dans le bois&#13;
&#13;
Evelyne	Est-ce que tu chasses pour la fourrure ou la nourriture ?&#13;
Zac		C’est beaucoup plus pour la nourriture, les fourrures se vendent beaucoup moins cher qu’avant.&#13;
		1min 44 C’est pour la nourriture, le caribou, le poisson, le castor. Si j’en tue beaucoup, je téléphonerai au conseil de bande pour qu’il distribue à ceux qui en 		ont besoin. 2min 14 C’est surtout pour les aînés, ça fait déjà plusieurs fois qu’on amène du poisson à la maison des ainés, comme la truite grise. Les vieux 		préfèrent le poisson.&#13;
&#13;
Evelyne	Tu enseignes des techniques en forêt, la survie en forêt, Comment as-tu appris ces techniques ?&#13;
&#13;
2min 39&#13;
Zac	&#13;
Je n’enseigne pas tellement mais je parle aux enfants, je leur donne des exemples et des explications pour qu’ils ne se perdent pas en forêt. Aussi, ils me regardent faire des choses, mais ce n’est pas vraiment l’enseignement structuré. 3min 03. Je leur dis aussi où c’est dangereux et des fois je les amène pour qu’ils voient le danger. Comme la glace, la neige, &#13;
3min 19&#13;
Evelyne	Pourquoi aimes-tu la forêt ?&#13;
Zac	Je suis né en forêt et pour moi, même si je travaille en forêt, c’est comme être en vacances toute l’année et je pense que les enfants que j’amène avec moi le sentent aussi.&#13;
&#13;
3min 37	&#13;
Evelyne	Es-tu le seul qui montre aux enfants ces connaissances ?&#13;
Zac	Je ne suis pas le seul à faire ce travail, Pour moi, ça fait 18 ans que je fais ce travail et avec moi, il y a une femme qui s’appelle Julienne et qui montre le travail qu’il y a à faire à l’intérieur de la tente, la cuisine, la couture, le tricot, etc, tout ce que les jeunes devraient savoir pour être autonome en forêt.&#13;
4min 14&#13;
Evelyne	Et toi, que fais-tu pendant ce temps là ?&#13;
Zac	Nous on se promène beaucoup en forêt, quelquefois près de la tente, on enseigne à fabriquer des raquettes, des traîneaux, toutes ces choses, ces outils nécessaires. Souvent on va à la chasse à la perdrix, au porc épic, on apprend à lire les pistes.&#13;
4min 35&#13;
Evelyne	Est-ce que tu fais autre chose ?  Je t’ai déjà vu faire des canots et montrer à mon fils comment en faire.&#13;
Zac	Oui, moi je l’ai appris d’un ainé, François Pilot. Celui-ci m’a dit que quand je saurai faire un canot, va falloir que je l’enseigne ce savoir à d’autres.&#13;
	Les jeunes à qui j’enseignent doivent d’abord aimer aller en forêt et à faire un canot. Il faut qu’il soit habile de ses mains. Ton garçon, lui aimait ça et c’est pourquoi, je lui ai enseigné. &#13;
5min 21&#13;
Evelyne	Est-ce que les enfants aiment ça vivre en forêt?&#13;
Zac	Oui, ils aiment ça, ils ne s’ennuient pas, ils font beaucoup d’activités. Mais dès qu’il y en a un qui s’ennui et qu’il veut descendre, alors on dirait qu’il donne le goût aux autres de s’ennuyer. Étant donné que l’on écoute beaucoup la radio dans le bois, quand il y a des tournois de hockey par exemple, c’est là qu’ils veulent descendre. C’est dans ces moments que les jeunes s’ennuient le plus.&#13;
6min 13&#13;
Evelyne	Est-ce que vous accédez toujours à leur désir?&#13;
Zac	Non, On essaie toujours d’être ensemble et de garder le groupe intact, on est monté ensemble et on devrait redescendre ensemble. C’est comme ça qu’on faisait autrefois.&#13;
&#13;
6min 37&#13;
Evelyne	Toi, tu l’as appris avec tes parents, mais aujourd’hui avec l’école et tout, ce n’est pas facile. Les parents n’ont pas appris à cause du pensionnat.&#13;
Zac	C’est ce qu’on fait avec les jeunes, on leur montre l’innu aitun, les connaissances traditionnelles innues. Autrefois, les enfants montaient avec leurs parents et apprenaient automatiquement ces connaissances, &#13;
                          C’était leur quotidien. On doit leur faire vivre ces choses, c’est comme ça qu’ils vont retenir les informations. Il faut aussi vérifier si tout le monde a saisi la situation. Chaque journée amène son lot de situations différentes et il faut vivent ces situations pour acquérir l’expérience nécessaire à assurer sa survie. La langue innue est nécessaire pour apprendre cette transmission.  Nous devons donc leur enseigner en langue innue.&#13;
	On répétera souvent, jusqu’à temps qu’on voit que les enfants ont retenu la leçon.&#13;
7min 54&#13;
Evelyne	Est-ce que tu vois aujourd’hui des jeunes qui suite à leur séjour en forêt ont le goût d’y retourner ?&#13;
8min 02&#13;
Zac	Oui, il y en a beaucoup, ceux qui revienne, ce sont des jeunes qui aiment beaucoup la forêt. Il y en a d’autres qui avaient abandonnés l’école pour venir avec nous et parfois il y en a qui retournent à l’école. Ça peut donner le goût de terminer quelques choses. Pour plusieurs autres, ce qui les retient, c’est qu’ils ont entendu des histoires négatives en forêt comme la famine ou encore un accident et ça les empêche de retourner en forêt.&#13;
	C’est dur la vie en forêt, c’est sûr, mais quand tu arrives le soir fatigué de ta journée, une bonne fatigue qui t’apporte de la fierté. Tu as appris beaucoup de chose propre à ta culture et c’est valorisant.&#13;
9min 35&#13;
Evelyne	Est-ce que tu aimes ça vraiment vivre en forêt malgré tout ça ? Qu’est-ce que tu trouves de bon là-dedans?&#13;
Zac	J’aime beaucoup être en forêt. Quand on reste ici au village, on écoute la télévision et c’est souvent des mauvaises nouvelles. Quand tu es en forêt, tu penses d’bord à t’occuper de toi à être bien. On vit au présent. Je m’occupe d’être confortable dans ma tente avec tout ce que j’ai besoin.&#13;
&#13;
10min. 29&#13;
Evelyne	Pourquoi moi quand je vais en forêt j’ai toujours peur, je regarde partout et j’ai peur. &#13;
&#13;
10min.40&#13;
Zac	Peut-être que quand tu étais jeune, pour t’empêcher d’aller trop loin, on te faisait peur. En fait on voulait te protéger.&#13;
	Nous autres aussi, on nous faisait peur, par exemple au printemps quand les rivières sont grosses, on nous défendait d’aller trop loin.&#13;
	En fait on avait peur que tu ne laisse pas de trace et qu’on risquait de ne pas te trouver ou peut-être qu’on était tannant un peu et on nous faisait peur pour qu’on arrête.&#13;
&#13;
11min 40	&#13;
Evelyne	Dans le bois dans le fond, n’y a rien pour nous faire peur.&#13;
Zac	Peut-être les animaux, mais les animaux ont peur de l’être humain. &#13;
&#13;
11min 49&#13;
Evelyne	Est-ce que les enfants ont peur eux-autres dans le bois ?&#13;
Zac	Il y a des choses dangereuses dans le bois et on leur dit. Mais ils n’ont pas peur car ils ne le vivent pas.  Mais quand ils vont vivent quelque chose comme les petites tornades, l’eau comme c’est dangereux, le vent…Tout ça c’est dangereux. On leur en parle. Quand ils se sont mouillés un peu, là ils s’en souviennent, c’est l’expérience qui entre. Il faut qu’ils le vivent pour comprendre vraiment.&#13;
12min 25  &#13;
Evelyne	Katshimetaushu, Carcajou, ce n’est pas dangereux ?&#13;
Zac	Je n’ai jamais senti cette peur là et je n’ai jamais rencontré personne qui m’ai fait peur. Cependant, il y a une fois où quelqu’un à lancer une roche, mais qui, il n’y avait personne d’autre que moi, c’était comme une présence, j’ai eu peur.&#13;
	Katshimetaushu, on en parle souvent, mais moi-même je n’ai jamais senti sa présence mais tout le monde en parle.&#13;
&#13;
13min 28&#13;
Evelyne	Est-ce que les enfants eux aussi sentent des choses en forêt, des présences ?&#13;
Zac	C’est sûr que les enfants sentent ces choses, Des fois, quand il fait froid et que la glace et les arbres craquent. Les enfants se demandent c’est quoi et ils ont peur. Ils sont cependant curieux et à l’affût d’entendre ces choses-là.&#13;
&#13;
14min 01&#13;
Evelyne	Est-ce qu’un enfant t’a déjà parler de Katshimetaushu ?&#13;
Zac	Non ce n’est jamais arriver.&#13;
&#13;
14min 19&#13;
Evelyne	Si en forêt quelqu’un se blesse, est-ce que vous utilisez la médecine traditionnelle ? Est-ce que tes parents l’utilisaient ?&#13;
&#13;
14min 38&#13;
Zac	Aujourd’hui, en forêt, s’il arrive un accident, on utilisera la radio CB et selon la gravité de la blessure, on fera venir l’avion. En même temps, les ainés nous donnent des conseils sur ce que tu dois faire. &#13;
	Il y a aussi la boîte de premier soin, mais on ne voudrait jamais avoir besoin de l’utiliser.&#13;
&#13;
15min. 21&#13;
Evelyne	Comment tu te sens en forêt ? Comment tu vis ça ?&#13;
Zac	Quand on est au village, je me sens paresseux. Tout est là, prêt. Dans le bois, tu ne peux pas être paresseux, il y a toujours quelque chose à faire. Tu dois planifier même pour manger. Au village on te dira simplement viens manger… Dans le bois, c’est moi qui dois s’occuper de mon bien être.&#13;
	Il y a toujours quelque chose à faire. Quand tu tends des pièges, tu faire la tournée de ces pièges souvent. Il y a le bois de chauffage, l’eau à aller chercher. Alors là, je ne suis pas paresseux.&#13;
	Ça me prend du temps des fois ici au village pour me décider à faire quelque chose.&#13;
	Ici au village, même les distances de 1 mille 2 milles me semble loin. En forêt, tu n’as pas cette notion-là. Tout en faisant ce que tu as à faire, tu ne t’en aperçois même pas et tu as franchis ces distances-là. Ça ne paraît pas loin. Ce que j’aime bien forêt c’est qu’on a le temps de penser à soi aux autres, le temps de s’organiser.&#13;
&#13;
17min 17&#13;
Evelyne	Quand tu étais jeune, est-ce que vous étiez toujours dans le bois avec ta famille ?&#13;
Zac	Oui, on était toujours en forêt jusqu’à un moment donné un prête est venu voir mon père pour lui dire qu’un de ses fils devait partir pour le pensionnat pour apprendre le français et servir d’interprète plus tard. Je suis allé au pensionnat de Mani utenam.&#13;
	Quand j’ai fini l’école, mon père ne pouvait plus se fier sur moi car je ne connaissais pas assez le bois et c’était à peu près la même chose du côté des blancs. J’étais comme un ignorant, un. Mélangé. Je n’étais pas bon à grand-chose.&#13;
18min 17&#13;
Evelyne	Qu’est que tu as fait à la Uanamen shipu comme travail après le pensionnat?&#13;
Zac	J’ai travaillé à la Baie d’hudson comme commis, J’ai vécu 7 ans à Uanamen shipu. Je me suis marié et quatre ans plus tard on est déménagé à Mani utenam.&#13;
	On trouvait que l’hôpital était trop loin quand les enfants étaient malades. C’était une question de sécurité surtout pour les enfants. &#13;
&#13;
19min 04&#13;
Evelyne	Tu as été chef à Uanamen shipu, je pense ?&#13;
Zac	Je me sentais bien quand j’étais chef, car j’avais des sages qui me conseillait, ils me disaient quoi dire, quoi faire et moi étant donné que je parlais français, je pouvais faire des demandes en leur nom.	Ça été une expérience très positive et j’ai appris beaucoup avec ces sages.&#13;
	C’est qu’il fallait que je trouve les mots pour traduire leurs demandes. C’était l’époque de la construction du village et il y avait beaucoup à faire. Fallait que les demandes soient acceptées au ministère des affaires indiennes. Le français m’a aidé beaucoup pour cette tâche. &#13;
20min 07&#13;
Evelyne 	Tu as été chef pendant combien de temps ?&#13;
Zac	Pas loin de 2 ans&#13;
	On a fait beaucoup de choses pendant ce 2 ans, une coopérative de pêche. Ça été très difficile de comprendre tous les termes, qu’est-ce que c’est une coopérative et ses règles les assurances et tout expliquer en langue innue à mes conseillers. Ces mots-là n’existaient pas en innu. Tout comme l’argent et son système. Il fallait apprendre. Après 2 ans, ma femme était retournée à Uashat pour enseigner et je suis allé la rejoindre.&#13;
&#13;
21min 24&#13;
Evelyne	Quel travail as-tu fait ici à Maliotenam ?&#13;
Zac	J’ai fait beaucoup de choses, J’ai été chauffeur d’autobus, j’ai appris la plomberie, j’ai suivi un cours de plomberie.&#13;
&#13;
22min 15&#13;
Evelyne	Quand tu t’est envenu ici à Maliotenam, est-ce que tu allais dans le bois avec des ainés ?&#13;
Zac	Oui, je suis monté avec de bons amis comme Pierre Michel, Kunikuen, Mark Sandy, Ceux-ci oont continué à m’enseigner. Ils m’ont appris beaucoup. Je n’avais pas le choix d’apprendre ou de réapprendre ce que j’avais perdu au pensionnat.&#13;
&#13;
22min 59&#13;
Evelyne	Plus tard quand tu as monté au millage 110, est que tu avais l’autorisation de quelqu’un pour t’installer sur son territoire ?&#13;
Zac	Non, c’était l’endroit où j’enseignais à Nutshimiu atteuseun avec les jeunes. Je connaissais très bien ce territoire.&#13;
	On partait d’ici pour s’en aller au lac Siamois où était située l’école en forêt. Également, le train arrêtait à cet endroit. Le 110 était donc un relai entre Maliotenam et le lac Siamois.&#13;
&#13;
23min 32&#13;
Evelyne	Est-ce que tu penses qu’aujourd’hui, il va encore avoir des chasseurs traditionnels?&#13;
Zac	Il faut qu’il en ait, sinon ça n’ira pas bien et on s’en irait alors vers l’extinction.&#13;
&#13;
23min 48&#13;
	Il faut que les jeunes apprennent comment ça se passait autrefois. S’ils vont à la chasse pour vendre leurs produits, il y a un gros problème. Autrefois on vivait en communauté et on partageait tout. Il faut que l’esprit du chasseur traditionnel innu persiste sinon on va vendre les produits et les jeunes ne se souviendront plus ce qu’était innu aitun.&#13;
	Ça va être seulement ceux qui ont de l’argent qui vont pouvoir manger la nourriture innue, ceux qui n’ont pas d’argent ne pourront pas en avoir pour manger.&#13;
&#13;
24min 08&#13;
Evelyne	C’est comme ça que tu enseignes aux enfants ? Tu leur parle de partage ?&#13;
Zac	On essaie de leur faire vivre ce partage et leur montrer comment départager la nourriture entre eux.&#13;
&#13;
24min 32&#13;
Evelyne	C’est difficile le partage. Qu’est-ce qu’on doit regarder quand on fait le partage ?&#13;
Zac	Si tu regardes juste ta famille, ça sera assez simple de partager, mais si tu vas plus large et que tu penses à&#13;
 	Ceux qui en ont vraiment besoin, et que personne est là pour les aider, alors là ça se complique. Il faut voir plus large car nous vivons en communauté.&#13;
&#13;
Evelyne	Qu’est-ce que tu penses des personnes qui manifestent pour le territoire et contre ces réalisations minières gigantesques dans le territoire ?&#13;
25min 11&#13;
Zac	La plupart des personnes qui manifestent pour le territoire ne vivent pas dans le territoire, ils se servent d’écrits, de cartes, d’avis juridiques. Je pense que pour défendre la terre, le territoire, il faut y vivre. Si tu laisses le territoire à l’abandon, tu auras beaucoup de misère à le défendre. C’est quand même rare depuis que je vis ici à Maliotenam que je rencontre quelqu’un qui vit dans le bois ou encore qui s’organise pour le faire. Aujourd’hui, on parle plus du territoire comme d’une propriété et non comme un endroit pour y vivre. J’en rencontre qui y vont une semaine ou deux, mais c’est rare quelqu’un qui va passer l’hiver et faire sa tournée de pièges à chaque jour.	Quand tu prends le train, tu remarqueras que les camps sont pratiquement tous sur le bord de la voie ferrée, un peu comme des touristes. Les innus ne vont plus à l’intérieur du territoire. Ils n’habitent pas là, ils ne font que passer.&#13;
26min 32&#13;
Evelyne	Tu trouves qu’il n’y a pas assez de gens qui vont dans le bois ?&#13;
Zac	Si on veut vraiment vivre en forêt, cela implique qu’on nettoie les portages pour commencer. Il y a des arbres qui peuvent tomber. On doit le faire régulièrement. Maintenant quand je vais en forêt, je vois beaucoup plus de blancs que d’innus. &#13;
	Ceux-ci se construisent autour de beaux lacs, là où il y a beaucoup de poissons. Ils se construisent de beaux chalets et y vont en avion.&#13;
28min 28&#13;
Evelyne	Est-ce que tu penses que notre façon de vivre en forêt « innu aitun » va continuer de vivre encore longtemps ?&#13;
Zac	On doit continuer, bien sûr ça ne sera pas comme autrefois. Aujourd’hui, il y a des motoneiges et la raquette est devenue un accessoire mais demeure encore nécessaire. On ne rame plus, on utilise des embarcations à moteur. On va vivre l’innu aitun mais d’une autre façon, plus moderne. On ne pourra jamais vivre comme autrefois.&#13;
&#13;
28min 22&#13;
Evelyne	Comment vois-tu l’avenir ?&#13;
Zac	Ce que j’aimerais bien, c’est qu’il y ait du monde un peu partout dans le territoire et qu’on se parlent, qu’on se visitent. Que ces gens habitent le territoire et y vivent.&#13;
	Malheureusement, je pense que c’est terminé aujourd’hui, on ne peut pas revenir en arrière.&#13;
	Autrefois, il n’y avait pas personne pour te dire que tu marchais sur son territoire. Il n’y avait pas de frontière et le territoire était à tout le monde. Aujourd’hui, on se fait dire que l’on est dans le territoire de l’autre. Ce n’est pas très drôle. Cette situation vient du fait que quand on a créé les lots de trappe, beaucoup d’innus ont pensés que ces lots leur appartenaient comme une propriété et non comme un gestionnaire du lot. On a arrêté de voir le territoire comme celui des familles et des ancêtres. Tu peux peut-être le dire à un blanc que c’est ton territoire, mais pas à un autre innu. Si on continue de cette façon, on ne pourra plus occuper le territoire comme on l’occupait auparavant.&#13;
30min.24&#13;
Evelyne	Qu’est-ce que tu vas faire cet été ?&#13;
Zac	J’aimerais aller à Sheshashit en canot, c’est un bon voyage. Je ne sais pas encore avec qui je vais y aller. C’est vraiment un voyage que j’aimerais faire. J’aimerais partir de la rivière Moisie, il y a beaucoup de portages et certains n’ont pas été nettoyés. Il y a sûrement encore des gens qui s’en souviennent un peu&#13;
&#13;
Evelyne	Avec qui aimerais-tu y aller ? Penses-tu qu’il y a des gens qui t’accompagneraient ?&#13;
		Est-ce que tu lances l’invitation pour savoir qui serait intéressé ?&#13;
Zac		Oui, j’aimerais ça, je vous donne jusqu’à Noël pour vous décider et pour savoir combien on serait.&#13;
		Il faut préparer le voyage, penser aux tentes aux canots…&#13;
&#13;
32min 18&#13;
Evelyne	Ça va prendre combien de temps tu penses ?&#13;
Zac	Avant on parlait de 1 mois, mais les gens étaient plus en forme que nous et connaissait très bien cette façon de vivre. En plus les portages étaient entretenus. Aujourd’hui, les repères vont être durs à trouver car il y a eu de la repousse partout, il y a eu des feux de forêt. Aujourd’hui, on peut parler de deux mois pour faire une pareille distance, si on ne se mélangent pas trop. On n’a pas la même capacité qu’autrefois.&#13;
	L’invitation est lancée, il y a une première condition, il faut que tu aimes aller en forêt.&#13;
&#13;
&#13;
&#13;
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                  <text>Une collection de récits de vie racontés par les innus.&lt;br /&gt;&#13;
&lt;p&gt;C’est en août 1987 dans un contexte du tournage près des chutes Manitou que Productions Manitu (Mani-Utenam) inc. voit le jour, une entreprise sans but lucratif (OSBL) qui se forme autour de quatre personnes : Zacharie Bellefleur, Céline Bellefleur, Evelyne St-Onge et Eddy Malenfant. L'objectif de base de l’entreprise est de faire connaître les cultures autochtones, particulièrement la culture innue par le biais de l'audio-visuel et du multimédia.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Production Manitu se considère comme un passeur de connaissances traditionnelles innues. (&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/production-manitu-inc"&gt;Plus d'informations&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/items/browse?collection=18"&gt;Voir la liste des récits de vie en ordre de nom de famille des interviewés&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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      <name>Oral History</name>
      <description>A resource containing historical information obtained in interviews with persons having firsthand knowledge.</description>
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              <text>Yvonne Vollant-André: Je m’appelle Mme Vollant, Mme Bernard Vollant. Le nom de famille de mon père est André. C’est mon nom (de famille) de jeune fille. Je vais raconter là où nous avons grandi, sur le territoire de chasse de mon père, d’où nous descendions, dans la région de Uashau-pakuanipanan (lac Vézina). Je suis née à Mushuat (la toundra), plus loin du territoire de mon père. C’est alors que nous descendions du territoire de chasse de mon père.&#13;
Luc André : Je vais traduire.  Il (sic) elle dit : « mon nom c’est Yvonne, je suis la femme de Bernard Vollant. Mon père il s’appelle Mathieu André. Je vais parler », elle dit, « notre territoire c’était plus Uashau-pakuanipanan » qui appelle, c’est le lac Vézina dans le Labrador. Mais elle est née proche de la Rivière Georges. (S’adressant à Mme Vollant) Continue.&#13;
Yvonne Vollant-André: Alors nous descendions et je vais vous raconter de ce que je me souviens seulement. En descendant, Là où nous avons connu le gel à l’automne, c’est là que se trouvaient les canots, les canots de mon père. Ils étaient installés comme dans un échafaud. Au printemps, on allait les chercher et on les traînaient en descendant.&#13;
Luc André : Elle dit que… elle va parler plus de ce qu’elle se rappelle quand elle était plus jeune. Puis elle dit, le lac, où c’était gelé, c’est là qu’ils laissent leurs bateaux, leurs canots, puis ils faisaient comme pour soulever, ils accrochaient en haut des arbres pour le canot. C’est à partir de là au printemps que son père ou les autres allaient chercher les canots pour préparer à descendre.&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est alors que nous descendions en toboggan…&#13;
Luc André : « Là », elle dit, « on commençait à descendre parce que les lacs étaient encore pris, pis on transportait les canots.&#13;
Yvonne Vollant-André: Pour descendre, nous allons nous rendre à Minaikut.&#13;
Luc André : Pis elle dit « nous autres, on va aller à Minaiku, un des lacs proches de Schefferville.&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est là que nous allons nous réfugier. Dis-lui qu’un dénommé Bastien Mckenzie, il avait là un magasin, mais il n’y avait pas beaucoup de nourriture. Il vendait de la farine, il en laissera un peu de côté pour les chasseurs qui descendront. C’est à cet endroit pour la première fois que l’on mange le pain.&#13;
Luc André : Elle dit : « il y avait un nommé M. Bastien Mckenzie qui avait comme une sorte de magasin proche de Minaiku, pis c’est là qui euh… il gardait pour tout le monde, tous les chasseurs proches qui passaient par là, une partie de la farine. C’est la première fois de l’hiver qui vont manger de la farine, du pain.&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est l’endroit où l’on attendait les Innus.&#13;
Luc André : C’est là que l’on attendait les autres familles pour se rassembler.&#13;
Yvonne Vollant-André: Attendre que le lac soit dégelé.&#13;
Luc André : « C’est là qu’on attendait », elle dit, « pour que le lac dégèle ».&#13;
Yvonne Vollant-André: On chassera que… encore pour la survie, du poisson.&#13;
Luc André : La seule manière de se nourrir, c’était le poisson, en attendant les autres familles.&#13;
Yvonne Vollant-André: Aujourd’hui il y a tellement de choses (équipements ou nourriture?); dans mon enfance, il n’y avait rien de cela.&#13;
Luc André : Elle dit, dans le temps qui allaient à la chasse eux autres, aujourd’hui elle dit, on voit qu’il y a beaucoup de gibiers, beaucoup de poissons, mais dans le temps c’était très rare.&#13;
Yvonne Vollant-André: Vois au printemps, le poisson n’est pas bon.&#13;
Luc André : Elle dit au printemps le poisson n’y est pas gras.&#13;
Yvonne Vollant-André: Il est maigre.&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est là qu’on attendait. Voilà l’arrivée du gibier (le canard). C’est alors qu’on se rend à Uepashkueshkau (rivière McPhaden).&#13;
Luc André : Elle dit : « Quand le canard arrive, là on déménage pour Uepashkueshkau, proche du Millage 328 à peu près, ou (au Millage) 310.&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est là que les Innus se rendent. Ils arrivent les uns après les autres.&#13;
Luc André : C’est là que le monde se rassemble. Chaque jour, il y a du monde qui arrive pour se regrouper là, dans ce lac-là (sic, rivière).&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est là que l’on mange de la bonne nourriture, le poisson. On tue le gibier, tout le monde est à la chasse.&#13;
Luc André : « C’est la première fois qu’on commence à avoir de la nourriture », elle dit. « Tout le monde chasse, le canard pis l’outarde arrivent là. »&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est là qu’on s’installe, car c’est le dégel des lacs. Environ deux semaines qu’on s’y installe. On se fait des provisions aussi pour descendre la nourriture.&#13;
Luc André : Elle dit « on restait là pendant deux semaines. Chaque famille ramassait de la nourriture pour, qui auront besoin pour la descente vers le littoral. »&#13;
Yvonne Vollant-André: On descend selon notre rythme. Il n’y a jamais de halte. Le voyage continue toujours en canot.&#13;
Luc André : Une fois qu’on a commencé, on n’arrête jamais. Ça va être continuel.&#13;
Yvonne Vollant-André: Et nous manquions déjà de la nourriture à la descente (à la côte).&#13;
Luc André : Y en reste pu déjà la nourriture quand on est proche du littoral.&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est alors qu’on descend et…&#13;
Pierre Lepage : Y a de la neige encore, les lacs sont encore gelés en haut (.)?&#13;
Luc André : Y attendent que les lacs soient dégelés pour descendre. Mais quand ils commencent dans leur territoire, les lacs sont gelés encore. Là ils traînent leurs canots.&#13;
Yvonne Vollant-André: On attendait vraiment que ça dégèle.&#13;
Luc André : …jusqu’à Minaiku parce que c’est une grande rivière (sic lac), c’est le premier qui dégèle.&#13;
Yvonne Vollant-André: Il y en a aussi en descendant des grands lacs.&#13;
Luc André : Elle dit aussi qu’il y a beaucoup de grands lacs que l’on rencontre.&#13;
Quand tu disais (s’adressant à sa mère) que les innus se rencontrent, est-ce qu’ils étaient contents de se retrouver ?&#13;
Yvonne Vollant-André: Bien sûr qu’ils sont contents. Il y a un grand festin quand le canard arrive. On mange ensemble, à la descente de l’endroit appelé Uepashkueshkau.&#13;
Luc André : Elle dit « quand on se réunissait, là sont arrivés les outardes, on faisait un makusham (festin traditionnel). Tout le monde mangeait ensemble.&#13;
Yvonne Vollant-André: On mangeait dehors. Tout le monde se mettait à cuisiner comme ce que l’on fait ici. »&#13;
Luc André : Elle dit « c’est comme aujourd’hui ». Tout le monde fait la cuisine. À chaque famille fait la cuisine qui va amener pour le makusham.&#13;
Yvonne Vollant-André: Aussi quand une famille avait plusieurs enfants, trop de personnes dans un canot, on s’entraide.&#13;
Luc André : Pis elle dit : « Si ceux qui ont beaucoup d’enfant là, la famille qui a beaucoup d’enfants, quelquefois on prend l’enfant pis on le met dans le canot, dans son propre canot. On s’entraidait avec ça », elle dit.&#13;
Yvonne Vollant-André: Aussi, prendre l’enfant de l’autre sur son dos.&#13;
Luc André : Pis en même temps dans un portage, on transportait même l’enfant des autres pour l’aider à marcher plus vite ou à descendre plus vite.&#13;
Yvonne Vollant-André: (à voix basse) On avait tellement de la misère. Nous sommes toujours à la descente. Au premier endroit, c’est vrai, il y avait un autre genre de magasin. Là il y avait un Blanc, il avait un petit magasin. Il y avait aussi feu Napetshiss (Cômiss Sr Pinette). Lui également avait un petit magasin.&#13;
Luc André : Elle dit qu’il y avait deux autres magasins, il y avait un Blanc et un Indien Cômiss Pinette, un Indien de Sept-Iles.&#13;
Yvonne Vollant-André: Où il y a une grande maison, comment ça s’appelle ? Ashuanipu.&#13;
Luc André : Ashuanipu, elle dit qu’il y avait un magasin là.&#13;
Yvonne Vollant-André: On mangeait encore un peu de pain à cet endroit. (rires)&#13;
Luc André : Une seconde fois qu’on mange du pain.&#13;
Yvonne Vollant-André: Il va falloir écourter, on ne pourra pas parler de tout.&#13;
Luc André : Ça ne dérange pas.&#13;
Yvonne Vollant-André: Ah ! ok&#13;
Pierre Lepage : C’est sûr c’est ça que je veux savoir.&#13;
Luc André : C’est ça qu’on veut (s’adressant à sa mère).&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est à cet endroit que l’on s’installe, peut-être deux jours. Il y a des visiteurs, il y a aussi des innus.&#13;
Luc André : À Ashuanipi, elle dit, on rencontre d’autres familles. Ils reviennent, ils se rassemblent encore. On attend deux jours, on reste là deux jours pour les retrouvailles.&#13;
Yvonne Vollant-André: De là, on continue à descendre.&#13;
Luc André : Là on continue à descendre.&#13;
Yvonne Vollant-André: Le pourquoi qu’il y a beaucoup de monde à la descente, la mer est très profonde, il y a beaucoup d’eau.&#13;
Luc André : Elle dit : « Pourquoi on se rassemble parce que l’eau y monte beaucoup.&#13;
Yvonne Vollant-André: On fait attention l’un l’autre.&#13;
Luc André : On se protège, entre eux autres à cause de la rapidité des rivières.&#13;
Yvonne Vollant-André: On continue la descente pour arriver à un endroit appelé, comment je l’avais appelé, à.. où on (pêche) euh…&#13;
Luc André : Bernache&#13;
Yvonne Vollant-André: Non, où on harponne quelquefois…&#13;
Luc André : Comment ça s’appelle au (Millage) 36, au (Millage) 28 ?&#13;
Voix : Au (Millage) 40?&#13;
Luc André : Pakameshan a ?&#13;
Yvonne Vollant-André: Pakameshan, Pakameshan, oui. C’est là que… Dis-lui qu’à cet endroit, c’était très dangereux à cause d’une grosse chute et il nous fallait débarquer tout près d’un portage.&#13;
Luc André : Elle dit qu’il y a une grosse chute au Millage 36, l’eau était rapide pis, il y a une grosse chute, pis juste avant qu’on débarque, donc c’était dangereux pour qu’on puisse, être entraîné dans la chute.&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est à cet endroit que Mishta-Anikashanit (Alexandre Mckenzie) le père à Mitushapeu (Paul-Arthur Mckenzie), qui a failli tomber dans cette chute.&#13;
Luc André : Un vieux a failli tomber dans la chute qui est le père de Paul-Arthur Mckenzie, Alexandre Mckenzie qui s’appelait.&#13;
Yvonne Vollant-André: Ça criait&#13;
Luc André : Elle dit : « on entendait beaucoup de bruit ». Tout le monde criait.&#13;
Yvonne Vollant-André: On a campé à cet endroit, à l’arrivée de ce lieu.&#13;
Luc André : Elle dit : « Au bas de la chute, on campait. Luc explique ici : Pakameshan, c’est là que le saumon, euh … (.) une grosse chute là, mais… Ok (voulant dire de continuer)&#13;
Yvonne Vollant-André: Alors on descend à la côte…&#13;
Luc André : Il n’y avait pas de saumon ?&#13;
Yvonne Vollant-André: On ne le pêchait pas, car (le saumon) ne montait pas encore, il était encore ici…&#13;
Luc André : Elle dit : « Quand ils arrivaient à la chute, il n’y avait pas de saumon encore, il était au bord, encore à l’embouchure.&#13;
Yvonne Vollant-André: On n’avait plus rien à manger.&#13;
Luc André : « Là », elle dit : « on n’avait rien à manger, personne n’avait de la nourriture. »&#13;
Yvonne Vollant-André: Pour les gens de Uinipekut (gens de la côte), les gens qui restaient à la côte, les gens qui ne montaient pas dans le bois, ils montaient dans le bois (surprise), mais n’avaient rien du tout. Même qu’ils cherchaient de la nourriture, ils ne pouvaient même pas donner de la nourriture à leurs jeunes enfants.&#13;
Luc André : Elle dit, les Indiens qui chassaient proche, quand eux autres arrivaient, n’y avaient rien à manger eux autres aussi. « Ils ne pouvaient même pas donner quelque chose aux enfants », elle dit.&#13;
Yvonne Vollant-André: Même quand il n’y avait rien à manger, on continuait le voyage.&#13;
Luc André : Elle dit : « Quand il n’y a pas de nourriture, on continuait à descendre ».&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est là qu’on arrive à, ça s’appelle Takuatuepanu, n’est-ce pas ? Oui, où il y a des chalets. En innu, ça s’appelle Takuatuepannit.&#13;
Luc André : Elle dit, ils arrivent au (Millage 28), il y a des campements là, Club Adam’s, pas Club Adam’s, mais c’est au (Millage 28), ça appartenait pareil à (…).&#13;
Voix : Club privé.&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est là au moins qu’on pouvait donner à manger aux enfants.&#13;
Luc André : « Là au moins », elle dit, « ils donnaient à manger aux enfants ».&#13;
Yvonne Vollant-André: Parce qu’ils attendaient ceux qui allaient monter, qui allaient pêcher.&#13;
Luc André : « Déjà ils préparaient leur campement », elle dit « pour la pêche au saumon ».&#13;
Yvonne Vollant-André: (Sic) À l’endroit appelé Kakatshat, l’autre bord (de la rivière),&#13;
Luc André : C’est au (Millage) 57 ça.&#13;
Yvonne Vollant-André: Oui, c’est de là que nous arriverons à la rivière, je pense que ça s’appelait Kakatshat le portage, nous débarquions à ras à la descente, c’est là que … On campait au mi-portage. C’était un long (portage).&#13;
Luc André : Le portage s’appelait Kakatshat, pis c’était très long, très long, pis c’était au bord de la rivière là, pis il fallait camper au milieu. Ça prenait donc…&#13;
(S’adressant à sa mère) : Combien ? Deux jours ?&#13;
Yvonne Vollant-André: On campait au milieu.&#13;
Luc André : Ça prenait deux jours ?&#13;
Yvonne Vollant-André: De quoi ?&#13;
Luc André : Pour portager.&#13;
Yvonne Vollant-André: Quand on montait, ça prenait deux jours. (Mais quand tu descends) ça va plus vite, car tu n’as pas de bagages. Pas de bagage à la descente. Seulement tes couvertures.&#13;
Luc André : Pis elle dit : « Il fallait dormir entre les deux. C’était plus rapide quand tu descendais parce que tu n’avais pas de bagage et tout. C’étaient juste tes draps pis ta tente que tu amenais.&#13;
Yvonne Vollant-André: Comme la perdrix, pour voir la perdrix, non. Tu ne voyais jamais de perdrix.&#13;
Luc André : Elle dit : « On ne voyait jamais de perdrix en descendant ».&#13;
Yvonne Vollant-André: Nous arrivons à, comment ça s’appelle ?&#13;
Luc André : Club Adam’s.&#13;
Yvonne Vollant-André: Oui c’est là qu’on arrive.&#13;
Luc André : Elle dit : « C’est là le dernier, avant d’arriver ici au Club Adam’s. Ce n’est pas loin, c’est juste en face ici.&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est là qu’on s’installait. C’est là qu’on donnait des biscuits durs. (rires)&#13;
Luc André : Elle dit quand ils arrivaient là, le Club leur donnait un biscuit chaque.&#13;
Yvonne Vollant-André: Et boire du thé, car c’est la première fois qu’ils boivent du thé.&#13;
Luc André : Pis on buvait pour la première fois, le thé.&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est là qu’on attendait. C’est là qu’on demandait un pick-up.&#13;
Luc André : « Pis là », elle dit, « on commandait un camion, un vrai là, des gros camions là pour….&#13;
Yvonne Vollant-André: Là-bas Nakatshun-meshkanat, le chemin de Nakatshun.&#13;
Luc André : Il y a un autre chemin là, pas loin, qui avait accès jusqu’à Sept-Iles ou à Moisie.&#13;
Pierre Lepage : 1935 qu’elle est née ?&#13;
Luc André : En quelle année tu es née ?&#13;
Yvonne Vollant-André: Je suis née en ’35.&#13;
Pierre Lepage : Pis elle c’est dans les ‘40 qu’elle parle là. Elle avait quel âge à peu près ?&#13;
Luc André : Tu avais quel âge de ce que tu nous racontes ?&#13;
Yvonne Vollant-André: J’étais assez grande. Je devais avoir 15 ans.&#13;
Luc André : 15 ans à peu près.&#13;
Pierre Lepage : Ok&#13;
Yvonne Vollant-André: Vois Napess (Benoît André, son jeune frère) ne pouvait pas très bien marcher encore. On le portait sur le dos. Je devais être plus jeune, car Napess on le portait sur le dos.&#13;
Luc André : Elle (Yvonne) était jeune que 15 ans.&#13;
Yvonne Vollant-André: Oui, je ne me souviens pas quel âge j’avais. C’était dans le temps qu’on arrivait à la côte. C’est là qu’on demande un char, un gros. Il n’y avait pas de petits chars.&#13;
Luc André : Elle dit il n’y avait pas petites voitures, c’étaient juste les camions. On commande qu’on vienne nous chercher.&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est là qu’on traverse vers l’escalier. Vous devez le voir celui qui a beaucoup de marches.&#13;
Luc André : Elle dit : « On a juste à traverser pis l’autre bord il y avait les camions.&#13;
Yvonne Vollant-André: On montait l’escalier.&#13;
Luc André : « On montait ».&#13;
Yvonne Vollant-André: On s’installait là, c’était grand comme ici. C’était déboisé, à l’arrivée sur la rivière, ici à Nakatshun. On fait le feu pour l’attende de l’arrivée du camion.&#13;
Luc André : Elle dit que c’est en face, c’était ouvert. C’était déblayé, il y avait des arbres. Ils attendaient que le camion arrive.&#13;
Yvonne Vollant-André: On allait puiser l’eau. Tout le monde se lavera dans les bois. (rires) On va se laver le visage se mettre beau en attendant le camion.&#13;
Luc André : Elle dit pendant qu’ils attendaient le camion, tout le monde allait chercher l’eau pour prendre son bain. Ils se changeaient avant que le camion arrive.&#13;
Yvonne Vollant-André: (Le camion) arrive. Il va faire des aller-retours. Tout le monde embarquait, le plus qu’on pouvait. Ce sera toujours le même camion pour descendre.&#13;
Luc André : Il va euh…&#13;
Yvonne Vollant-André: Tout d’abord à Uashat, après vers Mishta-shipu (village), qu’on conduira les Mishta-shipiunnuat (ans leur village.&#13;
Luc André : Elle dit qu’il y a deux sortes de voyage les gens de Sept-Iles et les gens de Moisie. Le premier voyage c’étaient les gens de Sept-Iles.&#13;
Yvonne Vollant-André: Nous voilà à destination. Arrivés à destination, tous les Uashaunnuat étaient là, devaient recevoir un message disant que des gens arrivent des bois. Tout le monde se rend là-bas, près de chez-nous là, c’est là que les Innus y allaient. Il y avait beaucoup de monde.&#13;
Luc André : « Quand on arrivait nous autres », elle dit, on avait une maison à Sept-Iles. Tout le monde venait.&#13;
Yvonne Vollant-André: Tout le monde y allait.&#13;
Luc André : Tous les Indiens venaient voir les gens qui ont monté, y arrivaient de la chasse.&#13;
Yvonne Vollant-André: Oui, tellement qu’ils étaient contents de voir les gens arrivés.&#13;
Luc André : Parce qu’elle dit, ils étaient contents que les gens arrivent, descendre du bois.&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est ce qui s’est passé.&#13;
Pierre Lepage : Ils se nourrissaient de quoi à Sept-Iles ? Parce qu’il n’y avait pas encore le saumon.&#13;
Luc André : S’adressant à sa sœur : « C’est quoi que vous mangiez à Uashat ? demande (le monsieur).&#13;
Yvonne Vollant-André: On mangeait de la nourriture de la côte, aussi de la morue. C’est de cela que nous vivions.&#13;
Luc André : Elle dit…&#13;
Yvonne Vollant-André: Il y avait des Blancs qui allaient au large…&#13;
Luc André : Il devait avoir des Innus qui avait de l’argent, n’est-ce pas ?&#13;
Yvonne Vollant-André: Ce n’était pas cher, ça devait coûter 0,25$ si ça devait coûter très cher. Ou peut-être ce ne coûtait pas beaucoup.&#13;
Luc André : Elle dit : « Les Blancs pêchaient la morue eux autres. C’était 0.25$ la morue (S’adressant à sa sœur) Mais ils achetaient n’est-ce pas quand ils descendaient ? Comme notre père quand il descendait… il&#13;
Yvonne Vollant-André: Oui, après avoir rencontré leur marchand, le gérant, celui qui faisait crédit se nommait Utshimass (Bob Ross), il y avait aussi Puanitashiss (Bourdage), le gérant, je me demande ce qu’est son nom, euh, celui qui est maigre. Je ne me souviens pas de son nom.&#13;
Luc André : Elle dit « Il y avait Bourdage, M. Bourdage qui était traiteur, pis M. Ross, pis un autre, elle ne se souvient pas du nom. Quand tu arrivais, t’allais les voir avant.&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est eux autres qui achetaient la fourrure.&#13;
Luc André :  … pour la vente des peaux.&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est eux qui achetaient les peaux.&#13;
Luc André : Après on faisait des achats ?&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est après ça que les gens faisaient des achats. Ce sont les chevaux qui transportaient les provisions achetées.&#13;
Luc André : Après avoir vendu tes peaux, la nourriture que t’as achetée, c’est le cheval qui ramenait chez-vous. C’était le taxi.&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est-ce qui s’est passé.&#13;
Luc André : C’est ce qui un peu s’est passé, elle dit. Ekue utamashkuteutik pineutshiss.&#13;
Yvonne Vollant-André: (rires) C’est ce qu’on disait autrefois, aussi (après avoir raconté) une légende.&#13;
Pierre Lepage : (.) nous disait que les Blancs étaient contents de voir les Indiens arriver.&#13;
Luc André : Les Blancs devaient être contents eux aussi…&#13;
Yvonne Vollant-André: La manière que nous nous regardons aujourd’hui (face à face présentement), c’était comme ça aussi autrefois. Il n’y avait pas beaucoup de maisons.&#13;
Luc André : Elle dit : « Il n’y avait pas beaucoup de Blancs ». (Inaudible, parlent ensemble)&#13;
Yvonne Vollant-André: C’était comme s’ils étaient notre parenté. Ils venaient visiter les Innus.&#13;
Luc André : Y allaient rendre visite aux Indiens.&#13;
Yvonne Vollant-André: Voit, nous autres, après être rendus ici, les Blanches lavaient nos vêtements. Nos vêtements (que nous utilisions dans le bois), tous nos vêtements, elles nettoieront nos affaires, laveront les murs (de nos maisons). Autrefois, ce sont les Blanches qui faisaient ce genre de travail.&#13;
Luc André : Elle : « Quand on arrivait, les Blanches venaient travailler, faire la lessive pour les vêtements qu’on a apportés. Elles nettoyaient la maison, faire le grand ménage.&#13;
Yvonne Vollant-André: Elles demandaient de la nourriture.&#13;
Luc André : « Nous autres en retour, on payait en nourriture. Luc rajoute ceci : ce que mon père avait acheté au petit magasin, au traiteur. »&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est ce qui s’est passé. Aussi un grand événement quand un missionnaire arrivait. Une autre chose que nous avions appréciée.&#13;
Luc André : Elle dit : « Un des évènements importants, c’est la venue du prêtre. Tout le monde…&#13;
Yvonne Vollant-André: La première communion des enfants, la confirmation.&#13;
Luc André : Première communion, pis la confirmation.&#13;
Pierre Lepage : À quel moment qui arrivait ici, vers quelle date à Moisie ou à Sept-Iles?&#13;
Luc André :  (s’adressant à sa sœur) : Vers quelle date descendiez-vous vous autres ?&#13;
Yvonne Vollant-André: Mois de juin, vers la fin du mois que nous descendions.&#13;
Luc André : « Nous autres on arrivait vers la fin de juin.&#13;
Yvonne Vollant-André: Ce n’était pas comme ça. Très tôt il n’y avait pas de neige, n’est-ce pas ? Aujourd’hui, c’est toujours plus tard, toujours plus tard.&#13;
Luc André : Elle dit que c’est assez rapide pour le dégel.&#13;
Yvonne Vollant-André: C’était toujours comme ça.&#13;
Pierre Lepage : Pis après ça, c’était le saumon ? Y avais-tu d’autres…&#13;
Yvonne Vollant-André: Les Blancs posaient des filets pour le saumon. C’est de cette façon qu’on prenait le saumon. Les Innus n’ont jamais pêché ici. De ce que je me rappelle…&#13;
Luc André : Elle dit, qu’ils allaient acheter le saumon parce qu’il y avait des pêcheurs à la mer, les pêcheurs de saumon. Les Indiens y achetaient du saumon là.&#13;
Yvonne Vollant-André: Une fois ce dont je me rappelle, le père à Ti-Bert (Albert Vollant, père, Thomas Vollant) qui avait tendu le filet dans la nuit sur la rivière, notre père qui avait dit : « Il a été arrêté ».&#13;
Luc André : Elle a eu connaissance qu’il avait tendu ses filets dans la nuit ici sur la rivière, c’était le père de Albert Vollant (Thomas), pis il s’est pogné, pis y est allé en prison.&#13;
Yvonne Vollant-André: (rires) Il devait passer en Cour, je ne me souviens pas de sa situation.&#13;
Pierre Lepage : Donc les gens en cachette (..), n’y avaient pas le droit de prendre du saumon à la rivière.&#13;
Luc André : Non.&#13;
Yvonne Vollant-André: Ça ne fait pas longtemps que les Innus pêchent le saumon.&#13;
Luc André : Elle dit que ça ne fait pas longtemps que les Indiens…&#13;
Yvonne Vollant-André: Il y a quelques années seulement. La fois qu’il y avait beaucoup d’Indiens qui ont été arrêtés, c’est dans ce temps-là qui avaient commencé à pêcher le saumon.&#13;
Luc André : Elle dit : « On a commencé peut-être, la première descente qui a eu la Sûreté, y eu beaucoup de…&#13;
Yvonne Vollant-André: C’étaient des gardes-chasse.&#13;
Luc André : …des Indiens emprisonnés pour ça, la pêche au saumon, c’est là vraiment qui a eu le début de la pêche.&#13;
Yvonne Vollant-André: Quand on montait dans le bois et qu’il y avait du saumon, on avait pris qu’un quand on faisait le feu. Nutshimiunnu (homme de bois) ce n’était vraiment pas sa nourriture préférée.&#13;
Luc André : « Nous autres », elle dit, « les chasseurs d’intérieur n’étaient pas très fort sur le saumon. » Elle dit : « C’était plus pour manger seulement un repas ou deux maximum ».&#13;
Yvonne Vollant-André: C’est ce qui s’est passé.&#13;
Luc André : C’est la fin de l’histoire. (rires) Ça fait deux fois que je ferme.&#13;
Pierre Lepage : Tshinashkumitin, parce que moi, je l’ai mis en relation avec l’environnement, la nourriture.&#13;
Luc André : Tu vois, t’as pas voulu croire que les Indiens ce n’était pas important dans la vie d’un Indien le saumon. (rires) Les discours d’un Montréalais.&#13;
Yvonne Vollant-André: Il y a la truite grise et le saumon, je serais beaucoup plus fâchée si on ne me donnait pas la truite grise pour manger que le saumon.&#13;
Luc André : Elle dit : « Si j’avais le choix aujourd’hui de manger la truite grise ou le (saumon), je serais plus fâchée si on ne me donne la truite grise, que le saumon. »&#13;
&#13;
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                <text>&lt;iframe width="100%" height="360" src="https://player.vimeo.com/video/686477489?h=02da10037a" frameborder="0" allow="autoplay; fullscreen; picture-in-picture" allowfullscreen="allowfullscreen"&gt;&lt;/iframe&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;a href="https://vimeo.com/686477489"&gt;Yvonne André-Vollant&lt;/a&gt; from &lt;a href="https://vimeo.com/user153045686"&gt;CRC Uetshit Takuaimatishun&lt;/a&gt; on &lt;a href="https://vimeo.com"&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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                  <text>&lt;p&gt;Une collection d'entretiens et d'activités particulières (vidéo) qui décrivent et expliquent l'aspect social des communautés innues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Production Manitu est actif depuis une quarantaine d'années dans le milieu innu et a pu capter différentes entrevues et activités particulières...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Production Manitu se considère comme un passeur de connaissances traditionnelles innues. (&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/production-manitu-inc"&gt;Plus d'informations&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/items/browse?collection=24"&gt;Voir la liste des entrevues en ordre de nom de famille des interviewés&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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      <name>Moving Image</name>
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              <text>Évelyne : Si tu veux bien, pourrais-tu me dire ce que tu fais comme travail ?&#13;
Mani Shan : Je viens en aide à l’Innu dans la communauté. Je l'aide pour qu'il puisse s'extérioriser plus facilement, pour être à son aise dans la société. Moi, je veux renverser les méthodes d'apprentissage ou de guérison de l'homme blanc. J'utilise beaucoup ce que j'ai appris de notre mode de guérison. Je me sers de la tente, des rencontres en cercle. Un Innu se guérit mieux avec les plantes médicinales, les herbes que nous utilisions anciennement. On commençait à perdre cette méthode à force d'être mêlé aux non-autochtones. Il n'était pas bien là-dedans et venait chercher ce qui lui convenait le mieux.&#13;
Évelyne : De quelle maladie souffre la personne qui réclame tes services ?&#13;
Mani Shan : Sa souffrance vient de loin, comme les abus sexuels et elle a toujours cheminé là-dedans, elle a développé le mépris, la consommation d'alcool, de drogue, elle a totalement changé sa personnalité. Et lorsque moi, je suis intervenue, il faut que je sois à l'écoute dans le respect. M'organiser à ce que l'on comprenne sa situation, sa détresse. Il faut qu'elle se sente libérée de tout lien, être bien et se sentir à l'aise dans le noir, à l'intérieur de la tente de suerie (swet lodge) pour confier ses problèmes à ses grands-pères, à son Être suprême selon ses croyances et sa spiritualité.&#13;
La tente guérit son âme de son mauvais caractère, car il y en a beaucoup dans la communauté. Au lieu de l’incarcérer, je préfère la prendre à ma charge pour la guérir, car si je la devance, elle va entrer en prison, mais à sa sortie, elle va toujours garder à l'intérieur d’elle son mauvais caractère. Prends, par exemple les consommateurs de drogues. Ils volent pour se satisfaire et ils viennent me voir pour de l'aide. On est en l'an 2000 et on commence à comprendre mon travail même auprès des paliers gouvernementaux.&#13;
Évelyne : Parce qu’avant ça, on s’adressait aux intervenants blancs et nous, la médication, on n’avait pas confiance en elle et à nos moyens. Moi, je constate que tu travailles beaucoup afin de reprendre la méthode de guérison. Est-ce que c'est ça que tu fais ?&#13;
Mani Shan : Oui, moi j'ai déjà travaillé dans les services sociaux chez les Blancs. Ce ne sont pas des fonctionnaires, mais l'ambiance qu'il y a dans ces bureaux, l’Innu n'est pas l’aise à l'intérieur. Il ne peut pas s'exprimer comme il veut à cause des bureaux avoisinants, il ne peut pas pleurer librement, sortir le mauvais de son intérieur, il ne peut pas faire ce qu'il veut. C'est pour ça que je me suis mis à chercher les outils, l'environnement, la méthode pour mettre à l'aise l’Innu. J'ai de l'aide technique de Lysa Monchur de l’Ontario, car c'est elle qui m'a guéri et qui m'a montré cette technique. Toutes les communautés sont atteintes par ses problèmes entre autres les abus sexuels. Après six ans avec cette méthode, on commence à y croire. J'en ai eu des difficultés au cours de ces 6 années et aujourd'hui, on dirait que tout rentre dans l'ordre comme cela aurait dû être au cours des six dernières années.&#13;
Évelyne : Ceux qui réclament ton aide savent-ils qu’au niveau de la santé,on ne reconnaît pas cette méthode de guérison ou on ne fait pas confiance à elle ?&#13;
Mani Shan : Pour publiciser cette méthode, je passais souvent à la radio afin de donner de l'info sur cette méthode et même dans l'émission "Jeannette veut savoir". Je parlais toujours des choses positives afin de convaincre notre animatrice et c'est elle d'ailleurs qui fut ma première cliente. À force d'en parler avec elle, ça s'est propagé dans les autres communautés. Aujourd'hui, je suis rendue à l’érection de la clinique.&#13;
Évelyne : Il y a tellement de demandes ?&#13;
Mani Shan : C'est tellement grand que chez nous, il n'y a pas assez de place. C'est un séjour de 17 jours et il y a des étapes à suivre. Également, il faut des formateurs dans les communautés à leur retour et j'en suis rendue qu'il faut que je donne de la formation à ces derniers et à ceux avec qui je vais travailler à la clinique.&#13;
Évelyne : As-tu beaucoup de clients et qui sont guéris ?&#13;
Mani Shan : Si tu savais ! On voit les résultats et l'efficacité de cette méthode. Il y en a qui font des rechutes, mais ils se relèvent aussitôt. C'est ça qu'il faut faire. Quand ils retournent à leur bouteille, c'est parce qu'ils n'ont pas eu leurs bas-fonds. Ils reviennent alors par eux-mêmes. Ils s’encouragent entre eux. Il y a beaucoup de respect dans ce mode de thérapie. On met tout au même niveau, il n'y a personne plus haut qu'un autre.&#13;
Dans les premiers temps, je rencontre chaque individu. Le nombre a augmenté et il a fallu que je les rencontre en groupe. Il y a des familles qui sont venues me voir. Tu sais, le chemin se fait tout seul.&#13;
Évelyne : As-tu commencé à transmettre cela à un autre ?&#13;
Mani Shan : Elles sont trois, une femme et deux filles, pour continuer parce qu'il y aura une clinique.&#13;
Évelyne : Et tu suis toutes les procédures que l’Innu utilisait ?&#13;
Mani Shan : Oui, même les ainés viennent à la tente de suerie.&#13;
Une personne qui n'a pas suivi cette thérapie ne percevra pas de la même façon que celle qui l’a suivie. Elle verra à travers celle-ci pour comprendre l'efficacité de cette méthode.&#13;
Si je regarde au début jusqu'à aujourd'hui, j'ai une grande confiance de la réussite. J'en ai travaillé un coup et je suis fière aujourd'hui. J’ai brailler parce qu’il n’y avait personne dans les conseils de bande, dans les paliers gouvernementaux qui semblait me comprendre. Je me demandais quel langage utiliser pour qu'ils me comprennent. Peut-être à cause du fait qu’eux n’ont jamais été abusés dans leur vie. Il a fallu qu'un Innu avoue avoir subi les abus pour que ça débloque. Je sais que ceux qui ont subi des abus, ceux qui ont des problèmes d'alcool, de drogues ou autres, ceux qui se sentent où se trouvent dans le plus bas possible vont comprendre ce que je dis, tandis que pour les autres, les plus fiers de leur personne ne comprendront rien.&#13;
Évelyne : L’Innu a peur de ça ?&#13;
Mani Shan : Oui, il en a peur.&#13;
Évelyne : Et on mélange la religion avec ça ?&#13;
Mani Shan : Oui, j'entends souvent ça, ils disent qu'on prie différemment d’eux. Mais tu confies tes problèmes à une ou des personnes, tu ne pries pas. Tu te soulages dans ton intérieur en extériorisant le mauvais côté de ton vécu. Quand je parle du Créateur, je sens quelque chose de fort dans mon cœur, je sens la force d'un Être. On a juste à regarder sa création : la terre, la nature, les animaux, les eaux, le soleil. On ne pourra jamais dépasser cet Être. J'ai des chapelets moi aussi, j'y vais à l'église moi aussi. On dit qu’on prie différemment d’eux, mais ce n'est pas vrai, car ici nous suivons une thérapie, une guérison.&#13;
J'ai tellement utilisé l’innu aitun, que j'ai été congédiée de mon travail au centre de détention de Port-Cartier. Je dérangeais les fonctionnaires gouvernementaux. Je suis fière d'avoir subi les foudres de ces derniers à cause de ma méthode.&#13;
Même la personne qui a causé du tort vient me voir.&#13;
Aujourd'hui, je remercie Liza de tout ce qui arrive et ce sont nos Innus qui vont bénéficier de tout cela.&#13;
Évelyne : Et toi aussi, on commence à te connaître et à t’imiter ?&#13;
Mani Shan : Oui, je suis en train de suivre les traces de ma grand-mère Liza. Elle a travaillé en prison comme moi, elle a été formée comme moi, elle a beaucoup voyagé et voyage encore comme moi. Après la signature et l’appui des chefs, j'ai commencé à visiter toutes les communautés.&#13;
Les femmes d'aujourd'hui se sont levées. L’Innu retourne à ses sources.&#13;
Évelyne : Tu travailles sur deux choses : la prison et ta clinique. Quand penses-tu ouvrir celle-ci ?&#13;
Mani Shan : La prison, ce sont les Innus qui vont être formés et qui vont travailler à l'intérieur. Mais les détenus vont venir suivre la thérapie chez nous. C'est ce qu'on nous a dit.&#13;
Évelyne : Et pour ta clinique ?&#13;
Mani Shan : Santé Canada va faire accréditer le programme. Il va envoyer deux des agents pour venir observer et les fonds sont déjà disponibles. Il manque seulement l'achat d'un bâtiment de la part du conseil de bande.&#13;
Évelyne : Dans un endroit plus grand pour travailler ?&#13;
Mani Shan : Oui, pour pouvoir garder les Innus.&#13;
Évelyne : Quel est ton plus grand souhait Manishan ?&#13;
Mani Shan : Que le projet se concrétise le plus tôt possible, car c’est par la thérapie que l’Innu prend conscience de ses origines et retourne à ses sources, à sa langue. Je souhaiterais que les décideurs politiques et administratifs aient l'esprit ouvert. C'est juste ça qui manque dans la communauté, car si on regarde dans celle-ci, on voit beaucoup de problèmes sociaux. Ils ne verront pas cela d’où ils se trouvent. Il faut qu'ils viennent nous voir, nous encourager.&#13;
Évelyne : Quel message tu laisserais aux jeunes ?&#13;
Mani Shan : Moi, les enfants, j’ai une grande confiance en eux parce que c’est la relève. Ce sont eux qui vont prendre nos places. Lors du forum des jeunes, parmi les recommandations, il y avait ce projet. Qu'il soit finalisé le plus tôt possible.&#13;
Il y en a un [jeune], entre autres, qui fait partie du comité de travail du forum et qui travaille beaucoup pour que la clinique se concrétise.&#13;
Nos ancêtres, nos parents ont vraiment vécu la vraie thérapie. Ensuite, vinrent les prêtres qui ont inculqué à ces derniers des principes basés sur la religion et nos parents ont de la difficulté à revenir à leurs vraies valeurs tandis que les jeunes, c'est facile pour eux de comprendre, car ils sont à la recherche de grosses sensations comme la drogue.&#13;
De ne pas se décourager, suivez votre chemin, on vous invite parce que beaucoup se sont relevés et toi qui a de la misère, le moment est arrivé pour que ta maison soit là. On l'appellera « Kutikuniutshuap ».&#13;
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                <text>St-Onge, Evelyne (intervieweur)</text>
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                <text>Malenfant, Eddy (cinéaste)</text>
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                <text>&lt;iframe width="100%" height="360" src="https://player.vimeo.com/video/697555611?h=4ec398ed9f" frameborder="0" allow="autoplay; fullscreen; picture-in-picture" allowfullscreen="allowfullscreen"&gt;&lt;/iframe&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;a href="https://vimeo.com/697555611"&gt;Mani Shan André&lt;/a&gt; from &lt;a href="https://vimeo.com/user153045686"&gt;CRC Uetshit Takuaimatishun&lt;/a&gt; on &lt;a href="https://vimeo.com"&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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                <text>guérison; plantes médicinales; abus sexuel; tente à suer (matutishan); médication; santé canada; kutikuniu</text>
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        <name>abus sexuel</name>
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        <name>tente à suer (matutishan)</name>
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                  <text>Une collection de récits de vie racontés par les innus.&lt;br /&gt;&#13;
&lt;p&gt;C’est en août 1987 dans un contexte du tournage près des chutes Manitou que Productions Manitu (Mani-Utenam) inc. voit le jour, une entreprise sans but lucratif (OSBL) qui se forme autour de quatre personnes : Zacharie Bellefleur, Céline Bellefleur, Evelyne St-Onge et Eddy Malenfant. L'objectif de base de l’entreprise est de faire connaître les cultures autochtones, particulièrement la culture innue par le biais de l'audio-visuel et du multimédia.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Production Manitu se considère comme un passeur de connaissances traditionnelles innues. (&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/production-manitu-inc"&gt;Plus d'informations&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/items/browse?collection=18"&gt;Voir la liste des récits de vie en ordre de nom de famille des interviewés&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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      <name>Oral History</name>
      <description>A resource containing historical information obtained in interviews with persons having firsthand knowledge.</description>
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          <name>Transcription</name>
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              <text>Évelyne : Quel âge as-tu et tu es né où ?&#13;
Délima : Là-bas à Port-Cartier dans mon territoire de chasse et j'ai 94 ans.&#13;
Évelyne : Et vous demeuriez à Port-Cartier ?&#13;
Délima : Oui.&#13;
Évelyne : Y avait-il beaucoup d’Innus ?&#13;
Délima : Non, il y avait seulement mon grand-père Ti-Basse et nous, Malukiss.&#13;
Évelyne : Et où étaient les autres Innus ?&#13;
Délima : IIs étaient à Moisie, dans leur territoire, la Mishta-Shipu. Nous, là-bas, nous ne voyions personne, on était toujours deux. On est né là-bas et on a grandi là-bas.&#13;
Et, il y avait les Innus de Uashat. Quand le prêtre, lors de son passage annuel, on se rencontrait tous à Uashat, c'était en août. Après la procession de la vierge Marie, tous les Innus montaient dans le bois, les préparatifs ne duraient qu'une nuit.&#13;
Évelyne : Y avait-il une procession, des mariages aussi ?&#13;
Délima : Oui, il y avait des confessions également.&#13;
Évelyne : Et toi, tu t'es mariée là ?&#13;
Délima : À Sept-Îles.&#13;
Évelyne : Lors du passage annuel du curé ?&#13;
Délima : Oui.&#13;
Évelyne : Quand ?&#13;
Délima : Je ne me souviens pas.&#13;
Évelyne : Étiez-vous plusieurs à vous marier cette année-là ?&#13;
Délima : Oui, ils étaient plusieurs couples, quelquefois, il y avait 3 couples et à d'autres occasions, il y en avait 4 et des fois 5.&#13;
Évelyne : Et toi, quand tu t'es mariée, combien étiez-vous ?&#13;
Délima : Je ne sais pas combien, mais on était plusieurs.&#13;
Évelyne : Comment tu t'es mariée, est-ce qu'on avait choisi ton mari ?&#13;
Délima : Oui, on m’avait choisi.&#13;
Évelyne : Est-ce que ce sont tes parents qui ont fait la demande, ou bien c'était lui ?&#13;
Délima : Ce sont ses parents. Anciennement, quand on voulait se marier, on avait besoin de ses parents.&#13;
Évelyne : Après ton mariage, tu es montée dans le bois ?&#13;
Délima : Oui.&#13;
Évelyne : Comment c'est venu Apitiuamiss (Mani-utenam) ?&#13;
Délima : Avant, ça n'existait pas. C'est mon mari, quand il était chef qui a été l'instigateur de cette réserve.&#13;
Evelyne : Comment c'est venu ?&#13;
Délima : Ils sont venus choisir le site idéal, ils étaient accompagnés des fonctionnaires du gouvernement. Ce terrain appartenait aux Gallienne. Au début, le paternel Gallienne n'a pas voulu vendre son terrain, mais le gouvernement le menaça de le saisir et il accepta. On lui donna une partie de terre où se trouve actuellement La Boule. Ce sont les Innus qui ont défriché Malio.&#13;
Évelyne : D'où viennent les Innus qui demeurent ici ?&#13;
Délima : Ce sont les Innus de Mishta-Shipu (MISHTA-SHIPIUNNUAT).&#13;
Aussitôt les petites maisons terminées, ils déménagèrent. Les Innus de Mishta-Shipu avaient hâte de déménager, car alors, leur maison était mal isolée et les hivers étaient froids. Il n'y avait pas d’eau au début. L'eau de la rivière en bas était bonne avant que les Innus la pollue. Avant qu'il y ait un système de pompage, les Innus allaient chercher leur eau en bas de la côte avec des sceaux. Les Innus aimaient bien cet endroit, tellement qu'ils sont entrés avant qu'on finisse de construire toutes les maisons.&#13;
Évelyne : Moi, je me rappelle que mon grand-père Georges Régis, il demeurait sur le bord du chemin.&#13;
Délima : Aussitôt, l’eau installé, les Innus s’installèrent avec des tentes.&#13;
Évelyne : Y avait-il des Innus de Uashat ?&#13;
Délima : Non, ils restaient à Sept-Îles. Il n'y avait plus d’Innus de Mishta-Shipu lorsqu'ils se ressemblaient lors du passage du curé. Il n'y avait pas tellement d’Innus de Uashat. Ces derniers montaient dans le bois par TSHEMANIPISHTUK (Sainte-Marguerite). L’église à Uashat est une vieille église et c'est là qu'on se rencontrait.&#13;
Évelyne : Pourquoi appelle-t-on Apituamiss, Mani-utenam ?&#13;
Délima : Parce qu'il se trouve au milieu entre Mishta-Shipu et Uashat. Anciennement Malio s'appelait KAPITUNEIAT. Tu vois quand la marée est basse, il y a de l'eau qui reste sur le bord.&#13;
Évelyne : Les Innus de Mishta-Shipu, ils venaient débarquer à Apitiuamiss lorsqu'ils se rendaient à Uashat ?&#13;
Délima : Ils marchaient en portageant quand ils allaient prier à Uashat. Quelques-uns prenaient le canot. Pour les marcheurs, ils attendaient la marée basse. Comme ma grand-mère Monique, elle partait de bonne heure avec un sac dans son dos et elle arrivait en avant-midi à Uashat. D'autres se servaient des moteurs hors-bord et des chevaux. Celui qui se servait d’un cheval, il avait les moyens plus qu'un autre. Ma tante Adeline utilisait un cheval comme moyen de transport. On l'appelait la riche.&#13;
Évelyne : Est-ce que les Innus de Mishta-Shipu étaient toujours dans le bois ?&#13;
Délima : Absolument, tous montaient dans le bois. Mais les plus vieux restaient en bas, comme le vieux Jean-Marie et ton oncle Josepiss. On aidait un peu les vieux, mais ceux de notre âge, ils devaient subvenir à leurs besoins. Comme nous, notre père s'est toujours occupé de nous sans l'aide du gouvernement. Nous vivions des produits de la chasse et de la pêche comme tous les autres d'ailleurs. Pour les provisions, le magasin nous faisait du crédit et au retour de la période de chasse, on réglait nos factures et avec le reste, nos provisions pour l’année : trois barils de farine, une boîte de thé. On achetait beaucoup de thé pour la prochaine période de chasse.&#13;
Quelques-uns devaient avoir des difficultés, ceux qui n’avaient pas eu une bonne chasse. Ce n'était pas notre cas.&#13;
Évelyne : Mais, ils restaient dans le bois ?&#13;
Délima : Oui, quand on savait que quelqu'un n'avait pas de bons résultats, on lui venait en aide comme MESSINAKUSS, on lui donnait la prime. Mon mari lui avait donné la moitié du baril et à Jean-Baptiste Ashini. Il devait y avoir beaucoup d’Innus qui ne mangeaient pas. Quand on était à Uashat, ils venaient me voir, ils me disaient qu'ils avaient faim et je leur donnais à manger. Je faisais de la soupe en très grosse quantité pour pouvoir en donner.&#13;
Évelyne : Tu as vécu à Port-Cartier, Uashat et ici à Malio ?&#13;
Délima : Oui.&#13;
Évelyne : Pourquoi as-tu déménagé à Sept-Îles ?&#13;
Délima : Parce qu’on n’aimait pas ça et parce qu'il mettait à jour Apituamiss et on déménageait ici. Il a aussi fait Schefferville et nous avons déménagé là-bas.&#13;
Évelyne : On partait là-bas pour travailler ?&#13;
Délima : Oui, ils ont demandé pour qu'il y ait une réserve.&#13;
À Knob lake, les premiers Neskapis arrivèrent, Nua et son frère Luke. Ils venaient en éclaireur pour constater les lieux. Pour arriver là, ils sont partis à pied, au printemps. Ils ont utilisé le canot pour les lacs et les rivières. Ensuite, vu qu'il y avait une base militaire, mon mari dans un avion militaire est parti chercher les autres.&#13;
Évelyne : Et vous êtes revenus à Malio ?&#13;
Délima : Oui, après la fermeture de la ville de Schefferville. S'il n'avait pas été malade, il commençait à l’être. Nous ne serions pas revenus. Ce n'était pas convenable pour lui de rester dans un endroit froid.&#13;
Évelyne : Tu le regrettes ?&#13;
Délima : Oui, nous le regrettions, mais d'un autre côté, il ne pouvait plus chasser. Sans cette raison, nous ne serions jamais revenus à Malio.&#13;
Évelyne : Vous êtes revenus ici ?&#13;
Délima : Oui.&#13;
Évelyne : C'est la maladie qui vous a fait revenir ici ?&#13;
Délima : Oui, pour se rapprocher des médecins traitants, car avant la fermeture de la ville de Schefferville, il y avait de bons médecins et ils laissaient la ville à cause de la fermeture.&#13;
Évelyne : Le nombre de personnes augmente à Malio ?&#13;
Délima : Oui.&#13;
Évelyne : Il y avait seulement une rue ?&#13;
Délima : Oui, et aujourd'hui, il y a plusieurs résidents.&#13;
Évelyne : Aimes-tu ça rester ici ?&#13;
Délima : Oui, mais j'aimerais encore plus si je pouvais me déplacer plus facilement. Mais moi, si je pouvais me déplacer comme dans le temps, c'est rare que vous me verriez ici, je serais toujours dans le bois. J’aimais me retrouver dans le bois, quand on partait en canot, on chassait, on restait dans le bois jusqu'après les fêtes. Ensuite, on descendait en canot et à pied jusqu'ici. On partait de Sheshashit jusqu’ici.&#13;
Évelyne : Ça date de quand ton dernier voyage ?&#13;
Délima : On le faisait toujours en canot.&#13;
Évelyne : Est-ce que ça fait longtemps ton dernier voyage ?&#13;
Délima : Bien sûr que ça fait longtemps ! Depuis l'arrivée du train, on ne fait plus ce genre de voyage. On a même monté dans le bois en train, dans notre territoire, des fois, on le faisait en avion et là-bas, en canot.&#13;
Évelyne : Vous partiez de Schefferville ?&#13;
Délima : Oui.&#13;
Évelyne : Et aujourd'hui, qu'est-ce que tu fais, tu es toujours occupée ?&#13;
Délima : Je travaille toujours.&#13;
Évelyne : Et aujourd'hui qu'est-ce que tu fais ici ? Tu te prépares à partir demain ? Tu vas partir avec tes enfants ?&#13;
Délima : Oui, je m'en vais avec Luc.&#13;
Évelyne : Où vas-tu ?&#13;
Délima : Là-bas on a construit notre chalet, nous allons dormir une nuit et revenir dimanche avec la fille de Luc et Jeanne d'Arc.&#13;
Évelyne : C’est ton territoire de chasse là-bas ?&#13;
Délima : Oui, c'est notre territoire depuis mon enfance.&#13;
Évelyne : Tu dois bien le connaître ?&#13;
Délima : Oui, je le connais très bien parce que je suis née là.&#13;
Évelyne : Qu'est-ce qu'il y a là-bas, les fruits sauvages ?&#13;
Délima : Oui, il y a aussi la truite mouchetée. Après je vais monter.&#13;
Évelyne : À Schefferville ?&#13;
Délima : Oui.&#13;
Évelyne : Quand ?&#13;
Délima : Quand j'aurais reçu ma pension de …&#13;
Évelyne : Nous aussi montons là-bas à la fin du mois.&#13;
Délima : Moi aussi, Véronique va monter plus tôt parce qu'elle enseigne là-bas.&#13;
Évelyne : C'est là que tu vas séjourner ?&#13;
Délima : Elle m'invite pour me garder là-bas et j'aime mieux demeurer là-bas parce qu'ici, je suis toujours seule la nuit et tandis que là-bas, on est toujours deux.&#13;
Évelyne : Ah ! Ici tu es seule ?&#13;
Délima : Oui, et je ne sais pas composer un numéro de téléphone.&#13;
Évelyne : Vous n'aviez pas ça vous autres dans votre temps ?&#13;
Délima : Il n'y en avait pas. J'ai fait n'importe quoi, c'est moi qui s'est occupé de la vache de ma grand-mère à Port-Cartier. Il n'y a rien que je n'ai pas fait.&#13;
Évelyne : Combien y avait-il de vaches ?&#13;
Délima : Il y avait jusqu'à 3 vaches. Quand mon mari partait dans le bois, c'est moi qui s'occupait d’elles.&#13;
Évelyne : Il devait y avoir des poules aussi ?&#13;
Délima : Oui, elle avait aussi des poules.&#13;
Évelyne : Et la semence ?&#13;
Délima : Oui, on semait des pommes de terre. On avait construit une cave pour entreposer les patates. On les déterrait en octobre, on les mettait dans la cave, on montait avec nous les patates lorsqu'on partait en octobre et à notre retour en avril, on déterrait la cave pour prendre les patates.&#13;
Évelyne : Vous deviez avoir du plaisir ?&#13;
Délima : Oui, mais on travaillait beaucoup.&#13;
Évelyne : Vous deviez être deux, toi et Louisa ?&#13;
Délima : On était deux. Mais avant le mariage des fils d’Athanase, eux aussi, Pierre et Francis, ils n'étaient pas encore mariés. Après que les trois se soient mariés, nous n'étions que deux. Ma mère s'est occupée de sa mère.&#13;
Évelyne : Il y avait un blanc, un certain Bérubé qui vous cherchait. Il a dit qu'il vous a bien connu. Que vous étiez ensemble quand vous étiez jeunes. Là-bas, à Port-Cartier.&#13;
Délima : C'est peut-être lui, il avait une fille, il restait très proche de nous.&#13;
Évelyne : Toi et Louisa ?&#13;
Délima : Oui.&#13;
Évelyne : Aujourd'hui, tu fais de la couture ?&#13;
Délima : Je fais encore des mocassins.&#13;
Évelyne : Est-ce que tu fais des médications ? Est-ce que tu t’en sers des médications innues ?&#13;
Délima : Je m'en sers toujours.&#13;
Évelyne : Et la résine de sapin que je t'ai donnée ?&#13;
Délima : Je l'ai tout utilisée. Tu devrais peut-être en chercher d'autre.&#13;
Évelyne : Je vais en chercher d'autre avant que tu partes pour Schefferville.&#13;
Délima : On n'en trouve pas à Schefferville. Il n'y a pas de sapin.&#13;
Évelyne : Je vais t'en amener avant ton départ. Tu fais des médications ?&#13;
Délima : Non, c'est pour mon usage personnel et pour les enfants.&#13;
Évelyne : Tu fais des compresses avec la résine de sapin. Est-ce qu'on te demande des médications ?&#13;
Délima : Non, on ne m’en a jamais demandé. On demande plutôt à Véronique.&#13;
Évelyne : Les Innus d'ici, de Moisie et de Uashat ?&#13;
Délima : Ils proviennent de Moisie.&#13;
Évelyne : Les Innus de Uashat devaient demeurer ici aussi ?&#13;
Délima : Il n'y a jamais eu d’Innus de Uashat ici.&#13;
Évelyne : Mais ils devaient venir eux aussi, ici ?&#13;
Délima : Non, ils n’ont jamais voulu.&#13;
&#13;
&#13;
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                <text>&lt;iframe width="100%" height="360" src="https://player.vimeo.com/video/669912925?h=60c0f4191d" frameborder="0" allow="autoplay; fullscreen; picture-in-picture" allowfullscreen="allowfullscreen"&gt;&lt;/iframe&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;a href="https://vimeo.com/669912925"&gt;Délima André&lt;/a&gt; from &lt;a href="https://vimeo.com/user153045686"&gt;CRC Uetshit Takuaimatishun&lt;/a&gt; on &lt;a href="https://vimeo.com"&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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                  <text>&lt;p&gt;Une collection d'entretiens et d'activités particulières (vidéo) qui décrivent et expliquent l'aspect social des communautés innues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Production Manitu est actif depuis une quarantaine d'années dans le milieu innu et a pu capter différentes entrevues et activités particulières...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Production Manitu se considère comme un passeur de connaissances traditionnelles innues. (&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/production-manitu-inc"&gt;Plus d'informations&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/items/browse?collection=24"&gt;Voir la liste des entrevues en ordre de nom de famille des interviewés&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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              <text>Evelyne: Kuei Anne-Marie,  je suis heureuse de te rencontrer.&#13;
&#13;
Anne-Marie: Kuei Kuei petite soeur.&#13;
&#13;
Evelyne: J’aimerais que tu me parle de ton travail et depuis combien d’années occupes-tu cet emploi.&#13;
&#13;
Anne-Marie: Cela va faire 28 ans cet hiver que j’enseigne l’Innu à l’école Kanatamat Tshitipenitamunu. (À la recherche de nos droits)&#13;
&#13;
Evelyne: C’est un nom très long !&#13;
&#13;
Anne-Marie: Oui mais ils n’accordent pas d’importance au nom complet, il a été coupé pour Kanatamat tout court. Le Tshitipenitamunu est oublié.&#13;
&#13;
0:36 Evelyne: C’est des jeunes qui ont donné ce nom? Quelle est la raison de ce nom ?&#13;
&#13;
Anne-Marie: Il y a dix ans, lorsque le Conseil a annoncé que l’école serait géré par eux, un concours a eu lieu pour lui trouver un nouveau nom. Au début le nom Kanatamat avait été choisi comme gagnant, ensuite ils ont trouvé que le Tshitipenitamunu adonnait bien avec le Kanatamat. Ils ont donc regroupé les deux mots et ont faits deux gagnants.&#13;
&#13;
1:17 Evelyne: Vient-on chercher le Tipenitamun (notre droit) ici?&#13;
&#13;
Anne-Marie:  L’école est géré par le Conseil, toutefois il doit suivre les règles de la Commission scolaire pour tous les travaux, qui fait en sorte que nous oublions d’aller chercher nos droits. L’appartenance Innue.&#13;
&#13;
Evelyne: Comme s’il serait perdue? Ils ne viennent pas vraiment la chercher. Ils l’ont oublié ou ils n’en parlent pas trop ?&#13;
&#13;
La raison pour cela est la façon de vivre aujourd’hui. De nos jours, nous avons tendance à suivre les pas des allochtones au lieu que d’aller chercher son identité Innue. On n’y consacre plus de temps, et le Conseil ne priorise pas l’appartenance Innue. Il est évident que le Conseil ne gère que l’argent et il ne mets pas d’emphase et ne démontre rien sur nos droits, sauf lorsque ça leur pose des problèmes.&#13;
&#13;
2:40 Evelyne: Mais cela ne se produit pas à tous les jours&#13;
&#13;
Anne-Marie: Non. Ils disent que l’étudiant doit passer ses examens, obtenir son diplôme, terminer ses études, et que le jeune sera plus tard en emploi chez les allochtones. &#13;
Ils disent que le jeune n’oubliera pas sa culture.&#13;
&#13;
3:06 Evelyne: Pendant toutes ces années de travail, y a t-il des étudiants qui ont terminés leur secondaire?&#13;
&#13;
Anne-Marie: Il y en a quelques-uns. Ils ont des difficultés et doivent souvent prendre une année sabbatique. Ils se rendent compte par après qu’ils auraient dû poursuivre et le terminer.&#13;
Présentement Donat vient de terminer ses études en Éducation physique.&#13;
&#13;
3:42 Evelyne: Est-ce que les jeunes aiment l’école? Est-ce qu’ils se sentent comme à la maison ? Est-ce ces enfants sont à l’aise ? &#13;
&#13;
Anne-Marie: Pas tout a fait car il n’y a pas de routine à la maison, tel que d’être capable de se lever à telle heure le matin et suivre des règles. À l’école lorsque le jeune doit se lever à 10h00 pour aller à la récréation et de retourner à l’intérieur, ils continuent à se promener au lieu de dire , je vais prendre mon crayon et faire mes travaux. Ils semblent avoir de la difficulté à suivre.&#13;
&#13;
4:38 Evelyne: C’est les difficultés que le jeune traverse? C’est pour cette raison qu’il ne se sent pas bien à l’intérieur de l’école ?&#13;
&#13;
Anne-Marie: Le jeune n’est pas bien car il veut créer ses propres règles et n’obéit pas aux règlements de l’école. &#13;
&#13;
5:09 Evelyne: Est-ce que le jeune est en mesure de trouver sa culture à l’école?&#13;
&#13;
Anne-Marie: Il n’y a pas de temps consacré pour intégrer la culture Innue à l’école. Il y aurait du temps à prendre sauf qu’il n’y a seulement qu’une fois par année, lors des remises des bulletins, lorsqu’il est temps de se reposer, que la culture est pratiquée.&#13;
&#13;
5:42 Evelyne: Est-ce que les parents ou les résidents ont leurs places à l’école? Peuvent-ils y aller facilement?&#13;
&#13;
Anne-Marie: Oui ils ont leurs place sauf qu’ils ne viennent pas. Ils croient que c’est à nous d’enseigner leurs enfants vus que nous avons suivis des formations. La mère est convoquée à l’école seulement lorsqu’ils ont beaucoup de difficultés avec son enfant. Des changements sont toujours effectués afin que les parents puissent aisément venir à l’école, soit pour rendre visite, venir voir leurs enfants ou pour qu’ils puissent venir voir les travaux de leurs enfants, toutefois ça ne semble pas fonctionner. C’est toujours les mêmes parents qui s’impliquent. Il semble y avoir quelque chose qui bloque mais nous cherchons toujours à trouver une solution. Par contre, beaucoup de parents se présenteraient si on leurs invitaient à venir à un goûter. &#13;
&#13;
6:51 Evelyne: Toi qui enseigne l’Innu, est-ce que la langue Innue est entrain de se perdre?&#13;
&#13;
Anne-Marie: Oui elle se perd vraiment. Nous pouvions le voir il y a 5 ans. Les jeunes de 4 ans mélangent le français et l’Innu lorsqu’ils parlent. Lorsqu’ils viennent en classe et que tu veux leur apprendre à maintenir la langue Innue, cela ne fonctionne pas car la langue française est utilisée une fois rendu à la maison. C’est à ce moment que l’enfant devient mêlé. Il faudrait quasiment obliger le parent mais Il est toutefois impossible d’entrer dans une maison pour obliger un parent d’enseigner la langue Innue. La langue française est utilisée beaucoup plus que la langue Innue et c’est alors que l’enfant perd sa mentalité Innue. Il n’y est plus, il est loin dans le passé. Les jeunes croient qu’ils ne perdront jamais leur langue maternelle car ils parlent la langue.&#13;
&#13;
Les Naskapis eux parlent l’anglais, ils se servent de trois langues aussi. Quelqu’un pourrait de dire ‘Peta black Mitaines’ (Donne-moi une mitaine noire), je trouve cela vraiment triste.&#13;
&#13;
8:48 Evelyne: C’est cet qu’ils disent?&#13;
&#13;
Anne Marie: Oui c’est ce qu’ils disent et il arrive que certains créent leur propre mots Innus.&#13;
Cela vient de ou ?! Cela vient de leur maison. Le parent doit comprendre qu’il est Innu et qu’il doit parler la langue à son enfant. Les jeunes âgés de 4 et 5 ans n’apprennent que l’Innu à l’école. Il arrive parfois que les jeunes de 5 ans parlent mieux la langue Innue que leurs parents.&#13;
On nous appelle souvent pour avoir le nom d’un objet qu’il y a dans une maison ou bien comment vais-je dire cela à mon enfant. Les parents se rendent compte aujourd’hui que la langue Innue est en voie de disparition.&#13;
&#13;
Evelyne: et. La culture Innue elle ?&#13;
&#13;
Anne-Marie: On ne peut également l’intégrer car les parents disent que l’enfant ne peut perdre sa culture parce qu’ils amènent leurs enfants en forêt et qu’ils voient la culture. Nous les amenons parfois en forêt et lors de la fin de l’année scolaire, ils sont capables de nommer les choses en Innus, toutefois les parents continuent à leur parler en français. Exemple ‘nete aku à la tente itute’ (va en arrière de la tente). L’enfant doit prendre quelle langue dans ces cas-là !&#13;
&#13;
10:32 Les parents doivent avoir les connaissances pour pouvoir transmettre la culture Innue?&#13;
&#13;
Anne-Marie: Oui ils l’ont et le transmettent mais ils ne perçoivent pas l’ampleur de leurs savoirs. Ils n’y accordent pas d’importance et croient qu’ils vont toujours garder leur culture. &#13;
Les sortes d’animaux, la terre, l’enfant doit apprendre de son parent. Le parent doit également instruire les jeunes enfants sur ses descendances. Suis-je originaire de Uashat ? Suis-je un Innu de l’intérieur des terres ? Suis-je un Naskapi? Ils n’enseignent pas non plus ; Qui est ma grand-mère ? C’est de cette manière que tout se perd. Si l’enfant ne connait pas ses origines, comment suis-je arrivé à Matimekush ? l’enfant est déjà perdu, il grandit et tout commence à aller mal rendu à l’adolescence. Il ne se reconnait pas et il se dit qu’il ne vaut rien, qu’il n’est pas bon à l’école des allochtones, je ne peux travailler, le Conseil ne m’engage pas. Rendue à cette phase, l’estime de la jeune baisse et il se décourage rapidement au point où il voit la mort et les jeunes peuvent également avoir des idées noires.&#13;
&#13;
12:19 On entend souvent dire qu’il n’y a rien à faire à Schefferville pourtant il y a plein de choses. Tu peux retourner dans ta culture, mais il y a toujours le manque d’argent qui empêche de poursuivre. Le jeune manque de confiance en soi-même. Le fait qu’il ne se reconnaisse pas lui mène à ne plus se faire confiance en grandissant. La vitesse dont va la vie, nous avons tendance à s’accrocher aux façons de vivre des allochtones. &#13;
&#13;
  Même si les fonds proviennent des allochtones, du Gouvernement, tu peux t’arranger à ce que tu puisses reconnaître que tu es un Innu, que tu vas parler la langue et que tu vas pratiquer ta culture. Ce qui rends tout ça difficile, afin de garder sa culture chaque personne doit chercher sa propre vie. On ne peut forcer une personne, elle doit se reconnaitre par lui-même. C’est de cette façon que je vois les choses et ce sont des faits.&#13;
&#13;
13:40 Evelyne: Si on te demandait d’arranger l’école à ta façon, comment vois-tu ton école?, que ferais-tu ?&#13;
&#13;
Anne-Marie : Aujourd’hui, depuis les changements de la gestion de l’école, les enseignants travaillent en double. Le 1 et 2, le 3 et 4, ainsi que le 5 et le 6. Depuis ce changement, la Commission scolaire nous donne le droit de combiner nos savoirs culturels avec les travaux français afin que l’on puisse connaître notre culture avant tout, et par la suite élargir nos connaissances. Ce qui est aussi très important est ; que l’enfant puisse venir à l’école avec les connaissances de ce que son parent lui a éduqué. Ce que tu apprends à la maison est très comptabilisé. Comme par exemple, Où est la ville de Québec ? Comment sont les gens à la ville de Québec ? As-tu déjà vue la ville de Québec ? Y a-t-il plusieurs nationalités à Québec ? Cela peut être aussi d’autre villes. C’est avec ce que l’enfant apprend à la maison que son éducation est basée pour élargir son apprentissage sur le changement vers langue française, en intégrant aussi les chiffres.&#13;
&#13;
15:47 Anne-Marie Tout va beaucoup mieux cette année. La façon d’enseigner change à tous les dix ans. Il serait un très bon moment aujourd’hui de dire que nous allons beaucoup intégrer la culture Innue et la langue Innue dans l’enseignement. En y mettant beaucoup d’emphase, c’est à ce moment que l’enfant pourrait se reconnaitre.&#13;
&#13;
16:21 Evelyne: Comment vois-tu le futur. Est-ce que le peuple Innu va toujours exister ? Est-ce que la langue Innue va perdurer ?&#13;
&#13;
Anne-Marie: Dans le future, non vraiment pas. Nous les perdons très vite. Dans le passé les enfants de 4 et 5 ans mélangeaient les deux langues à 50%. Aujourd’hui il faut souvent utiliser la langue française à pour qu’ils puissent comprendre. La langue Innue se perd à une très grande vitesse. Chacun doit faire sa part pour aller chercher et à sauvegarder sa langue Innue, et les dirigeants de la communauté doivent prioriser la langue Innue et de le mettre de première importance.&#13;
&#13;
17:24 Anne-Marie: Plusieurs ont déjà perdus leur territoires et en ce moment nous perdons la langue Innue. Dans 20 ans nous serons comme les autochtones d’Essipit ou de Wendake. Nos sommes des Innus et nous ne parlons plus la langue.&#13;
&#13;
17:46 Evelyne: Quel messages donnerais-tu aux jeunes?&#13;
&#13;
Ils sont adorables dans leurs façons de penser. Ils leur reste encore beaucoup de temps pour aller chercher leur langue Innue, mais il faut toutefois s’efforcer à utiliser que la langue Innue lorsqu’on converse avec le jeune. Si le jeune connait sa langue, rien ne pourra le bloquer plus tard. C’est alors qu’il y aura une vrai Innu. &#13;
&#13;
Evelyne: Les Innus seront de retour?!&#13;
&#13;
Anne-Marie: Oui, l’Innu sera de retour. Il faut que cela provienne de la maison et se dire que nous ne perdrons pas notre langue et que nous sommes de vraies enfants Innus.&#13;
&#13;
18:54 Evelyne: As-tu autre chose à rajouter?&#13;
&#13;
Anne-Marie: Oui, le Conseil devra aider à mettre des priorités ; en donnant un budget, en faisant une demande d’aide financière afin de pouvoir engager des remplaçants, d’inclure la participation des aînés à l’école, et de pouvoir donner de l’aide aux jeunes adolescents qui ne fréquentent pas l’école ou ceux qui ont lâché l’école. Il faudrait avoir des fonds afin de les amener en forêt, faire de la même façon que lorsqu’il y avait des projets de travaux sur les territoires. D’envoyer un jeune rejoindre un aîné en foret pour qu’il puisse aller chercher sa culture, ou que ce soit d’apprendre la couture, confection de mocassins, apprendre a faire des plis, avec une aînée. Les fonds pourraient servir dans plusieurs domaines. Dans le passé tout cela s’apprenait à la maison. Il semble que le manque de fonds est souvent la raison, toutefois si on s’efforçait à planifier, il pourrait y avoir une continuité. Une seule personne pourrait travailler sur les demandes d’aide financière et tout cela pourrait déjà débuter.&#13;
&#13;
Ce qui est difficile, personne ne peut être forcée, elle doit reconnaître ce qu’elle a perdue par elle-même, et pendant que nous sommes en attente des fonds, nous perdons d’avantage notre culture.&#13;
&#13;
21:07 Evelyne: Depuis tous ces années à occuper cet emploi, j’ai l’impression que tu ressens de la colère par rapport à ta vision envers ce que tu voudrais, et ce qui n’arrive pas. C’est ce que je vois en toi parfois!&#13;
&#13;
Anne-Marie: C’est parce-que cela me décourage. Chacun voit ce qui pourrait être dans le futur, mais cela n’arrive pas car personne ne s’efforce à se dire ; qu’il va utiliser la langue Innue avec son enfant, je suis Innu et je ne mettrais pas de mots français lorsque je conte une histoire. C’est de la paresse et ce qui me rends frustré est d’écouter un enfant essayé de s’exprimer et qu’il doit réfléchir et le dire en français avant qu’il puisse s’exprimer. J’ai l’impression que j’enseigne de reculons car je dois refaire le même travail plusieurs fois. Aujourd’hui je dois reprendre encore plus souvent avec mes élèves &#13;
&#13;
22:25 Evelyne: J’ai l’impression que tu enseignes les enfants et les parents?!&#13;
&#13;
Anne-Marie: Je devrais enseigner aux parents comment s’y prendre avec leurs enfants en ce qui a trait à la langue. Nous sommes déjà vraiment en retard même si l’on dit de travailler sur des livres innus eu que tu n’as jamais vu cela. Il y a longtemps, cela fait déjà 3 générations, j’enseigne présentement leurs petits-enfants. Nous sommes toujours entrain de reculer. Oui nous allons faire des travaux innus, toutefois si tu n’ouvres jamais ton livre, tu ne réussira jamais à apprendre à aller chercher ta culture. Ce qui me rend en colère c’est le fait que le monde ne prenne pas le temps de prendre et de lire un livre. &lt;&lt;Oh, je suis trop lâche de lire ce livre, c’est trop long, ou ce n’est pas bien écrit &gt;&gt; , c’est ce qui est difficile. &#13;
&#13;
23:39 Anne-Marie: C’est pour cette raison que j’ai mentionné que chaque personne doit s’efforcer et prendre au moins une demie-heure par jour, c’est tout ce que je demande.&#13;
&#13;
23:49 Evelyne: Et Kaianuet (personnage de récits) lui?&#13;
&#13;
Anne-Marie: Kaianuet travaille beaucoup mais il manque d’employés pour faire la transcription de documents, il manque d’écrivains. C’est encore la même raison qui revient, le manque de fonds. Il y a des gens de disponible, ceux qui ont suivis des formations en langue et culture Innue au Cégep. Le Conseil qui est géré de Malioténam doit croire en eux. Ceux qui ne trouvent jamais d’emploi existent encore. Ils vont finir par oublier ce qu’ils ont appris ; à lire les textes Innus car tu oublis à force de ne pas lire. Il faudrait les engager et les faire travailler dans le projet Kaianuet. Le Kaianuet est très agréable, il trouve toujours des moyens de mettre le travail en priorité. Je travaille avec une aînée Mme. Philomène Vollant dans ce projet, et chaque communauté devrait avoir un aîné pour les aider.&#13;
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                <text>&lt;iframe width="100%" height="360" src="https://player.vimeo.com/video/682341240?h=2be4a7f8e1" frameborder="0" allow="autoplay; fullscreen; picture-in-picture" allowfullscreen="allowfullscreen"&gt;&lt;/iframe&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;a href="https://vimeo.com/682341240"&gt;Anne Marie André, 1&lt;/a&gt; from &lt;a href="https://vimeo.com/user153045686"&gt;CRC Uetshit Takuaimatishun&lt;/a&gt; on &lt;a href="https://vimeo.com"&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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                  <text>Une collection de récits de vie racontés par les innus.&lt;br /&gt;&#13;
&lt;p&gt;C’est en août 1987 dans un contexte du tournage près des chutes Manitou que Productions Manitu (Mani-Utenam) inc. voit le jour, une entreprise sans but lucratif (OSBL) qui se forme autour de quatre personnes : Zacharie Bellefleur, Céline Bellefleur, Evelyne St-Onge et Eddy Malenfant. L'objectif de base de l’entreprise est de faire connaître les cultures autochtones, particulièrement la culture innue par le biais de l'audio-visuel et du multimédia.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Production Manitu se considère comme un passeur de connaissances traditionnelles innues. (&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/production-manitu-inc"&gt;Plus d'informations&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/items/browse?collection=18"&gt;Voir la liste des récits de vie en ordre de nom de famille des interviewés&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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              <text>Natasha Hurley&#13;
&#13;
Evelyne: Kuei Natasha, je suis contente de te rencontrer aujourd’hui. &#13;
J’aimerais que tu me raconte un peu ce que tu fais ici à Sheshatshiu.&#13;
&#13;
Natasha: Je suis présentement aux études.&#13;
&#13;
Evelyne: Tu es née ici ?&#13;
&#13;
Natasha: Oui, mon père est un anglais de Terre-Neuve et ma mère est originaire d’ici.&#13;
&#13;
Evelyne: Est-ce que tu vois ton père parfois?&#13;
&#13;
Natasha: Ça n’allait pas bien entre mes parents. Cela fait 2 ans que je n’habite pas avec mon père, la dernière fois que je l’ai vue il y a 5 mois.&#13;
&#13;
Evelyne: Tu es née ici et c’est ici que tu fréquentes l’école?&#13;
&#13;
Natasha: Oui, j’ai toujours demeuré ici.&#13;
&#13;
Evelyne: En quelle année es-tu rendue présentement ?&#13;
&#13;
Natasha: J’ai 18 ans et je suis en dixième année. Ça n’allait pas bien à la maison, j’ai pris une pause de l’école. Je viens de recommencer mes études et ça va mieux aujourd’hui. &#13;
&#13;
Evelyne: 1:45 Vas-tu pouvoir demeurer ici l’an prochain? Est-ce que la 11 ième année est offerte ici ?&#13;
&#13;
Natasha: Oui, je vais surement poursuivre d’autres formations mais je ne suis pas encore certaine.&#13;
&#13;
Evelyne: Dans quelle domaine voudrais-tu étudier?&#13;
&#13;
Natasha: Lorsque j’aurais terminé mon secondaire?&#13;
&#13;
Evelyne : Oui&#13;
&#13;
Natasha: Je voudrais devenir policière. J’aimerais aller étudier en Saskatchewan.&#13;
&#13;
Evelyne: As-tu déjà faite ta demande d’admission?&#13;
&#13;
Natasha: Non pas encore, j’attends de terminer mes études et que ça aille un peu mieux dans ma vie.&#13;
&#13;
Evelyne: Pendant combien d’années devras-tu partir?&#13;
&#13;
Natasha: Je ne sais pas, mais la formation est d’une durée de 6 mois. Tu peux surement demeurer plus longtemps si tu le souhaite. Je ne suis pas certaine encore, je ne me suis pas informé encore.&#13;
&#13;
Evelyne: As tu déjà été partie à l’extérieur loin de chez toi?&#13;
&#13;
Natasha: Oui l’an dernier je suis allé à une thérapie de 3 mois en Ontario.&#13;
&#13;
Evelyne: Comment te sentais-tu lorsque tu as quitté tes parents?&#13;
&#13;
Natasha: Je me suis ennuyé de mes parents et je ne pouvais pas les voir quand je voulais, j’étais toutefois contente d’être partie de Sheshatshiu. Je n’aime pas resté ici, c’est la raison pourquoi je veux poursuivre mes études, faire autre chose et aller habiter ailleurs. Je voudrais demeurer ailleurs, je ne voudrais pas fonder une famille ici à Sheshatshiu. Ici je vois comment les enfants sont traités et je n’aime pas cela.&#13;
&#13;
3:53 Evelyne: Comment sont traités les enfants?&#13;
&#13;
Natasha: Il y a beaucoup de consommation de drogue et d’alcool. Les parents ne s’occupent pas de leurs enfants, ils ne pensent qu’à eux. Il est certain qu’ils doivent se préoccuper de leurs enfants, mais ils n’ont peut-être pas l’instinct maternel ou paternel afin de pouvoir s’occuper de leurs enfants. C’est très fréquent ici à Sheshatshiu. Je ne veux pas élever mes enfants de cette manière, j’ai trop peur qu’ils tombent dans la consommation. Je suis moi-même tombée très bas dans la consommation mais j’essaie de m’aider. Je n’aime vraiment pas cela, il y a quand même des bonnes personnes dans la communauté. &#13;
&#13;
Evelyne: Qu’est-ce que tu es allé chercher en Ontario?&#13;
&#13;
Natasha: Je suis allé en thérapie pour la consommation d’alcool et de drogues et pour les problèmes familiaux. J’ai tombée en dépression lorsque ma grand-mère est décédée, j’étais découragée et je voulais me retrouver. J’allais très bien lorsque j’étais là-bas. À mon retour je savais que je devais changer d’amis car ils consommaient toujours, lorsqu’ils sont venus, j’ai rechuté. J’aimerais seulement arrêter.&#13;
&#13;
5:55 Evelyne: Il est difficile pour les jeunes de ne pas consommer?&#13;
&#13;
Natasha: Oui c’est difficile.&#13;
&#13;
Evelyne: Que faites-vous le soir?&#13;
&#13;
Natasha: Les jeunes consomment de l’alcool et de la drogue, il n’y a rien d’autre à faire. L’argent préoccupe beaucoup les gens ici à Sheshatshiu et les enfants sont délaissés.&#13;
&#13;
Evelyne: D’où provient cet argent?&#13;
&#13;
Natasha: Des dirigeants. Ils pourraient faire construire un aréna, ça pourrait ressembler à Uashat. Nous pourrions avoir notre aréna et une piscine. Nous ne savons pas quelle activité nous pourrions faire, car nous devons nous déplacer à Goose Bay afin de faire de quoi. Il y a également un gros problème de Bingo dans la communauté. Les parents y jouent souvent et ils délaissent leurs enfants au lieu de les accompagner au cinéma. Je ne sais quoi penser.&#13;
&#13;
Evelyne: Étais-tu proche de ta grand-mère?&#13;
&#13;
Natasha: Oui nous étions très proche. Tous ses petits-enfants étaient proches, nous passions beaucoup de temps avec elle. Parfois nous allions en forêt. J’allais souvent en forêt avec ma grand-mère.  Elle est décédée en 1996 et depuis ce temps je n’y suis pas retourné. C’est seulement en juin dernier que je suis allé avec mon copain et sa mère. J’ai beaucoup aimé aller en forêt car je croyais avoir perdue ma culture, je ne savais plus comment faire. Les gens ne vont plus souvent en forêt, l’Innu se fait passer pour un Anglais. &#13;
&#13;
Evelyne : 8:16: Est-ce que tes amis parlent de la même façon que toi ?&#13;
&#13;
Natasha:  Moi et mes amis parlons l’anglais lorsque nous sommes ensemble. Nous ne parlons pas le Montagnais sauf lorsque je suis avec des aînés. &#13;
&#13;
Evelyne: De quoi parlez-vous lorsque tu es avec tes amis?&#13;
&#13;
Natasha: On parle de l’école et comment nous allons. J’ai perdue beaucoup d’amis. Les filles de mon âge ont déjà des enfants et ils n’ont pas de temps à consacrer à leurs amis. Je leur parle quand même quand je les rencontre. &#13;
&#13;
Evelyne: Toi, as-tu des enfants ?&#13;
&#13;
Natasha: Non&#13;
&#13;
Evelyne: Si on te demandais de créer une réserve, que ferais-tu et comment aimerais tu la voir?&#13;
&#13;
Natasha : 9:24 Pour être honnête avec toi, je bannirai l’alcool de la communauté. Ils ont déjà essayé de le faire, toutefois cela n’a pas fonctionné. Les Innus ne se forcent pas sur cela, ils ne voient pas ce qui se passe. Il y a beaucoup de blâme envers chacun, ils ne voient pas ce que l’alcool leur fait. C’est ce que je ferais, j’interdirais l’entrée de l’alcool dans la communauté et je transmettrais le message aux jeunes car Sheshatshiu est vraiment en train de se détruire. Ça ne va pas très bien. Tous les gens sont contre chacun, et sont contre le Chef et le président, c’est désolant que ce soit comme cela. Les familles sont en chicane et c’est de cette manière que j’ai perdue des membres de ma famille, à cause des chicanes. C’est ce que je n’aime pas. &#13;
J’ai l’impression de tout perdre, je croyais que tout allait être meilleur en vieillissant, mais ce n’est pas le cas. &#13;
&#13;
Evelyne:10:48 Est-ce que tes parents sont au courant de ce que tu ressens présentement?&#13;
&#13;
Natasha: J’en ai parlé à ma mère. Elle consomme de l’alcool, c’est surement de cette manière qu’elle exprime son mal de vivre. J’ai aussi d’autres membres de la famille à qui je parle, mais c’est à moi de travailler sur moi et non eux, car ma vie m’appartient.&#13;
&#13;
Evelyne: 11:27 Tu as l’impression qu’il n’est pas possible d’avoir une belle vie ici, c’est ça?&#13;
&#13;
Natasha: Je crois que ça serait possible si la communauté s’efforçait. Certains d’entre eux veulent mais ne reçoivent pas d’aide de la communauté, toujours avec des raisons monétaires.&#13;
&#13;
Evelyne:11:52 Pourtant vous possédez plusieurs ressources d'aide pour les jeunes et pour les femmes, il y a plusieurs centres ici.&#13;
&#13;
Natasha: Vous parlez du stade de baseball et la patinoire?&#13;
&#13;
Evelyne: Oui de tout, le centre des femmes existe aussi.&#13;
&#13;
Natasha: Je ne sais pas, les jeunes n’aiment peut-être pas y aller. Ils préféreraient sûrement participer à des activités parents-enfants. Il n’existe pas beaucoup d’activités afin que le parent puisse donner du soutien à son enfant. Par exemple si tu dis à ta mère que tu veux aller jouer au hockey, elle te dira tout simplement d’y aller. Elle ne te dira pas de l’attendre le temps qu’elle s’habille. Il y en a surement quelques-uns, toutefois je ne l’ai jamais vue.&#13;
&#13;
Evelyne: 12:54 Les intervenants qui œuvrent  dans les services sociaux offrent surement de l’aide aux jeunes?&#13;
&#13;
Natasha: Oui il y a de l’aide pour les jeunes, toutefois il y a beaucoup de méchanceté dans la communauté. Les gens de la communauté s’harcèlent et il n’y a aucune confiance dans la communauté.&#13;
&#13;
Evelyne : Je me demande pourquoi ?&#13;
&#13;
Natasha: Cela vient peut-être de soi-même. La personne fait à autrui ce qu’elle ressent car elle n’est pas allée chercher l’aide qu’elle a de besoin. Cette personne se dit peut-être qu’elle n’accordera pas de confiance à une autre car elle a peut-être vécu des émotions similaires dans le passé.&#13;
&#13;
Evelyne: 13:54 Moi ce que je vois ici à Sheshatshiu, lorsque les Innus d’ici en vienne sur le sujet, mon appréciation personnelle est que les gens d’ici semblent toujours vouloir protéger le territoire, j’envie le fait qu’ils semblent ne jamais avoir peur. J’avais la même façon de penser moi aussi, de toujours vouloir protéger le territoire. Que penses-tu de ça toi?&#13;
&#13;
Natasha: De la protection du territoire?&#13;
&#13;
Evelyne : Oui&#13;
&#13;
Natasha: Je crois que l’Innu va se faire avoir, malgré que les Anglais profitent déjà des Innus.&#13;
J’ai récemment participé à la rencontre du projet électrique.  Lorsque je suis sortie de la réunion, tout ce que j’étendais était les Innus qui parlaient d’argent, et que  d’argent. D’après moi ils sont entrain de délaisser le territoire. Tout ce que je pouvais voir durant la réunion était l’argent. Ce n’est pas à ce que je m’attendais. &#13;
&#13;
Evelyne:15:10 Crois-tu que l’Innu existera longtemps?&#13;
&#13;
Natasha: Je n’ai aucune idée.&#13;
&#13;
Evelyne: Est-ce que les jeunes d’ici seront bien ou seront heureux?&#13;
&#13;
Natasha: S’il y a de l’entraide oui. Si les choses se font communautaire, et s’ils arrêtent de se confronter et de s’haïr et s’il n’y a pas que l’argent qui les préoccupent. Il faudrait mettre de l’emphase sur les jeunes. Il ne faut pas seulement bâtir des choses, il faut que les parents regardent ce que leurs enfants vivent. On peut voir des enfants inhaler du carburant, j’ai souvent de la peine lorsque je regarde ces jeunes. J’ai aussi de la peine lorsque je vois qu’ils sont souvent laissés seuls à la maison. &#13;
&#13;
Je m’occupais de mon petit frère depuis qu’il était petit, mais nous l’avons placé lorsque la séparation de mes parents à eu lieu. Aujourd’hui il n’est pas entre bonnes mains, j’aimerais le prendre à ma charge toutefois on me l’empêche. Je pense que je pourrais bien élever un enfant si j’en aurais la garde. Je n’aime pas voir un enfant vivre ce que je vie présentement car je sais ce qu’il ressent et je ne veux pas que ça arrive. Cela m’affecte beaucoup. &#13;
&#13;
Evelyne: 16:58 Quel message aurais-tu à transmettre aux parents et aux aînés? &#13;
&#13;
Natasha: J’ai l’impression que les aînés se font acheter par les jeunes dirigeants âgé dans la vingtaine ou trentaine de la communauté. Souvent ils vont se faire dire de faire ou d’agir de telle sorte et seront rémunérés pour le faire. Ils sont souvent soudoyer ; fait-ci et je vais te payer, ou, fait-ci et je vais te construire une maison. Les façons de faire ont beaucoup changé. Auparavant les dirigeants de la communauté étaient plus âgés, et parfois des aînés. Je le sais car j’accompagnais souvent ma grand-mère et ma mère. Aujourd’hui ce n’est pas le cas, il peut arriver parfois que ces gens soient convoqués seulement pour assister à une réunion.&#13;
&#13;
Evelyne: 18:21 Est-ce que cela te manque? Lorsque les gens se réunissaient pour protéger le territoire?&#13;
&#13;
Natasha:  Oui les rassemblements me manquent. L’argent nous nuit beaucoup aujourd’hui. &#13;
&#13;
Evelyne: 18:41 As-tu autre chose à rajouter?&#13;
&#13;
Natasha: J’aimerais qu’on offre de l’aide aux jeunes, que l’Innu commence à se regarder et de regarder ses enfants souffrir lorsque les deux parents sont en consommation d’alcool. Je sais personnellement ce que c’est, car c’est ce que j’ai vécue durant mon enfance. La consommation dans la maison faisait partie de ma vie. On m’offrait de l’argent pour que je ne me plaigne pas, d’accepter ce qui allait être. Ce n’est pas ce que je recherche, je veux simplement qu’on m’aime et qu’on me donne de l’affection. C’est ce qu’un enfant recherche, de l’amour et de l’affection et non seulement de se faire mettre de côté. J’aimerais qu’on offre de l’aide aux enfants. Il y a beaucoup de cas de suicide, il faudrait s’y prendre d’avance avant que cela arrive. &#13;
&#13;
Evelyne: As-tu des amis qui se sont enlevé la vie?&#13;
&#13;
Natasha: J’ai des connaissances qui ont commis l’acte. J’y pense souvent moi-même mais on me dit que je suis intelligente et on m’offre de l’aide pour m’accompagner hors de la réserve. Il y a beaucoup de jalousie à Sheshatshiu.&#13;
&#13;
Evelyne: Très bien, je te souhaite de bien aller dans tes projets futurs! Merci !&#13;
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                <text>&lt;iframe width="100%" height="360" src="https://player.vimeo.com/video/686516067?h=6e71cf0517" frameborder="0" allow="autoplay; fullscreen; picture-in-picture" allowfullscreen="allowfullscreen"&gt;&lt;/iframe&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;a href="https://vimeo.com/686516067"&gt;Natasha Hurley&lt;/a&gt; from &lt;a href="https://vimeo.com/user153045686"&gt;CRC Uetshit Takuaimatishun&lt;/a&gt; on &lt;a href="https://vimeo.com"&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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                  <text>Production Manitu. Spiritualité, mythologie, sacré</text>
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                  <text>&lt;p&gt;Une collection de photographies et de vidéos sur la spiritualité et la mythologie innue, y compris le site sacré Mushau shipit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Production Manitu se considère comme un passeur de connaissances traditionnelles innues. (&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/production-manitu-inc"&gt;Plus d'informations&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="https://omeka.uottawa.ca/confluence-premierspeuples-firstpeoples/items/browse?collection=16"&gt;Voir la liste des entrevues en ordre de nom de famille des interviewés&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</text>
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