La fusillade à Reesor Siding et ses soubresaults
La nuit du 10 au 11 février 1963, un imposant groupe de syndiqués se rend à Reesor Siding afin de l’assiéger et de vandaliser le bois entassé. L'opération a comme objectif d'empêcher la vente de bois à la Spruce Falls Paper Compagny. Il est difficile de savoir exactement combien de syndiqués sont présents, mais les estimations les plus plausibles parlent de 400 syndiqués ou plus. Le gouvernement de l’Ontario qui n’a pas bien compris la situation qui s’enflamme a déployé seulement une vingtaine de policiers à son détachement de Kapuskasing. De plus, un certain nombre d’entre eux ne sont pas en fonction le soir du drame. Plusieurs rumeurs supposent que des policiers font la fête ce soir-là et que plusieurs sont en état d'ébriété[1]. Quoi qu'il en soit, ils doivent quand même prêter main-forte afin d'aller seconder les policiers qui en ont plein les bras. C'est ainsi qu’une dizaine de policiers forment une ligne de sécurité afin d'empêcher les syndiqués de se rendre jusqu'aux piles de bois. Le cordon de sécurité cède rapidement devant le surnombre de belligérants. Les vingt colons présents pour protéger le fruit de leurs labeurs s'affolent devant cette scène. Selon certains témoignages, on affirme que des menaces de mort sont proférées par les syndiqués. Quoiqu’il en soit, les colons pris par la panique tirent quelques coups de feu de semonce dans les airs. La panique s'intensifie, alors que dans la pénombre d’autres coups de feu sont tirés, cette fois des syndiqués sont atteints. Deux d'entre eux sont déclarés mort par balles et neuf autres personnes sont blessées. Plus tard dans la soirée l'un des travailleurs atteints par les coups de feu succombe à ses blessures.
Je vous invite à regarder cette chanson accompagnée d'un court métrage animé fait par Serge Monette sur les incidents de Reesor Siding.
Le tout se solde par le plus grand nombre d’arrestations des annales judiciaires de l’histoire canadienne (observé jusqu’à cette époque). Les colons passeront la nuit à la prison municipale de Kapuskasing. Cette détention est plus pour des raisons de sécurités, car on craignait des répressions de la part des membres de la communauté. Les colons seront ensuite apportés à un ancien camp de prisonniers de guerre en attendant leur procès. Ce procès se termine rapidement selon le verdict, les 20 colons seront déclarés non coupables de « meurtre non qualifié », mais trois d’entre eux seront reconnus coupables de port d’armes illégal et seront condamnés à 100$ dollars d’amende chacun[2]. De l’autre côté, les grévistes subiront eux aussi un procès. 400 syndiqués seront accusés de sédition. Parmi eux, 240 seront condamnés pour rassemblement illégal. Ils seront tous libérés sous caution. C‘est le syndicat qui s’acquittera des frais soit un total de plus de 50 000$[3]. Encore aujourd’hui, on ne sait pas avec exactitude quels colons présents sur la scène ont tiré. Toutefois dans de petites communautés comme celles où s‘est déroulée la tragédie les rumeurs circulent toujours. Cela contribue sans doute au fait que des rivalités familiales sont toujours présentes. D'autres personnes ont choisi le silence pour mettre derrière eux ces évènements douloureux. Quoi qu'il en soit, peu importe la solution choisie pour surmonter ce drame, il reste qu’il a marqué à jamais la région.
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[1] Doric Germain, Défenses Légitimes, (Le Nordir Collection Rémanence, 2003), P. 117
[2] Ministère du Procureur général District de Cochrane/Temiskaming, Supreme Court of Ontario Cochrane, fall assizes, witness …. 1963. consulter au bas de la page
[3] Doric Germain, Défenses Légitimes, (Le Nordir Collection Rémanence, 2003), p. 132
Vous pouvez consulter les documents du procès des colons gracieuseté du Ministère du Procureur général du Districts de Cochrane/Temiskaming. Simplement à cliquer sur les photos pour plus d'informations. La première photo montre les grévistes escortés dans un autobus afin d'être conduit à la prison de Monteith.

